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YempabouMahamadou

L’administrateur Lampo Yempabou Mahamadou n’est plus le Préfet du département de Magaria, dans la région de Zinder. Par message radio daté du lundi 7 septembre, le Ministre de l’Intérieur, de la Décentralisation et de la Sécurité publique a mis fin, avec effet immédiat, aux fonctions qu’il exerçait depuis quelques années, à la tête de l’un des départements les plus peuplés du Niger. Dans son message, la tutelle, qui a confié l’intérim au Secrétaire général de la Préfecture, n’a pas motivé sa décision, mais à Magaria, ce limogeage est tout sauf une surprise. Depuis quelques mois, le premier responsable du département n’a cessé d’accumuler les déboires en entretenant notamment des relations exécrables avec les populations locales, notamment certaines autorités coutumières et surtout les organisations de la société civile qui soutiennent le CNSP. Ces dernières le lui ont répondu de la plus belle manière en boycottant ses activités, comme la dernière marche de soutien à l’appel des autorités, qui n’a pas réuni grand monde dans la capitale du Daura et qui a été visiblement la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La sentence n’a, en tout cas, pas tardé…

À Magaria Kitari, chef-lieu de la prochaine région du Daura, ils sont beaucoup à jubiler ou, comme on dit localement, « à verser l’eau par terre pour boire », à l’annonce du limogeage du Préfet du Département ! Et pour cause, le premier responsable de la région n’était plus en odeur de sainteté avec ses administrés depuis quelques mois, une situation qui a fini par instaurer un climat de méfiance et même de défiance entre M. Lampo Yempabou Mahamadou et les populations locales, en particulier les associations de soutien au CNSP.

Dans un message du 7 septembre 2026 signé par le Secrétaire général du ministère de l’Intérieur, et sur instructions du ministre d’État, le Général de division Mohamed Toumba, il a été mis fin aux fonctions de Préfet du département de Magaria, exercées par M. YEMPABOU Lampo.

Comme c’est le cas en pareille circonstance, la tutelle n’a pas donné les raisons de ce débarquement sans ménagement du premier responsable du département et, selon les consignes de l’Intérieur, l’intérim sera assuré par le Secrétaire Général de la Préfecture. En ce sens, le Gouverneur de la région a été instruit d’en assurer aussitôt la passation des charges.

 

Des déconvenues en série pour le Préfet sortant

Si le limogeage du Préfet Lampo Yempabou a été fait de manière abrupte, par message radio de l’Intérieur, en attendant la suite de la procédure administrative, la décision est loin d’être une surprise pour les populations du département. Beaucoup l’espéraient et la souhaitaient même au regard du climat qui règne depuis quelques mois entre le Préfet et ses administrés.

Au centre des griefs qu’on reproche au préfet sortant, ses relations pas du tout au beau fixe avec certaines autorités locales. Avec les organisations de la société civile, elles sont même assez exécrables. Et il y a de quoi.

En avril dernier, une tension est apparue entre le Préfet et le Collectif des Associations et Regroupements pour la Refondation et la Défense des Intérêts de Magaria (CARDIM Mu-Farka). À cause d’un conflit entre le Collectif et les responsables du District sanitaire, notamment le médecin-chef de l’Hôpital de District (HD), deux (02) animateurs du mouvement qui protestaient contre ce qu’ils ont considéré comme une mauvaise gestion ont été interpellés et, par la suite, condamnés par la justice pour des accusations de « diffamation » et de « diffusion de messages sur les réseaux sociaux » portant atteinte à la dignité du Médecin-chef du District de Magaria. Il s’agit du coordonnateur du CARDIM, qui a écopé d’une peine d’emprisonnement d’un an ferme et d’un million FCFA d’amende, ainsi que du délégué des agents en service civique, également membre du Collectif, qui a écopé de six (06) mois d’emprisonnement, dont trois mois ferme et trois mois avec sursis, ainsi que de 100 000 F d’amende.

Officiellement, c’est sur plainte du chef du District sanitaire que les deux responsables de la société civile ont été inculpés et condamnés, mais, pour les populations, la main du Préfet Yempabou ne fait aucun doute. D’autant que c’est en cherchant à rencontrer le premier responsable du département pour trouver une issue au litige que les deux activistes ont été interpellés.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que des tensions opposent le préfet aux acteurs de la société civile. Comme le rapporte un acteur de la société civile locale, « lors de la distribution de vivres aux victimes d’inondations, des soupçons de détournement de céréales avaient été évoqués. Bien que l’affaire ait été apaisée par la suite avec des compléments de distribution, elle est restée présente dans les mémoires ».

De l’avis de plusieurs administrés, le Préfet fait cavalier seul dans la gestion des affaires du département en refusant tout dialogue et en usant de la manière forte contre ceux qui s’opposent ou tentent de s’opposer à ses décisions.

C’est ainsi que début mai, le CARDIM a été dissous par les autorités locales, ce qui a accéléré le divorce avec les acteurs de la société civile et les autorités.

Ces derniers temps également, le Préfet débarqué de Magaria s’est fait connaître par des décisions qui n’ont pas été très bien appréciées au niveau local, même si certaines apparaissent a priori comme légales et opportunes. C’est le cas de l’interdiction des cortèges motorisés lors des événements populaires, une mesure prise au lendemain d’un accident meurtrier dans la commune et qui a été saluée au-delà même du département. Dans le département d’Abala, région de Tahoua, les autorités s’en sont inspirées pour appliquer la même mesure afin de prévenir les tragédies.

La semaine dernière, le Préfet sortant de Magaria s’est illustré d’une autre manière en suspendant tout simplement le Tournoi des grandes vacances (TGV), en raison de contentieux entre les équipes en compétition. La mesure visait à éviter tout dérapage, mais au regard de la passion que le ballon suscite auprès des foules, elle n’a pas été appréciée à sa juste manière, d’autant qu’elle provient d’une autorité déjà mal vue par les populations.

 

Le boycott des populations à la mobilisation de soutien, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase

Ces déconvenues en série avec les populations locales ont fini par amplifier le divorce entre M. Lampo Yempabou et ses administrés, notamment les organisations de la société civile locale qui ont attendu la première occasion pour se faire entendre.

La preuve, la manifestation organisée samedi dernier à Magaria par les autorités départementales a été un véritable fiasco, les associations de soutien au CNSP qui rivalisaient pour mobiliser les citoyens ayant choisi de boycotter l’événement. Ce qui ne constitue en rien une défiance aux autorités nationales, comme l’explique un acteur de la société civile locale : « La faible mobilisation de la population de Magaria lors de la dernière marche de soutien au CNSP ne doit pas être interprétée simplement comme un manque de patriotisme ou un refus de soutenir notre pays. Pour de nombreux citoyens, cette faible participation est plutôt le reflet d'un malaise profond, d'une frustration accumulée et d'une perte progressive de confiance envers certaines autorités locales ».

Plusieurs raisons sont régulièrement évoquées par la population de Magaria, notamment le contentieux entre le Préfet et le CARDIM qui a conduit à l'emprisonnement de deux de ses membres ainsi qu'à la dissolution du Collectif, une situation qui a suscité beaucoup d'interrogations, de frustrations et de mécontentements au sein d'une partie de la population. Aussi, souligne la même source, « le sentiment d'un manque de respect et de considération envers nos chefferies traditionnelles, pourtant essentielles à la cohésion sociale, à la médiation et au maintien de la paix dans notre communauté, ainsi que les préoccupations liées à ce que certains citoyens qualifient de violations ou d'atteintes aux droits des citoyens » ; « les nombreuses interrogations et préoccupations concernant la gestion des deniers et des biens publics, avec des appels de certains citoyens à davantage de transparence et de redevabilité », et « la mise à l'écart de plusieurs structures et organisations locales engagées, qui contribuent pourtant depuis longtemps au développement et à la vie sociale de Magaria », ont contribué à aggraver la défiance envers les autorités départementales, au premier rang desquelles le Préfet.

« La population de Magaria ne demande pas l'impossible. Elle souhaite simplement être écoutée, respectée et associée aux décisions qui concernent sa communauté. Elle demande également plus de justice, de transparence, d'équité et d'inclusion. Les autorités doivent comprendre qu'une mobilisation populaire ne se décrète pas et ne s'impose pas. Elle se construit sur la confiance, le respect et un dialogue sincère avec toutes les composantes de la société », explique la même source, pour qui il est donc nécessaire « d'ouvrir un véritable dialogue, d'écouter les préoccupations des citoyens et de travailler à restaurer la confiance entre les autorités, les chefferies traditionnelles, les organisations locales et la population ».

En attendant la nomination d’un nouveau Préfet, les populations de Magaria peuvent se targuer d’avoir obtenu gain de cause avec le départ d’un administrateur qu’elles ne portent plus dans leur cœur. En cette ère de Refondation où le Chef de l’Etat, le Général Tiani, n’a cessé d’exhorter les gouvernants à tous les niveaux à changer de paradigme pour une nouvelle gouvernance plus inclusive et qui s’appuie sur les principes de redevabilité et de reddition des comptes, les griefs reprochés au Préfet débarqué montrent qu’il a lui-même provoqué son départ. Ce qui va certainement faire cas d’école.

Il convient de rappeler qu’avant sa nomination comme Préfet de Magaria, et avant de faire la une de l’actualité nationale pendant quelques jours, M. Lampo Yempabou Mahamadou, diplômé en administration publique de l’École Nationale d’Administration (ENA) de Niamey, a occupé plusieurs postes importants, notamment comme Directeur de la communication et des nouvelles technologies à l’Autorité de Régulation du Secteur des Transports (ARST), une institution dissoute il y a quelques mois par les autorités de la Refondation dans le cadre de la réduction du train de vie de l’État.

Ikali Dan Hadiza (actuniger.com)



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