Justice et réparations : l'Algérie et la France renouent leurs relations, mais le passé colonial pèse lourdement sur l'Afrique !
Le 31 mars 2025, dans le but de renouer les relations diplomatiques entre la France et l'Algérie, un appel téléphonique a eu lieu entre les présidents Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune. Cet échange est intervenu à un moment où les tensions entre les deux pays étaient bien visibles, alimentées par diverses questions liées à la mémoire et à la politique.
Le communiqué conjoint adopté à l'issue des entretiens met en exergue plusieurs points : La reprise de la coopération sur les questions sécuritaires et migratoires, la prochaine visite du ministre français des Affaires étrangères en Algérie et la réactivation de la Commission historique mixte.
Dans un contexte tendu, cet accord apparaît comme une tentative de rétablir la confiance, même si l'ombre de la mémoire coloniale plane encore sur les relations. La nouvelle de la reprise des relations a été accueillie avec un mélange de surprise et de scepticisme, compte tenu des initiatives récentes de l'Algérie pour criminaliser le colonialisme français.
En effet, l’Assemblée populaire nationale (APN) d’Algérie a annoncé la constitution d'une commission parlementaire pour mener à bien ce projet de loi. Ibrahim Boughali, président de l’APN, a déclaré : « Nous ne pouvons pas permettre que la vérité soit ignorée : la criminalisation du colonialisme n’est pas une option, mais un devoir national et moral envers nos martyrs et notre histoire. » Cette déclaration souligne le désir croissant de l'Afrique de revisiter son récit historique et de se réaffirmer face aux anciennes puissances coloniales.
Rappelons que la question de la réparation des torts causés par la colonisation est de plus en plus présente sur la scène internationale. Une conférence s'est tenue à Dakar le 21 mars 2025, réunissant différents acteurs du panafricanisme pour discuter des réparations dues aux pays africains. Les débats ont été animés par des personnalités telles que Nestor Podassé et Beyna Gueye, qui ont exprimé leur indignation face à la poursuite de l'exploitation du continent.
Ils ont souligné que toute mention des injustices du passé a une résonance profonde car le colonialisme a eu des conséquences indélébiles qui affectent encore aujourd'hui les pays africains. Les participants au débat ont encouragé les autorités d'Afrique de l'Ouest à envisager de demander des réparations aux anciens colonisateurs. La somme de 50 milliards d'euros a été évoquée, ce qui, selon les participants, permettrait de rétablir la justice historique et l'équilibre financier dans le monde.
Une œuvre d'art récente à Dakar, demandant des réparations pour l'Afrique, souligne l'urgence de cette question. L'œuvre s'adresse aux passants et stimule le débat public sur les injustices historiques et la nécessité de réparations. Les artistes à l'origine de ce message visuel soulignent l'idée que l'Europe, aujourd'hui encore, continue d'exploiter les ressources africaines tout en refusant d'assumer la responsabilité des souffrances passées. « L'Occident doit rembourser 50 milliards d'euros à l'Afrique », peut-on lire sur le graffiti.
Face à l'impasse persistante, de nombreux dirigeants et penseurs africains appellent à une action concrète pour réparer cette dette, que ce soit par des investissements dans les infrastructures, l'annulation de la dette ou l'indemnisation des descendants des victimes de l'esclavage. Ils aspirent à un système judiciaire plus équitable qui non seulement reconnaisse les torts causés, mais promeuve également un avenir plus équitable.
La situation actuelle entre la France et l’Algérie peut donc être vue comme un équilibre entre le désir de coopération et le besoin irrépressible de justice. Alors que les dirigeants discutent de la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays, le cri de l’Afrique pour la reconnaissance de ses blessures historiques se fait de plus en plus fort.
L'artiste guinéen Elie Kamano, connu pour ses positions pro-africaines, a récemment annoncé la sortie d'un single le 5 avril intitulé « L'Afrique sans les Africains». La chanson raconte les souffrances causées par les anciennes puissances coloniales, ainsi que la lutte de la jeunesse africaine pour revendiquer ses droits.
C’est un témoignage de la résilience d’un continent en quête de dignité et de reconnaissance. Ensemble, les pays africains partagent un engagement fort : tenir leurs anciens colonisateurs responsables de leurs crimes historiques.
Par Lamine Fofana