dimanche 2 octobre 2022

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La coalition pour le Sahel : le tremplin que le Niger attendait ? (Par Adam Maiga)

coalition sahel

Comparé au Mali et au Burkina, le Niger garde une stabilité relative même si une extension de la menace djihadiste dans le Sahel pourrait changer cette donne. Toutefois, malgré ses qualités, c’est à plus long terme que le Niger pourrait se muer en maillon faible.  Le pays a pourtant tout pour réussir.

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Les attaques djihadistes ne résonnent pas de la même manière au Niger. En effet, la menace n’y est pas vraiment native mais plutôt importée depuis le Mali, le Burkina-Faso et le Nigeria même si elle a pu s’installer dans une partie de ma minorité Peule. Le pays, historiquement au centre de nœuds de communication très tôt cosmopolites et ayant su gérer de manière fine ses équilibres ethniques (notamment en politique), n’est pas autant sujet à des fractures identitaires aussi marquées, et cultivées, que le Mali. En outre l’administration du pays reste capable de gérer les équilibres politiques et sociaux du pays (la crise du Covid-19 y a été très bien gérée) même si elle demeure marquée par un fort clientélisme, une corruption latente et de sérieux déficits d’effectifs. Le pays ne constitue donc pas une menace sécuritaire immédiate pour le G5, et son armée même très fragile, demeure plus fiable et plus autonome que les armées Burkinabé et Malienne. La coalition pour le Sahel y déploie pourtant, au même titre sa stratégie intégrée autour de quatre piliers : lutte contre les groupes terroristes, formation militaire, gouvernance et développement économique. Car malgré des atouts apparents, le pays demeure fragile à long terme. Le continuum sécurité/développement prôné par la coalition y est donc très pertinent même si son tempo et la nature des engagements fournis différent avec le reste des pays du G5.

Une armée vulnérable mais fiable

Les Groupes Armés Terroristes demeurent un ferment de déstabilisation dans le pays mais les Forces Armées Nigériennes (FAN) et l’armée Française font face à une menace moins asymétrique et clandestine que dans le reste du Sahel impliquant une meilleure proximité avec la population. Comparé à leurs homologues du Mali et du Burkina, les FAN disposent de la formation organique et de structures plus solides leur permettant des opérations plus ambitieuses. Malgré les revers subit en décembre 2019 ce n’est pas un hasard si les FAN ont pu mener des offensives victorieuses en relative autonomie ayant abouti à des gains solides dans la région du Tillabéri. Ce n’est pas un hasard non plus c’est à Niamey que s’est installé le Poste de Commandement Conjoint de la Force-Conjointe du G5 Sahel. Les FAN n’en demeurent pas moins fragiles et l’armée Française continue de leur dispenser la plus large part de leur formation après le Mali. L’arrivée progressive, dans le courant de l’été des troupes d’élites européennes de la Task Force Takuba procurera aux FAN l’accompagnement opérationnel et tactique dont elles ont besoin pour garantir la sécurité de leur territoire voire pour venir en aide à leurs voisins.

Le développement politique et économique : le vrai défi du Niger

Le terrorisme islamique est donc avant tout une menace exogène pour le pays, même si l’on observe une religiosité radicale montante au sein de la société. Cette situation permet une facilité d’entrée auprès des populations afin d’y déployer l’aide économique et le redéploiement de l’état dans les zones les plus fragiles du pays. Ce qui ne signifie pas qu’elle est toujours évidente. Dans cette optique une grande vigilance doit être de mise dans l’action des FAN dont certains soldats sont accusés d’exécutions sommaires au Mali mais aussi dans le Tillabéri.

A long terme le Niger, malgré ses richesses minières (l'uranium, le charbon, le cuivre, l'or, le phosphate…) et son potentiel agricole recèle de nombreux risques à commencer par sa démographie galopante. La croissance démographique peut s’avérer autant un atout qu’un frein sclérosant et déstabilisant. Si le Niger dispose d’une bonne croissance (6,4% en 2019), elle est largement insuffisante pour absorber les besoins de la courbe démographique du pays (environ 7 enfants par femme). Peuplé de moins de quatre millions d’individus en 1960, le Niger en compte aujourd’hui 25 millions et 90 millions en 2050 (la moitié du G5). Il importe alors de pouvoir fournir scolarisation et emplois aux générations à venir. Or le déficit infrastructurel (routes, écoles, matériel agricole de haut rendement, énergie…), couplé à la gouvernance déficiente : les ferment de crises seraient alors décuplés pouvant faire du Niger le futur déstabilisateur de toute la zone. C’est la raison pour laquelle les programmes de l’Agence française de Développement (AfD), en lien avec l’Alliance pour le Sahel, concernent en majorité des projets ayant trait à l’agriculture, à la scolarisation et aux services de base. Le pays fait également face à des risques de banditisme du fait de la faiblesse de l’Etat : un terreau de recrutement important pour les Groupes Armés Terroristes. C’est la raison pour laquelle l’Europe a récemment décidé l’amplification de ses missions de formation de police (missions EUCAP).

Les suites du sommet de Nouakchott et le déploiement de la nouvelle stratégie d’Approche Territoriale Intégrée (ATI) et des Programmes de Développement d’Urgence (dans le Tillabéri) va permettre de cibler avec plus de précision les besoins des populations et faciliter le drainage des financements internationaux. La sphère politique Nigérienne semble jouer le jeu et a accueilli favorablement les mécanismes de liaisons bailleurs de fonds/gouvernement via les Cadres d’Actions Prioritaires Intégrés (CAPI). Il reste cependant fort à faire pour la classe politique Nigérienne encore trop marquée par le clientélisme et la corruption. Le Niger a fourni un effort militaire important mais beaucoup de travail politique reste faire et les partenaires du pays se tiennent prés. Il importe d’en faire un maximum avant le prochain bilan d’étape de la coalition au début de l’année 2021. Mais il est certain qu’en cas de réussite le Niger pourrait devenir l’homme fort du Sahel

Adam Maiga

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Commentaires  

+7 #1 Damoure 15-07-2020 16:41
La coalition pour le Sahel : le tremplin que le Niger attendait ? Quand un etat qui fete ses 60 ans d'independance est incapable de se defendre et de se proteger a cause de dirigeants incapables, corrompus et immoraux, alors il ne faut pas avoir honte de compter sur ses voisins.
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0 #2 Alkassoum 15-07-2020 16:52
Un bon titre mais une faiblesse de recherche
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0 #3 Aboubacar Sidikou GADO 16-07-2020 15:12
Une analyse équilibrée, qui ne cache pas certaines faiblesses et insuffisances d'une part, mais qui ne gomme pas certains acquis. Une approche bâtie autour de données factuelles et documentées, que l'on peut quelque part classer dans la série "lanceur d'alerte", pour les nigériens que nous sommes, au-delà de nos divergences.
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-1 #4 Zoom 17-07-2020 14:55
Courage à tous ceux qui acceptent de prendre une balle au nom du Niger
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