lundi 26 septembre 2022

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Forum régional sur la gestion des conflits locaux et communautaires dans la Tapoa: vers une approche commune aux défis transfrontaliers

Forum Regional Mediature republique Tapoa

La capitale nigérienne abrite du 27 au 29 juin 2022, un Forum régional sur la gestion des conflits locaux et communautaires dans la zone Tapoa. Organisé par la Médiature de la République, la rencontre vise à poser les jalons d'une véritable approche régionale de prévention de conflits pour renforcer la résilience des populations transfrontalières vivant dans cette zone et aussi de protéger la biodiversité dans le Parc du W.

 

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C'est le ministre de la Justice, Garde des sceaux, M. Ikta Abdoulaye Mohamed, qui a, au nom du Premier ministre, présidé la cérémonie officielle d'ouverture des travaux du Forum régional qui se tient à l'hôtel Bravia de Niamey. C'était en présence du Médiateur de la République, de ses homologues du Burkina Faso et du Bénin, des présidents d'institutions, des députés, des représentants du corps diplomatique et des partenaires techniques et financiers. On notait également la présence des autorités régionales et locales, des chef traditionnels, des leaders religieux et coutumiers ainsi que des responsables d'associations de la société civile.

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Défis prioritaires et enjeux stratégiques communs

 Dans le discours qu'il prononcé à cette occasion, le ministre de la Justice a tenu à rappeler à juste titre, que la gestion des espaces environnementaux dans un contexte d'insécurité est devenue ces dernières années un sujet de préoccupation constant aussi bien pour les gouvernants que pour les populations des pays en proie à l'hydre terroriste. En effet, a indiqué M. Ikta Abdoulaye Mohamed, depuis plus d'une décennie, le Niger subit l'expérience douloureuse des conflits transfrontaliers marqués par l'extrémisme violent, le terrorisme et la criminalité organisée. "Les Groupes armés non étatiques trouvent généralement un ancrage dans les zones de forêts transfrontalières à partir desquelles ils s'organisent pour déstabiliser des régions entières", a indiqué le Ministre qui a cité le cas du groupe terroriste Boko Haram qui déstabilise la zone du lac Tchad frontalière à quatre pays à savoir le Cameroun, le Niger, le Nigéria et le Tchad ainsi que le cas de la zone des trois frontières qui est confrontée à une recrudescence de l'insécurité.

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Au Niger, a poursuivi le ministre de la Justice,  les efforts en faveur de la paix ont permis d'assurer la défense de l'intégrité du territoire et de préserver la cohésion sociale et la sécurité publique. "Grace à la volonté de Son Excellence Monsieur le Président de la République, l'armée nigérienne a connu une montée en puissance, ayant permis d'obtenir des succès face aux différents groupes terroristes et d'opérer des saisies d'armes illicites, des munitions, et de drogue", a ajouté le ministre Mohamed Abdoulaye qui n'a pas manqué de relever que ces résultats satisfaisants se sont traduits par le retour des déplacés internes dans leurs villages d'origine, avec une première phase de réinstallation des populations de 25 localités. Par ailleurs, a ajouté le Garde des sceaux,  "les actions de sensibilisation et de consolidation de la paix ont contribué à prévenir les conflits communautaires et ont également abouti à la reddition de plusieurs combattants de Boko Haram qui ont bénéficié de formation pour faciliter leur réinsertion sociale et économique".

Aujourd'hui, devrait-il poursuivre, la zone du Liptako-Gourma constitue une préoccupation majeure pour le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Dans cette zone dite « des trois frontières », des activités illicites telles que les trafics en tous genres, le vol et l'enlèvement de bétail, l'orpaillage et le braconnage, sont au centre de la stratégie de survie des groupes terroristes et de financement de leur implantation et de leur expansion. Dès lors, a estimé le ministre de la Justice, le choix porté par le Médiateur sur la Tapoa, épicentre de cette insécurité n'est pas fortuit. En effet, a-t-il souligné les régions du fleuve ne sont désormais plus épargnées. "Cette zone frontalière au Benin, au Burkina et au Niger, est un haut lieu touristique abritant le parc du W, aire protégée et classée au patrimoine mondiale de l'UNESCO", a indiqué le ministre Ikta Abdoulaye Mohamed pour qui, "ce  forum régional de prévention des conflits dans la zone présente de ce point de vue un double enjeu : prévenir les conflits communautaires et préserver la biodiversité dans la zone".

Pour le ministre de la Justice, le forum a donc pour ambition d'amorcer une dynamique régionale de prévention des conflits en lien avec la protection de la biodiversité du parc W. "Au regard de la richesse des panels de ce forum, le gouvernement ne doute point des résultats auxquels vous parviendrez pendant ces trois jours de réflexion et qui permettront à nos pays de concilier ces impératifs que sont le rétablissement l'environnement de la sécurité et la protection de l’environnement", a conclu le ministre Abdoulaye Mohamed.

Approche régionale commune de prévention

Auparavant, le Médiateur de la République a pris la parole pour se féliciter de la tenue de cette rencontre qui réunit les Médiateurs de la République, les représentants des peuples, les autorités administratives, coutumières et religieuses ainsi que les partenaires technique et financiers, les structures de la société civile, les enseignants-chercheurs, les experts, les associations des femmes et des jeunes qui sont présents à Niamey pour répondre aux priorités communes en matière de prévention des conflits dans un contexte de terrorisme international inquiétant pour les pays de la zone."L'idée du présent forum sur la prévention des conflits dans la zone de la Tapoa n'est pas fortuite", a souligné Me Ali Sirfi Maiga pour qui, "elle est née de l'analyse des mécanismes des conflits qui endeuillent nos populations tant civiles que militaires, ainsi que des modes de réponses de nos Etats pour les prévenir et les traiter".

Après avoir fait un bref rappel historique de l'instauration de "frontières virtuelles" par le colon et qui ont séparé des pays partageant les mêmes peuple, le Médiateur a relevé que cela a naturellement favorisé l'intégration des peuples issus de pays différents et renforcé l'équilibre communautaire le long des frontières. Cependant, a-t-il déploré, "depuis l'avènement du terrorisme international et notamment dans le Sahel, par le mécanisme d'infiltration et de récupération des communautés paisibles, des conflits meurtriers et intercommunautaires s'installent ébranlant ainsi tout l'équilibre socioculturel préexistant et compromettant fortement la paix et la quiétude dans nos états".

Le Médiateur de la République n'a pas manqué de mettre en exergue "les insuffisances de nos Etats en matière d'approche régionale dans la prévention des conflits, alors que nous partageons des communautés qui ont les mêmes réalités socioculturelles". Par ailleurs, a-t-il ajouté, "l'histoire récente des conflits majeurs qui déstabilisent nos Etats nous montrent que l'ennemi nous ronge presque toujours par nos frontières poreuses". Il a cité en ce sens le cas de Boko Haram, la zone frontalière Niger-Mali ainsi que celle du Liptako dite zone des trois frontières. "Aujourd'hui, les zones de conflits s'étendent progressivement vers le golfe de Guinée témoignant ainsi d'une situation potentiellement dangereuse pour les pays concernés", a poursuivit Me Ali Sirfi Maiga pour qui, "toutes ces situation créées et entretenues entre nos frontières, ont eu pour mérite d'ébranler la paix et la cohésion sociale, déstructurant nos communautés, et sapant au passage les efforts de nos Etats en matière de développement durable".

C'est pourquoi, il a lancé un véritable appel aux Etats pour bannir "la politique de l'autruche, cette politique délibérément naïve qui nous conditionne à penser que le mal qui touche nos voisins ne nous regarde pas". C'est pourquoi du reste, le Médiateur de la République a plaidé sur la nécessité d'une approche commune.

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"Ensemble, nous avons la capacité d'être une force de proposition, une force de plaidoyer et une force de lobbying pour interpeller, fouetter les consciences politiques et amorcer une approche régionale dans la prévention des conflits afin de préserver la cohésion des peuples séparés par des frontières virtuelles mais condamnés à vivre ensemble". Me Ali Sirfi Maiga, Médiateur de la République.

Enjeux majeurs pour la Tapoa, patrimoine mondial de l'humanité

Dans son allocution, le Médiateur de la République n'a pas manqué de relever les enjeux majeurs de ce Forum qui intervient après celui organisé en juin 2021 pour la zone du Liptako-Gourma. La Zone de la Tapoa qui abrite le par du W est, en effet, situé au cœur d'un complexe naturel transfrontalier de plus d'un millier d'hectares géré conjointement par le Bénin à 563.280 mille hectares, le Niger à 220.000 mille hectares et le Burkina Faso à 350.000 hectares. Il a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1996 et en 2002, il a été reconnu comme réserve naturelle de biosphère transfrontalière par le même organisme.

"Longtemps considéré comme un ilot de stabilité et un lieu de tourisme, ce joyau connait de nos jours une certaine instabilité marquée par des embuscades meurtrières", a déploré Me Ali Sirfi Maiga qui a d'ailleurs rappelé que ces actes se sont progressivement accentués jusqu'à conduire à la fermeture du parc et son interdiction au grand public dans la partie nigérienne en début 2019.  Récemment, a fait encore remarquer le médiateur, une série d'attaques perpétrées dans cette zone boiseuse de la Tapoa a confirmé la présence effective des Groupes armées non étatiques (GANE) qui y trouvent ainsi une cachette naturelle."Depuis lors, la sécurité de la zone triple de la Tapoa est devenue une préoccupation majeure des plus hautes autorités du Niger, du Bénin et du Burkina Faso", a souligné le Médiateur qui a tenu à prévenir que si l'on y prend garde, "la présence des GANE dans cette aire protégée pourrait engendrer des conflits intra et intercommunautaires, ainsi que la disparition des espèces protégées de ce patrimoine mondial de l'UNESCO".

Le Forum sera ainsi l'occasion de faire des échanges d'expérience, de mener des réflexions et de faire des propositions concrètes et profitables à tous. Il est attendu des trois (03) jours de travaux, l'élaboration d'un document d'analyse multifactoriel de la zone de la Tapoa, l'élaboration d'un document de synthèse de bonnes pratiques en matière de prévention des conflits en lien avec le respect de la biodiversité et une feuille de route contenant des recommandations et des engagements des Médiateurs nationaux. Il est aussi attendu le développement d'une approche régionale de prévention des conflits en lien avec le respect de la biodiversité dans ladite zone.

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M. Abdoul Karim (actuniger.com)

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