Migrations : au carrefour du corridor sahélien, la Région d’Agadez dotée d’un outil stratégique d’évaluation des besoins des migrants et réfugiés

Le Gouverneur de la Région d'Agadez, le Général de Division Ibra Boulama Issa, a présidé, vendredi 27 février 2026 à Agadez, la cérémonie officielle d'ouverture de l'atelier de validation du rapport d'évaluation conjointe et multisectorielle des besoins des migrants et réfugiés. Conduite en étroite collaboration avec les autorités nationales et régionales, les services techniques déconcentrés, notamment la Direction régionale de l’Institut national de la statistique (INS), et avec l’appui des partenaires humanitaires et des agences du Système des Nations Unies (SNU Niger), dont l’UNICEF, l’OIM, le HCR et le PAM, cette évaluation, qui est le fruit de plusieurs mois de travail, s’inscrit dans une approche intégrée et alignée sur les priorités nationales afin d’orienter plus efficacement la réponse publique et humanitaire face aux dynamiques migratoires croissantes dans la région, carrefour et corridor par excellence des flux et transits de l’espace sahélien et saharien.
La cérémonie officielle d’ouverture de l’atelier, qui s’est déroulée dans la salle de réunion de la Maison des jeunes et de la culture (MJC) Laya d’Agadez, a été présidée par le Gouverneur de la Région, le Général de Division Ibra Boulama Issa, en présence d’un parterre d’autorités administratives, coutumières, civiles et militaires. Parmi elles, le Secrétaire général adjoint de la région, Hamidou Saïdou Diallo, l’Administrateur délégué de la Commune urbaine d’Agadez, le Chef de bataillon Assarid Almoustapha, le Sultan de l’Aïr, Son Altesse Oumarou Ibrahim Oumarou, également président de l’Association des Chefs traditionnels du Niger (ACTN), des représentants des agences du Système des Nations Unies au Niger ainsi que le Directeur régional de l’Institut national de la statistique (INS), les responsables des FDS, des services techniques déconcentrés de l’État et les représentants des organisations de la société civile et des partenaires.

Agadez, carrefour stratégique et zone de vulnérabilités
Dans son mot de bienvenue aux participants, l'Administrateur délégué (AD) de la Commune d’Agadez a fait une brève présentation des dynamiques migratoires au niveau de son entité. À cette occasion, le Chef de bataillon Assarid Moustapha a rappelé qu'en raison de sa position géographique, la Région d’Agadez constitue un corridor migratoire majeur, tant pour les migrants en provenance ou en retour du Maghreb et de l’Europe que pour les mouvements internes et transfrontaliers entre le Niger, le Nigeria, l’Algérie et la Libye. « Ce phénomène de mobilité, dans la majorité des cas, expose les acteurs à une vulnérabilité accrue », a-t-il indiqué, citant, entre autres, l’insécurité, la précarité, les ruptures familiales, l’exploitation et les risques sanitaires.
Face à ces réalités, a-t-il insisté, la prise de décision ne peut se faire à l’aveugle. « Il est nécessaire de disposer de données fiables et actualisées », a-t-il déclaré, saluant l’initiative de cette évaluation conjointe multisectorielle organisée sous le leadership du Gouvernorat, en collaboration avec les services techniques déconcentrés et les partenaires techniques et financiers. Il a exhorté les participants à l’assiduité et à la disponibilité afin d’améliorer le rapport et d’en faire un outil opérationnel au service des autorités et des partenaires.
En effet, a poursuivi l’AD d’Agadez, pour une meilleure prise de décision en faveur des acteurs, il est nécessaire de disposer de données fiables et actualisées. Il a également souligné que cette évaluation conjointe multisectorielle, organisée par le Gouvernorat en collaboration avec les services techniques déconcentrés et les partenaires techniques et financiers, cadre parfaitement avec les visions des plus hautes autorités avant d'adresser ses remerciements à l'endroit de tous ceux qui ont contribué à l’aboutissement de cette activité si intéressante non seulement pour les migrants et les partenaires, mais aussi et surtout pour les autorités administratives. Enfin, il a exhorté les participants à l’assiduité et à la disponibilité afin de contribuer à l'amélioration de ce rapport.
Une évaluation conduite sous leadership régional

Dans son allocution d’ouverture, le Gouverneur de la région d’Agadez, le Général de Division Ibra Boulama Issa, a inscrit l’atelier dans une perspective géostratégique majeure. Couvrant plus de 52 % du territoire national et partageant près de 1 923 kilomètres de frontières avec le Mali, l’Algérie, la Libye et le Tchad, Agadez constitue un corridor migratoire central vers le Maghreb et l’Europe, mais aussi un espace de mobilités internes et transfrontalières à haut risque, soulevant des enjeux humanitaires critiques.
Il a rappelé que les refoulements massifs de migrants en provenance notamment de l’Algérie — composés en grande partie de jeunes, de femmes et d’enfants — ont conduit les autorités régionales à structurer une réponse coordonnée, avec l’appui des partenaires humanitaires et du système des Nations Unies.
Engagée depuis juin 2025, l’évaluation conjointe et multisectorielle a été conduite sous le leadership des autorités régionales et la coordination technique de la Direction régionale de l’Institut national de la statistique. Elle a mobilisé les directions techniques en charge de l’action humanitaire et de la migration ainsi que plusieurs agences des Nations Unies, notamment l’Organisation internationale pour les migrations, le Programme alimentaire mondial, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance.
L’étude a couvert les communes d’Agadez, d’Arlit et de Dirkou ainsi que le village d’Assamaka, point névralgique des arrivées de migrants refoulés. Vingt agents enquêteurs ont été recrutés et formés pour collecter des données relatives à la géolocalisation des sites, aux profils démographiques, à la durée de séjour, à l’origine des migrants, mais aussi aux principaux défis rencontrés et aux lacunes des services existants.
« L’objectif principal est de contribuer à l’amélioration de la préparation et de la réponse à la crise migratoire dans la région d’Agadez », a souligné le Gouverneur, invitant les participants à formuler des observations pertinentes afin de faire du rapport un outil de référence pour la prise de décision et la gestion des enjeux migratoires.
Des besoins persistants malgré les efforts
S’exprimant au nom des agences du Système des Nations Unies à Agadez, Lilian Ambusso, cheffe de sous-bureau de l’Organisation internationale pour les migrations dans la région, a salué le leadership des autorités nigériennes, soulignant leur engagement en faveur d’une gestion concertée, responsable et respectueuse des droits humains des dynamiques migratoires.
Elle a rappelé qu’en 2025, plus de 23 000 personnes ont été concernées par des mouvements de retour et d’expulsion en provenance de pays voisins, parmi lesquelles de nombreux jeunes, femmes et enfants. Une pression accrue sur les capacités locales qui impose, selon elle, une réponse mieux structurée et fondée sur des données probantes.
Les résultats préliminaires de l’évaluation conjointe mettent en évidence que, malgré les efforts significatifs déployés par le Gouvernement du Niger avec l’appui de ses partenaires, d’importants besoins subsistent dans plusieurs secteurs clés : accès aux soins de santé, sécurité alimentaire, eau potable et assainissement, scolarisation des enfants migrants, protection — notamment des femmes et des enfants — ainsi qu’amélioration des conditions d’hébergement.
Les groupes les plus vulnérables — femmes, enfants, personnes en situation de handicap et survivants de violences — demeurent les plus exposés, appelant à une mobilisation coordonnée et à des solutions durables alignées sur les priorités nationales.
Un outil d’aide à la décision et de plaidoyer
Pour les autorités comme pour les partenaires humanitaires, la validation de ce rapport constitue une étape charnière. Elle ouvre la voie à une réponse plus stratégique et mieux ciblée face aux défis migratoires de la région.
Le Gouverneur a exprimé l’espoir que les recommandations formulées serviront désormais de référence pour toute intervention dans le secteur de la migration à Agadez. Il a salué la contribution des agences des Nations Unies ainsi que l’implication des services techniques déconcentrés de l’État.
Les agences onusiennes ont, pour leur part, réaffirmé leur engagement à poursuivre leur appui aux côtés du Gouvernement et des autorités régionales, notamment en matière de protection, d’accès aux services essentiels, de renforcement des capacités locales et de promotion de solutions durables respectueuses de la dignité humaine.
Il faut noter qu’à l’entame des travaux de l’atelier, une synthèse des résultats de l’évaluation a été projetée devant l’assistance, avec des données désagrégées mettant en lumière les profils, les vulnérabilités et les besoins spécifiques des populations concernées. Une photo de famille a précédé le retrait des officiels, laissant place aux échanges techniques, aux observations, aux amendements et aux recommandations qui ont rythmé le reste de la session jusqu’à l’adoption du rapport final.
Au-delà des chiffres, cet atelier aura surtout consacré une conviction partagée : dans une région où la mobilité est ancienne et structurelle, seule une action collective fondée sur des données fiables et une responsabilité assumée permettra de relever durablement les défis migratoires.
À Agadez, carrefour du désert et des espoirs contrariés, la migration ne se résume pas à des flux. Elle engage des vies, des trajectoires et des vulnérabilités — désormais éclairées par un diagnostic validé.

Maou Mamadou (actuniger.com)


