Concessions des ports de Lomé et Conakry: perquisition au siège de Bolloré
La tour Bolloré, en région parisienne, a été perquisitionnée vendredi dernier, le 8 avril. Les policiers de l'Office central de lutte contre les infractions financières et fiscales se sont rendus au siège du groupe industriel français, dans le cadre d'une enquête sur les conditions d'octroi des concessions des ports de Conakry et de Lomé.
Celle-ci a eu lieu vendredi mais on ne l”a appris que mardi.
Vincent Bolloré était absent des locaux lorsque les enquêteurs de l”Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) se sont rendus dans ses bureaux du PDG et ceux du directeur général et du directeur juridique du groupe.
Cette perquisition était menée dans le cadre d”une information judiciaire confiée à des juges financiers et portant notamment sur des soupçons de «corruption d”agent public étranger». Une enquête préliminaire avait été initiée en juillet 2012 par le parquet de Paris et le dossier a été transféré au parquet national financier.
Attributions de concessions contestées par des concurrents
Les policiers se demandent si le groupe Bolloré n”a pas utilisé Havas, son bras publicitaire, pour faciliter l”obtention de la gestion des ports de Conakry, en Guinée, et de Lomé, au Togo. «Lors de cette perquisition, il nous a été demandé des documents sur des concessions portuaires en Afrique et nous les avons remis», a indiqué Me Olivier Baratelli, avocat du groupe Bolloré. «Le groupe n”est nullement partie ou impliqué dans cette information judiciaire», a-t-il précisé.
Selon Le Monde, Francis Perez, président du groupe Pefaco, une société spécialisée dans l”hôtellerie et les jeux et très implantée en Afrique, compte parmi ses relations Jean-Philippe Dorent, salarié de la société de communication Havas (détenue à 60% par Bolloré), qui s”est «notamment occupé en 2010 de la campagne présidentielle guinéenne du candidat Alpha Condé».
Le président de la République de Guinée, Alpha Condé, élu en novembre 2010, avait résilié le 8 mars 2011, par décret, la convention de concession du terminal à conteneurs du port de Conakry octroyée en 2008 pour une durée de 25 ans à Getma, une filiale de l”armateur NCT Necotrans. Le gouvernement guinéen avait confié quelques jours plus tard la gestion du port au groupe Bolloré, déclenchant une bataille judiciaire entre les deux rivaux. Le groupe Bolloré avait été condamné en 2013 par le tribunal de commerce de Nanterre (Hauts-de-Seine) à verser plus de 2 millions d”euros à NCT Necotrans.
De plus, toujours selon Le Monde, Jean-Philippe Dorent s”est également chargé d”une partie de la communication du jeune président togolais Faure Gnassingbé, fils de Gnassingbé Eyadema. En 2010, année de la réélection de M. Gnassingbé, le groupe Bolloré remportait la concession du terminal à conteneurs du port de Lomé pour une durée de 35 ans. Une décision elle aussi contestée par un concurrent.
L'information judiciaire est ouverte depuis deux ans, dans ce dossier. Et si elle était restée jusqu'ici plutôt discrète, c'est que l'affaire ne vise pas directement le groupe deVincent Bolloré.
Au départ, il s'agit d'une enquête sur la société Pefaco, un groupe spécialisé dans l'hôtellerie et très implanté en Afrique. Le président de Pefaco, Francis Perez, est un homme de réseaux... et, parmi ses relations, il y a un certain Jean-Philippe Dorent, cadre dirigeant de la société de communication Havas qui, elle, est détenue à 60% par Vincent Bolloré.
Or, Havas s'est occupé en 2010 des campagnes présidentielles d'Alpha Condé et de Faure Gnassimbé. La même année, le groupe Bolloré remportait la concession du terminal à conteneurs du port de Lomé. Et, en 2011, Alpha Condé résiliait le contrat de concession du port de Conakry (pourtant négocié pour 25 ans), et le confiait à Vincent Bolloré... Des décisions qui, à chaque fois, ont été contestées par les concurrents de l'industriel français.
Dans un communiqué remis à l'AFP, le groupe Bolloré assure avoir « cessé toute communication politique depuis 2011 ». Et son avocat affirme que faire un lien entre les campagnes présidentielles et l'attribution des marchés de concessions « n'est pas crédible » et « relève du fantasme »...
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