dimanche 14 août 2022

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Fête du 18 décembre : Diffa pour renouer avec la stabilité

Diffa Ngala

Comme chaque année, le Niger célèbre la proclamation de la République ce 18 décembre. Aussi appelée la « fête tournante », cette journée revêt plusieurs avantages. En effet, le caractère tournant de cet événement de grande envergure contribue à la décentralisation culturelle et désengorge Niamey, sur le plan de l’accueil et de l’organisation.

Lutte anti-terroriste : les FAN renforcent leur présence

un convoi de l armee nigerienne arrive dans la ville de bosso 

En lutte permanente contre l’ennemi djihadiste responsable de nombreuses exactions, les Forces Armées Nigériennes (FAN) continuent de renforcer leur présence sur l’ensemble du territoire. Grâce à une politique de modernisation ambitieuse et fort de leurs succès récents, les militaires nigériens assurent plus que jamais la sécurité des populations.

             

L’opération « BOUNI MA », menée du 21 au 23 novembre dernier dans les environs de Diffa conjointement avec les armées de la Force Multinationale Mixte (FMM), est un succès. Elle a permis la neutralisation de 13 combattants de BokoHaram, épurant ainsi la région de toute présence djihadiste. Il s’agit d’une étape cruciale pour assurer le retour des populations qui avaient fui le racket organisé et les tueries ces dernières années.

L’aguerrissement et la réactivité des soldats nigériens ne peuvent être mis en doute. Les assauts des groupes armés ennemis sont refoulés, en témoigne la violente attaque contre un camp militaire déjouée, il y a quelques mois, dans le sud-ouest du pays. Plus de 50 assaillants ont été tués et de nombreuses armes et munitions saisies.

D’autres opérations, très offensives, ont été menées avec la Force Conjointe G5 Sahel ou avec l’armée française. La dernière en date remonte audébut du mois de décembre. Une coopération entre l’opération nigérienne Almahaw et l’opération Barkhane avait été menée dans la zone de Tin Gara, à proximité de Tondikiwindi. Celle-ci a permis la récupération de plus de cinq cent têtes de bétails volées par les groupes armés terroristes sévissant dans la zoneet restituées à leurs propriétaires. Cette confiscation aux djihadistes est un succès majeur car elle prive les criminels d’une importante ressource financière estimée à plus de vingt millions de francs CFA.

Ces succès sont le fruit des efforts entrepris pour faire monter en puissance les FAN dont les effectifs devraient bientôt doubler. Ils passeraient de 25 000 à 50 000 soldats en 2025, ce qui leur permettrait d’assurer la sécurité des villes les plus reculées du pays. L’armement n’est pas en reste et va également être modernisé : des drones d’observation et d’attaque ainsi que des véhicules blindés ont été commandés et seront livrés prochainement. Ce nouveau matériel permettra d’augmenter significativement les capacités de détection et la réactivité des militaires pour mieux faire face aux attaques djihadistes sur le territoire nigérien.

Ces derniers mois, les FAN ont obtenu des succès majeurs permettant de porter des coups sévères aux ennemis du peuple que sont l’ISWAP et le JNIM. Dans ce combat permanent contre les groupes djihadistes, la lutte contre l’insécurité crééepar le terrorisme représente un défi majeur pour toute une nation. Aux côtés  de la FC G5 Sahelet partenaires, le courage, le moral et les moyens des militaires nigériens permettront de venir à bout de ce mal qui ronge toute une région.

 

Adieu le Niger : un grand merci pour les merveilleux souvenirs (par Eric P. Whitaker)

Eric Whitaker 1

Un nouveau chapitre de ma vie commence. J’ai hâte de le commencer, mais je suis aussi rempli - comme on dit aux États-Unis - du « blues » ou plus précisément de mélancolie.  Je retourne à Washington en décembre pour prendre ma retraite après 31 ans de service comme diplomate américain. J'ai passé six de ces années (ce qui représente près de 20 % de ma carrière) au Niger. En effet, j'étais d’abord Chef de Mission Adjoint de 2008 à 2010 ici au Niger, aujourd’hui je suis aux termes de ma quatrième année en tant qu'Ambassadeur. Ceci représente deux fois le temps que j’ai passé dans n’importe quel autre pays dans ma carrière.

 

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MESSAGE DE S.E.M. L’AMBASSADEUR MUSTAFA TÜRKER ARI A L’OCCASION DE LA FETE NATIONALE DU 29 OCTOBRE DE LA REPUBLIQUE DE TURQUIE

Photo SEM Mustafa Turker

NIAMEY, LE 29 OCTOBRE 2021 

Nous célébrons, en ce jour vendredi le 29 octobre 2021, le 98ième anniversaire de la proclamation de la République de Turquie. A l’instar de notre peuple au pays, toutes les communautés turques partout où elles se trouvent à l’étranger, commémorent simultanément cet heureux évènement. 

Vers la prospérité du Niger : Eau, agriculture et développement rural ! (Par Ambassadeur Eric P. Whitaker)

Eric Whitaker 1

 Je suis originaire de l’Illinois, dans le Midwest des États-Unis. Bon nombre d’entre vous connaissent la ville de Chicago, en Illinois, qui, avec ses 2,7 millions d’habitants, est la troisième plus grande ville des États-Unis. Cependant, vous seriez peut-être surpris de savoir que l’Illinois est en plein milieu de la région agricole américaine. Selon le Ministère de l’Agriculture Américain, les terres agricoles couvrent environ 75 % du pays. La plupart des fermes de l’Illinois produisent des céréales telles que le maïs et le soja. L’Illinois se classe au septième rang de la production agricole et quatre des cinq États avec qui il partage une frontière terrestre se classent parmi les 12 premiers : l’Iowa (2), le Wisconsin (8), l’Indiana (9) et le Missouri (12). C’est dans cette optique que j’évalue l’importance de l’eau, de l’agriculture et du développement rural pour la sécurité alimentaire et la prospérité économique au Niger.

Journée internationale du droit d’accès à l’information : rôle du fact-checking en Afrique ! (Par Omar sylla)

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Ce mardi 28 septembre, le monde célèbre la Journée internationale du droit d’accès à l’information. En plus de connaître un défaut en termes d’accès à l’information, le continent africain doit également lutter contre un phénomène encore plus néfaste : les fake-news.

Hommage aux humanitaires (par Nouhou Garba Abdourahamane)

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L’Etat n’est pas une personne morale de droit public comme une autre. Il est tout à la fois le « Dépositaire de la souveraineté, l’instrument du pouvoir politique et le porte-parole de l’intérêt général » dit-on.

Contribution à la lutte contre la corruption : « La cola » est-elle de la corruption ? (une analyse du Pr Bachir TALFI IDRISSA)

Bachir TALFI IDRISSA

Lors que je promenais mon oreille sur certains média, dans des rêveries d’un auditeur solitaire, il m’a été donné d’entendre que le « code pénal du Niger datait de 1963 et que cela faisait honte, car les nigériens sont incapables de le modifier et de l’adapter ». Ensuite mon oreille a entendu de longues discussions sur « la cola », sans que les participants ne puissent donner une définition légale de l’acte de corruption, car il existe bien une définition juridique et légale, encore moins des différentes catégories d’infraction de corruption.

 

Pour rétablir la « vérité juridique » je dirai ceci :

  1. Le code pénal a été institué par une loi de 1961 (loi n° ° 61-27 du 15 juillet 1961, portant institution du Code pénal, Journal Officiel spécial n° 7 du 15 novembre 1961). Et depuis cette date il a connu plusieurs modifications pour l’adapter justement aux nouveaux défis. Voir dans l’Edition du code pénal et du code de procédure pénale du Ministère de la justice de 2018, page 8 où toutes les modifications du code pénal ont été retracées (pas moins de 14 lois et ordonnances modificatives depuis 1962 jusqu’en 2017). Il faut savoir que d’un point de vue légistique (voir l’arrêté n° n° 08/SGG du 8 novembre 1996, portant publication de Guide pratique du législateur, Journal officiel spécial n° 22 du 11 novembre 1996, ce Guide pratique a connu également plusieurs éditions de la part du Secrétariat Général du Gouvernement, sans que celles-ci par contre ne fassent l’objet d’un arrêté) un texte normatif ne peut pas être modifié ou remplacé par un autre sans que la nécessité ne soit établie (notamment par une évaluation de son application). Quelle que soit la date du texte, ce n’est pas l’ancienneté de la date du texte qui impose sa modification, tout à fait cosmétique pour juste changer sa date, mais la nécessité de faire des modifications là où cela s’impose. Et c’est ce qui est fait avec le code pénal. Le texte initial reste de 1961 et à chaque fois que de besoins, il est modifié dans certaines de ces dispositions.
  2. S’agissant de la définition de la corruption et de « la cola », le code pénal, a institué plusieurs catégories d’infractions de corruption et d’infractions assimilées à de la corruption dans sa Section VII intitulée « Corruption et infraction assimilées », et ce, par modification introduite par la loi de 2017. Ainsi avons-nous :

- Art. 130 (nouveau) : Corruption d’agents publics nationaux (Loi n° 2017-10 du 31 mars 2017) ; Art. 130.1 : Corruption d’agents étrangers et de fonctionnaires d’organisations internationales publiques (Loi n° 2017-10 du 31 mars 2017) ; Art. 130.2 : Corruption dans le secteur privé, (Loi n° 2017-10 du 31 mars 2017) ; Art. 130.3 : Soustraction de biens dans le secteur privé, (Loi n° 2017-10 du 31 mars 2017) ; Art. 130.4 : Enrichissement illicite, (Loi n° 2017-10 du 31 mars 2017) ; Art. 130.5 : Blanchiment du produit du crime, (Loi n° 2017-10 du 31 mars 2017) ; Art. 130.6 : Recel des biens et produits provenant de la corruption et des infractions assimilées (Loi n° 2017-10 du 31 mars 2017) ; Art. 130.7 : Abus de fonctions (Loi n° 2017-10 du 31 mars 2017) ; Art. 130.8 : Entrave au bon fonctionnement de la justice (Loi n° 2017-10 du 31 mars 2017) ; Art. 130.9 : Responsabilité des personnes morales (Loi n° 2017-10 du 31 mars 2017) ; Art. 132 (nouveau) : Trafic d’influence (Loi n° 2017-10 du 31 mars 2017).

  1. Ainsi, arrêtons-nous juste sur l’article 130 (nouveau) : Corruption d’agents publics nationaux (nouveau, issu de la modification du code par la loi n° 2017-10 du 31 mars 2017). Selon cette disposition, constitue un acte de corruption le fait que :

- quiconque intentionnellement promet, offre ou accorde à un agent public directement ou indirectement, un avantage indu, pour lui-même ou pour une autre personne ou entité, afin qu’il accomplisse ou s’abstienne d’accomplir ou parce qu’il a accompli ou s’est abstenu d’accomplir un acte dans l’exercice de ses fonctions officielles ;

- tout agent public qui sollicite ou accepte directement ou indirectement, un avantage indu, pour lui-même ou pour une autre personne ou entité, afin d’accomplir ou de s’abstenir d’accomplir ou parce qu’il a accompli ou s’est abstenu d’accomplir un acte dans l’exercice de ses fonctions officielles.

  1. La corruption ici a donc deux dimensions et l’on voit bien que ce que l’on appelle pudiquement « la cola » est bien compris dans les actes de corruption selon le code pénal. C’est là où la disposition édicte « ou parce qu’il a accompli ou s’est abstenu d’accomplir un acte dans l’exercice de ses fonctions officielles ».
  2. Le corrupteur aussi bien que le corrompu sont tous passibles de la même sanction.
  3. Et là où le code pénal s’applique, il n’y a plus lieu à faire appel à des considérations de l’ordre du « traditionnel ».

Enfin, il faut avoir que la loi de 2017 n’est autre que la transposition dans le droit interne nigérien de certaines dispositions (pas toutes, car certaines infractions de corruption et infractions assimilées n’ont pas été encore intégrées) de la convention dite de Merida sur la lutte contre la corruption et les infractions assimilées. Convention des Nations Unies contre la corruption adoptée par Résolution 58/4 de l’Assemblée générale du 31 octobre 2003 (Voir Loi n° 2008-26 du 03 juillet 2008, autorisant la ratification de la convention des Nations Unies contre la corruption adoptée à Mérida (Mexique), JORN n° 16 du 15 août 2008, page 740 et Décret n° 2008-301/PRN/MAE/C du 11 septembre 2008, portant publication au Journal Officiel de la Convention des Nations-Unies contre la corruption adoptée à Mérida (Mexique), JORN n° 22 du 15 novembre 2008, page 1097). A noter que l’Afrique et la CEDEAO disposent également de leurs propres instruments de lutte contre la corruption, il s’agit de la convention de l’Union africaine sur la Prévention et la Lutte contre la Corruption et du Protocole de la CEDEAO sur la lutte contre la corruption.

Pour conclure, la lutte contre la corruption ne nécessite que les textes soient appliqués. Et d’ailleurs un document de Stratégie nationale de lutte contre la corruption a bien été élaborée et adoptée. Le débat ne devait-il pas commencer par-là ? Qu’est devenue cette stratégie nationale ? en a-t-on fait l’évaluation de la mise en œuvre ? Quels sont les avancées et quels sont les points de blocage et ainsi les solutions ? Quant à l’impunité, ce sera toujours un vœu pieux et restera toujours au stade de l’incantatoire tant que la « Justice » ne prendra pas conscience qu’elle est un pouvoir et qu’elle est indépendante.

Bachir TALFI IDRISSA

Agrégé des Facultés de Droit

Professeur à la FSJP/UAM

IN MEMORIAM : Merci Docteure Aissata Kané Moumouni ! Merci !

Aissata Kane Moumouni« La femme est le rayon de la lumière divine…Elle est Créatrice, faudrait-il dire. Ce n’est pas une Créature. » (Djalal al-Din al-Rumi 1207- 1273)

40 jours déjà que tu nous as quittés ! Qu’il tourne vite le chrono ! Il semble qu’il en est ainsi quand s’approche l’échéance, le rendez-vous inévitable redouté par tous ! Tu es en effet partie, ce 21 juin 2021, comme tu as vécu, c’est à dire dans la plus parfaite discrétion, celle qui caractérise les scientifiques de ton niveau, peu portés sur les choses de la vie. Dès lors, que pouvait faire d’autre, le frère cadet du Président BARE (Paix à son âme !), que rendre un hommage plus que mérité, à toi qui lui auras offert, en tant que première femme nigérienne, Ministre d’Etat chargée de l’Education Nationale, la LOSEN ou Loi d’Orientation du Système Educatif National, la plus grande réalisation de son bref passage à la tête de l’Etat ? Cette loi, encore en vigueur aujourd’hui, 23 ans après sa disparition, qui aura fait, de l’avis de tous, sa fierté et celui de sa descendance, cette loi. Qui d’autre pouvait concocter une telle loi, de loin, la plus prospective de l’ère démocratique, dans un laps de temps aussi court et la vendre aux syndicalistes teigneux du Niger, si ce n’est l’une des éducatrices la plus respectée dans notre pays, que tu étais, et l’épouse d’un des plus grands scientifiques respectés d’Afrique, qui plus est, ancien président de la FEANF ? Ta thèse de Doctorat en mathématiques soutenue, dès 1983 intitulée, « Étude de quelques problèmes pédagogiques et linguistiques concernant l'enseignement des mathématiques au Niger (Université Paris 7), te prédisposait à un tel exercice. L’estime réciproque et le capital de confiance acquis lorsque, onze années plus tôt, en 1987, tu avais été Secrétaire d’Etat à la Santé Publique et aux Affaires Sociales, chargée de la Condition Féminine, tandis que le Président BARE en était le Ministre titulaire, ont fait le reste. Est-ce pour toutes ces raisons qu’au moment  prendre sa décision, le 26 novembre 1997, jusqu’à la dernière heure, il tenait à faire de toi, la toute première (et unique) femme premier ministre au Niger (à l’époque de toute l’Afrique de l’Ouest) ? Je m’en souviens, comme si c’était hier, seules, certaines pesanteurs sociales l’en avaient dissuadé.

Du reste, pour toutes ces raisons, avais-je le droit de me taire dans une telle circonstance ?

J’écris donc pour ma grande sœur Aissata Kané Moumouni, ce, sans courir le moindre risque, puisque la considération que je tiens à te manifester, s’inscrit dans la droite ligne de " l'hommage rendu à une vie tenue pour irréprochable ", selon les mots d’Henri-Frédéric Amiel.

Puisque "l'art d'écrire correctement est inséparable de l'art de parler correctement. "(Quintilien), je me permets de prendre le risque de te rendre cet hommage par l’écriture en espérant rester dans le juste.

J’écris également sans risque d’être démenti, en affirmant que, toute ta vie durant, tu as été guidée par la même célèbre devise que le Professeur Abdou Moumouni Dioffo (Paix à son âme !) qui t’a précédé dans l’au-delà, trois décennies auparavant, à savoir, « Aime (M), Souffre (S), Potasse (KOH ». En effet, dès l’annonce de ta disparition, le mois dernier, je me suis rappelé les mots exacts prononcés lors d’une allocution prononcée à Niamey, le 5 mai 1988 à l’occasion de la présentation officielle du diplôme et de la médaille d’or qui lui avait été décernée par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle : « Quand j’étais en maths spéciales à Paris, il y avait une devise encadrée de façon permanente au tableau  A. S. KOH qui, traduit du jargon qui était le nôtre, signifiait : « Aime (M), Souffre (S), Potasse (KOH), (ce dernier terme désignant la formule de l’hydroxyde de potassium). L’amour est évidemment une composante de la vie d’un homme ; de même, la souffrance et le travail (potasser signifie travailler). » (Salamatou Doudou, in Biographie du Professeur A. M. D.). C’est dire que vous vous êtes aimés, vous avez souffert ensemble, tous les deux, et vous avez potassé tous les deux. Pour vous faire une place au soleil. Pour faire du Niger, votre pays, une place au soleil, par le soleil, la ressource dont il est le plus doté au monde, 12 h sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours sur 365.

Le Professeur Abdou Moumouni Dioffo, né un mois de juin 1929 à Tessaoua (Niger), premier agrégé de sciences physiques de l’Afrique francophone, fut l’un des plus grands spécialistes des énergies alternatives reviendra sur ses pas à Tessaoua pour scelleruncontrat à vie avec la mathématicienne Emérite du Niger que tu as été. Quoi de plus normal ? On pouvait pour ainsi dire, sans aucun risque de se tromper, que le Professeur avait trouvé chaussure à ses pieds. Et pour cause, quel homme est devenu grand sans être épaulé dans son ascension, par une grande Dame ! L’adage ne propose-t-il pas que « derrière chaque grand homme se cache une grande Dame » ? Le fameux adage se vérifiera une fois de plus avec votre union. Amoureux du soleil, cette boule constituée d’hélium et d’hydrogène, sans laquelle, toute vie serait impossible sur terre, à laquelle il aura consacré toute sa vie professionnelle et ses recherches, tu étais, à ses côtés, condamnée à adorer le soleil et ses vertus. Si les autorités successives de notre pays l’avaient bien compris, le Niger aurait vécu de son soleil, aurait exporté l’énergie pendant les milliards d’années que durera sa vie d’ici son extinction. Avec ses recherches et son projet de Centrale Solaire à Concentration (CSP), plus que compétitif dans la production d’énergie, notre pays le Niger, le plus ensoleillé du monde, en vertu de la thèse Ricardienne de l’avantage comparatif de la spécialisation qui devait régir le commerce international, aurait depuis longtemps escaladé, au moins deux paliers sur les cinq constituants la Pyramide des besoins de Maslow. Au coût plus que compétitif de l’énergie solaire par concentration en son temps dans la sous-région et des grands pays voisins,  la loi des débouchés de l’Economiste Jean Baptiste Say allait faire le reste. Notre soleil s’exportant, on y vivrait bien au Niger, puisque l’eau, facteur limitant de notre agriculture et de notre élevage, existe en abondance dans notre sous-sol et n’attend depuis fort longtemps que l’énergie pour véritablement assurer notre autosuffisance alimentaire.

Ainsi, en tant que mathématicienne Emérite, tu es pour nous autres une philosophe, une vraie philosophe, ce terme venant du grec ancien philein : « aimer » et de sophia, « sagesse » ou « savoir », et signifie donc littéralement : « l'amour de la sagesse »,... C’est pour cette raison, que sur la porte de l’école de philosophie créée par Platon, l’un des plus éminents philosophes, il avait été inscrit « Nul n'entre ici s'il n'est géomètre » ? Epouser « c’est prendre la forme de », c’est pourquoi, tu avais eu à cœur de  concrétiser votre grand projet éducatif commun, le tien et celui de ta moitié, le Professeur Abdou Moumouni Dioffo, dont tu avais repris le fil conducteur, à savoir, accueillir à l’école toutes et tous, enfants handicapés comme les autres, et faire de la place aux côtés de l’enseignement académique à l’apprentissage et à l’acquisition du savoir par l’expérience, par la pratique.

Je me souviendrais de la toute première fois que j’avais accompagné mon frère et ami, mon professeur de la vie (au sens de Hampâthé Ba, à savoir, ce qui ne s’apprend pas à l’école), Oumarou Ali Beidi, dit Alzouma (Paix à son âme !), pour franchir votre portail, le portail de la maison la plus scientifique du Niger. C’était pour ravir ta nièce Zarra, « pour le meilleur et pour le pire », mais plus pour le meilleur que le pire. Nous nous étions tous les deux préparés, mon ami Alzouma et moi, pour l’occasion, c’est-à-dire au cas où le passage au tableau noir pour des tests de niveau en mathématiques devenait obligatoire, pour détenir le visa d’entrée : équation du 2è degré à deux inconnues, intégrale double, démonstration des séries de Cauchy et ou de Rieman, trigonométrie, programmation linéaire, etc…..Mais fort heureusement, il n’en a rien été….Nos passages au Lycée National, dans des séries scientifiques, puis à l’Université y étaient sans doute pour quelque chose. Nous lui passerons, à ta nièce chérie, la bague au doigt, et seule la mort l’a séparée, il y’a quelques mois de mon frère et ami.

J’ai mesuré la souffrance de tes deux héritières, mes sœurs Amina et Marina, en évoquant les mots de Guy de Maupassant, qui a dit qu’"On aime sa mère presque sans le savoir, et (qu’) on ne s'aperçoit de toute la profondeur des racines de cet amour qu'au moment de la séparation dernière" ? Et par-delà la souffrance de tes enfants, celle de vos proches à tous les deux, ta moitié et toi, celle de la Nation entière, d’autant plus que, le sage Amadou Hampâté Bâ, dans « l'enfant Peul », l’a dit, « …la mère est considérée comme l'atelier divin où le créateur travaille directement, sans intermédiaire, pour former et mener à maturité une vie nouvelle. C'est pourquoi, en Afrique, la mère est respectée presque à l'égal d'une divinité. » En tant que mère, tu avais, selon les révélations du même Sage, soit deux sens de plus que l’homme qui n’en a que neuf. Une mère, doublée de la première Docteure en maths, fondatrice d’une école, c’est assurément une grosse perte pour le pays. Surtout par ces temps où, depuis près d’une décennie notre pays, le Niger, faute d‘avoir adopté et mis en œuvre ta LOSEN, passe pour le plus grand LOOSER, c’est-à-dire le dernier pays au classement mondial de l’Indice de Développement Humain (IDH) du PNUD. Espérons que ton départ provoquera l’électrochoc salutaire sur les princes qui nous gouvernent pour nous sortir du cauchemar.

Ta vie plus qu’accomplie devrait agir comme un puissant sédatif, pour atténuer l’immense douleur ressentie par ta perte, et celle plus lointaine du plus que regretté Pr Abdou Moumouni Dioffo, qui, fatalement, refait surface, à chaque évocation de la centrale électrique diésel de Gorou Banda, la souffrance ressentie, je suppose par toi-même, de ton vivant, par tous les amoureux de la science que nous sommes, de même par tous les disciples de ton défunt époux, qui a été, restera encore le plus grand scientifique de notre pays, voire, de l’Afrique, ceci, aussi longtemps qu’il n’aura pas un remplaçant à son statut de chercheur Emérite qui fait notre fierté commune. Cette centrale, a été ressentie comme une seconde mort par nous-même, ainsi que ses plus proches disciples, puisque, paraphrasant Winston Churchill, je dirais que "la politique ou la science est plus dangereuse que la guerre... A la guerre, vous ne pouvez être tué qu'une seule fois. En politique, ou dans les sciences, plusieurs fois." L’inconsolable Docteur Albert Wright, le plus proche disciple et héritier du Pr A.M. DIOFFO, ne me démentira certainement pas !

A tes enfants Amy et Marina, tes frères et sœurs Boukari, Ai dite Oumbou,  Souleymane et Zeinabou,   ta nièce Zarra, ta belle-sœur Malka, ton beau-frère Ibrahim, un ami, ainsi que tous les autres que je n’ai pas pu citer et dont je demande l'indulgence, je présente à nouveau mes très sincères condoléances et leur demande d'être fiers de tes œuvres accomplies sur terre pour le bonheur du peuple Nigérien.

Je partage votre douleur, mais il se trouve que la mort n’a pas de remède. Et « la mort », je ne le répèterais jamais assez, je la perçois, à travers les célèbres mots de Stendhal, « puisqu’elle est inévitable, oublions-la ».

Repose en paix, grande-sœur Aissata Kané Moumouni !

A Niamey le 30 Juillet 2021

Ton petit frère Djibril Baré

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JEA 2022 : la déscolarisation, un mal qui gangrène l’école nigérienne

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