vendredi 7 octobre 2022

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Résultats de la session 2022 du baccalauréat au Niger, dans l’espace UEMOA et la réforme en cours (Par Moustapha Liman Tinguiri)

Moustapha Liman Tinguiri Bonnet jaune

L’éducation est un sujet d’une grande pertinence sociale et nous remarquons un intérêt grandissant ces dernières années pour les questions de la réussite comme celles de l’échec scolaire. L’échec scolaire au Niger est patent. C’est un fait, matérialisé par les faibles taux de réussite aux examens de fin d’année et les taux élevés de redoublement et d’abandon scolaires.

 

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Dans sa communication au conseil des ministres le 05 aout 2022, le ministre de l'enseignement Supérieur et de la recherche, a annoncé que le taux de réussite global aux examens du baccalauréat est de 28,95%       (24 247 candidats admis, toutes séries confondues, dont 9 083 filles) en hausse de 6,20% par rapport à la session 2021. Cela veut dire que le taux d’échec est supérieur à 71 %. La performance des candidats à l’examen du BEPC est même plus faible : sur un effectif de 146 904 candidats inscrits,  140 933 se sont réellement présentés,  et 38 305 sont déclarés admis soit un taux global de réussite de 27,18 % (selon le MEN), donc un taux d’échec de 72,82 %.

Cette situation suscite évidemment l’inquiétude des acteurs de l’éducation, d’autant plus que l’année est « normale », c’est-à-dire sans perturbation notable, les cours étant achevés et même  des examens blancs organisés dans certains établissements.  Plusieurs raisons peuvent expliquer ces faibles taux de réussite :

  • Les difficultés concernant le cadre de travail, dues au déficit d’infrastructures en matériaux définitifs et à l’insuffisance d’équipements, de manuels et de matériels didactiques,
  • La réduction du temps scolaire avec le démarrage tardif des cours dans certains établissements, et/ou la libération précoce des élèves avant la fin de l’année,
  • Le faible niveau de certains enseignants et le manque d’encadrement pédagogique efficace car peu d’enseignants sont « visités » ou « inspectés » dans l’année,
  • La réduction drastique du temps consacré aux études et apprentissages en faveur des réseaux sociaux par de nombreux élèves,
  • L’effectif pléthorique des classes au niveau des établissements des grands centres urbains en général,
  • le manque d’accompagnement et de suivi scolaire par de nombreux parents d’élèves,
  • Parfois certaines épreuves ne sont pas valides ou fidèles aux contenus enseignés. On dit d'une épreuve d'examen qu'elle est valide quand elle mesure bien ce qu'elle prétend mesurer, et qu'une épreuve est fidèle quand celle-ci donne des résultats indépendants de l'évaluateur ou du moment de l'évaluation.

Il y a par ailleurs la nécessité, en rapport avec la correction, de clarifier une disposition récente : « la réclamation », qui n’est pas bien comprise par beaucoup d’élèves. Celle-ci permet à tout candidat d’adresser une demande motivée par écrit au président du jury, à l’issue des épreuves du premier groupe, pour permettre la vérification d’une épreuve où le candidat a enregistré une mauvaise note alors qu’il estime avoir bien travaillé. « Cette demande est non payante et ne peut concerner qu’une seule épreuve par session et par candidat. La réclamation ou demande de vérification est faite par le candidat et aucune autre personne n’est habilitée à le représenter et si le candidat a raison, il sera rétabli dans ses droits. En cas de réclamation, le président du jury est tenu de communiquer la copie au candidat, en prenant soin de masquer l’identité du correcteur. Cette vérification porte sur la sommation des points obtenus et n’entraine pas de nouvelle correction de la copie sauf dans le cas où des parties entières n’auraient pas été corrigées. »

Les conséquences du faible taux de réussite sont évidemment très lourdes :

  • au plan économique en termes de dépenses car l’Etat et les ménages consacrent d’importantes ressources à l’éducation sans avoir une idée du rendement que pourrait produire leurs investissements,
  • au plan social, les élèves qui échouent ou qui quittent l’école sans diplôme sont découragés, ce qui a un impact négatif sur leur devenir. L’échec n’est pas une fatalité, il faut redoubler d’effort avec le niveau acquis en s’orientant vers d’autres horizons ou secteurs d’études ou d’apprentissages de métiers pour progresser, entreprendre et réussir.

Cet échec massif aux examens scolaires est récurrent dans de nombreux pays d'Afrique.

Des résultats comparables à ceux du Niger sont enregistrés au cours de cette session 2022 en Côte d’Ivoire : 98 464 candidats (dont 45 857 filles soit 46,58%) ont été déclarés admis sur 319 847 effectivement présents pour 325 545 inscrits dans les centres, soit un taux national d’admission de 30,78% contre 29,24% en 2021, a annoncé le lundi 25 juillet 2022 à Abidjan-Plateau, la Directrice des Examens et Concours (DECO).

Les résultats les plus catastrophiques sont enregistrés en République de Guinée où le taux de réussite est seulement de 9,37%, soit 8 731 admis sur un total de 93 202 candidats. Le ministre de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Alphabétisation note que la responsabilité des faibles taux de réussite aux examens nationaux de la session 2022 est largement partagée entre tous les acteurs de la communauté éducative (17 % au CEE ; 15% au BEPC et 9% au Baccalauréat).

Les meilleurs résultats de la sous-région sont enregistrés au Togo, avec 93,30% de succès pour le CEPD, 82,99% pour le BEPC, 78 % pour le BAC  Général, 71,71% pour le BAC  technique et un taux de 74,34% pour le BAC tous enseignements confondus sur un effectif de 75 427 inscrits.

Dans l’espace UEMOA, l’organisation du baccalauréat est confié selon les pays au ministère de l’enseignement supérieur (Bénin, Guinée, Niger, Sénégal, Togo) ou au ministère de l’Education Nationale (Côte d’Ivoire, Mali et Burkina).

Le MEN du Burkina Faso vient d’organiser en cette année 2022, pour la première fois, l’examen du Baccalauréat, précédemment assuré par le ministère de l’enseignement supérieur.

La déclaration liminaire du 18 mars 2021 par le cabinet du Ministère de l’Education Nationale du Burkina donne la substance de la réforme des examens et concours : « l’arrimage du baccalaureat comme diplôme terminal du secondaire au ministère de l’Education Nationale s’explique conformément aux directives communautaires qui font de la Licence le premier diplôme universitaire (avec le système LMD), et les motivations substantielles, d’ordre pédagogiques suivantes : tous les programmes d’enseignement et de formation sont élaborés, validés et mis en œuvre dans les classes par les acteurs du MEN : les encadreurs pédagogiques (spécialistes et concepteurs des curricula), les enseignants, l’administration scolaire … Ce sont ces acteurs qui travaillent à la production des différentes épreuves administréés pendant l’examen, la correction des copies, la supervision pédagogique de l’examen. C’est la présidence des jurys qui est assurée par les enseignants chercheurs. Par conséquent le transfert de l’organisation du baccalauréat doit être perçu comme une réforme  purement administrative, qui n’altère en rien la qualité du diplôme».

Le taux de succès de la session 2022 est de 40,86% (sur 142 557 candidats enagés, répartis dans 534 jurys sur toute l’étendue du territoire) contre 37,53% à la session 2021. La session du BAC 2022 au Burkina a été clôturée le 8 juillet avec la mise sous scellée par le Ministre de l’Education Nationale de la dernière cantine des examens du Baccalauréat, au Jury 204 du Groupe Scolaire de l’Académie de Ouagadougou : il a déclaré que « L’organisation  a connu quelques écueils, notamment sur la question du transfert de matériels, du logiciel d’organisation du Baccalauréat, la question du transfert de compétences, la question de communication entre les techniciens des deux ministères. Un comité sera créé pour réfléchir sur comment parfaire l’organisation de cet examen. Le succès de l’organisation est tout à l’honneur de l’enseignement supérieur et l’ensemble des acteurs du système éducatif, tous ceux qui de manière lointaine ou de près se sont engagés à la réussite des examens et concours de cette année ».

Pour aller de l’avant il faut tenir compte du temps, des changements et des difficultés pour améliorer constamment l’organisation des examens. « Même l’organisation la plus prafaite a besoin d’évoluer avec le temps », disait De Bernard Clavet. Alors, suivez mon regard : évoluons, « une mise à jour s’impose ». 

La production de fascicule par l’office du bac du Sénégal, présentant les résultats détaillés  par académie, série, secteur d’enseignement, année de naissance, nationalité des candidats, classement des établissement (etc.), est également une pratique très intéressante à imiter. Le fascicule mis à la disposition du monde de l’Education, constitue une documentation d’évaluation où les utilisateurs trouveront des informations utiles à la recherche.

D’ailleurs, l’organisation du baccalauréat est au cœur des débats dans la sous-région, depuis l’adoption le 28 septembre 2020 de la directive 07/20/ CM de l’UEMOA qui vise à ce que les élèves de la communauté soient examinés de la même manière. L’harmonisation de l’examen du Baccalauréat dans les pays membres est envisagée pour 2026. L’objectif visé est l’uniformisation des programmes, des dispositifs du déroulement du bac et une période unique de tenue des examens, à l’image du « West African Examinations Council ».  Le WAEC est un comité créé depuis 1952 pour coordonner l'uniformisation des examens et diplômes des Etats anglophones de l'Afrique de l'ouest (Gambie, Ghana, Libéria, Sierra Leone et Nigéria). Cette harmonisation va empêcher que certains élèves passent deux fois le bac, la même session en migrant vers les pays où les épreuves sont jugées plus abordables.

Dans les études empiriques, le rendement du système éducatif se définit le plus souvent comme étant le résultat de multiples actions socio-économiques (niveau de l’investissement, cadre et environnement de travail, qualité de la gouvernance scolaire, etc.) et des dispositions et considérations individuelles. Plus spécifiquement, les deux principaux facteurs qui déterminent la réussite reposent sur la qualification des enseignants et l’engagement ou la détermination des élèves dans le travail et la discipline.

 Le développement socio-économique d’un pays dépend de la qualité de son système éducatif. Un enseignement de qualité produit de bons résultats et évite le gaspillage de ressources.  L’amélioration du rendement scolaire nécessite donc que l’accent soit mis sur la formation initiale et continue des enseignants, le suivi et l’encouragement des élèves pour qu’ils développent leur potentiel dans une saine émulation, et l’Etat doit au préalable assurer de bonnes conditions de travail à tous.

Par ailleurs il faut bien noter que les chiffres publiés, plus haut, sous les sigles CEE (Certificat d’Etudes Elémentaires pour la Guinée) et CEPD (Certificat d’Etudes du Premier Degré pour le Togo), concernent l’examen des élèves de CM2, qui continue d’être organisé dans les tous pays de la sous-région, alors que cet examen n’a plus cours au Niger depuis 2014.

 Moustapha Liman Tinguiri, planificateur de l’Éducation à la retraite à Zinder

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