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 Mohamed Moussa ASECNA

Ancien Ministre de l'Intérieur du Niger au cœur des mutineries de 1992 et Architecte du « Ciel Unique pour l’Afrique », M. Mohamed Moussa a passé le témoin à la tête de l’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique (ASECNA). Portrait d'un homme qui a su dompter les tempêtes au sol pour mieux sécuriser les trajectoires dans les airs, et dont le parcours est aujourd'hui gravé dans les annales de l’histoire de la sécurité aérienne. 

 

Etudes et Basket-ball : La genèse d'un leader (1968-1986)

Avant d'être un visage de la sécurité aérienne de l’aviation africaine, Mohamed Moussa fut celui de l'Union des scolaires nigériens (USN), dans les années 1968-1986 au Lycée national de Niamey où, malgré son BAC série scientifique obtenu avec mention, il fut privé de bourses par le régime du Conseil Militaire Suprême (CMS). Il poursuit son parcours scolaire à l'Ecole africaine de la météorologie et de l'aviation civile (EAMAC 1975-77 puis 1980-1981 enfin 1983-1986), avec le soutien de sa famille, du malien Traoré Mamadou, inspecteur des études en télécommunications et signalisation et du directeur béninois Raymond Coker. Il obtient enfin une bourse de l’état et s’inscrit à l’université de Niamey (1978-1979). Bien plus tard en 2014-2015, il obtient un certificat supérieur en économie des transports à l’université Lyon Lumière 2. Son leadership se poursuit au Syndicat Unique de l'Aviation Civile (SUAC -1978-1991) et à l'Union des Syndicats des Travailleurs du Niger (USTN 1978-1991). Il fut le fidèle lieutenant du Secrétaire Général Boureima Maïnassara, le taureau du syndicalisme nigérien (dixit le Général Seyni KOUNTCHE). Jeune particulièrement charismatique, Il était au front dans toutes les Assemblées générales (AG) et les meetings qu’il animait souvent. 

Entre 1968 et 1986, sa silhouette filiforme est partout sur les parquets de Niamey. Meneur ou Ailier de l'équipe nationale de Basketball (1975-1977) sous la conduite de l’entraîneur Dabo Dankaou, et surtout au sein des clubs de l'AS-TPM, AS- POLICE et AS-SONARA. Il y forge une résilience à toute épreuve. Il remporte quatre coupes nationales en clubs et plusieurs en championnat scolaire et universitaire. Sur le terrain, il apprend la «vision périphérique » : cette capacité à anticiper le mouvement de l'adversaire tout en coordonnant ses alliés. Une leçon de vie qui deviendra sa signature dans les bureaux de l'ASECNA et les couloirs du ministère de l'Intérieur.

 

L’épreuve du feu (1991-1993) : un ministre face aux baïonnettes

Le chapitre le plus héroïque de sa vie se joue lors de la Conférence nationale souveraine (CNS) et de la transition démocratique nigérienne (1990-1993). Il fut d’abord l’un des porte-paroles des forces démocratiques et l’homme-orchestre du Comité de coordination des luttes démocratiques (CCLD). Il fut l’un de ceux qui ont conquis et imposé la souveraineté de la conférence nationale en sa qualité de vice-président du « bureau de séance » qui a présidé à l’élaboration et à l’adoption du règlement intérieur et des statuts de la CNS sur la base des travaux préparatoires livrés par la CNPCN (Commission nationale pour la préparation de la conférence nationale). Aux côtés du président Mallam YARO (représentant le groupe PATRONAT) et de l’autre vice-président Ali Bondieré (représentant le groupe POUVOIR), il termine sa mission de vice-président (représentant le CCLD) au bureau de séance de la conférence nationale avec le sympathique sobriquet de « monsieur coupez-le ».

FOCUS : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays » JFK.

Nommé ministre de l'Intérieur dans le gouvernement de transition du premier ministre Cheiffou Amadou, Moussa Mohamed se retrouve en première ligne face à une armée en mutinerie. Ses seize (16) arrestations et détentions forcées extra-judiciaires dans les geôles obscures de l’état-major tout près du bureau du président Seyni Kountché et dans les casernes de Niamey, Ouallam, Agadez et Zinder entre 1968 et 1993, restent gravées dans l'histoire. La plus emblématique étant celle de Ouallam suite au jet symbolique et historique d’une tomate sur le président français Georges Pompidou le 24 janvier 1972 par un militant de l’union des scolaires nigériens (USN), jamais identifié.

Jeune ministre chargé de la sécurité avec le secrétaire d’Etat Ibrahim Koma, ils firent face avec l’appui déterminant et avisé du colonel Issa Mazou, alors chef d’état-major des armées, à quatre (04) mutineries dont trois sont des vraies tentatives de coups d’Etat avec occupation de la Radio nationale, de l’Aéroport ou des places publiques. Il assura brillamment la supervision des textes fondamentaux (Constitution de la troisième république, Code électoral et Charte des partis politiques) qui permirent l’organisation des élections les plus transparentes en 1993, et l’élection de monsieur Mahamane OUSMANE, premier président élu démocratiquement sans contestation (organisation et résultats du scrutin en seulement 24h).

Conformément aux recommandations de la Conférence Nationale, il mit en œuvre l’acte 27 relatif à la reconnaissance de l’USN et lui affecta un siège en face du Ministère de la fonction publique. Il fait procéder aux baptêmes de la place des MARTYRS, de la place de la CONCERTATION et de la place de L’UNITE en reconnaissance des luttes démocratiques au Niger de 1990-1992.

En sa qualité de président de la Commission Nationale de Sécurité pendant la période de transition, Il déconseilla des poursuites contre les auteurs des tentatives de coup d’état devant les juridictions civiles et militaires, et préconisa uniquement des conseils de discipline pour les fauteurs. Son rêve d’un état démocratique fort et capable de gérer toutes ses contradictions par le dialogue, fut un vrai cauchemar. Sa gestion de la rébellion touarègue privilégie déjà le dialogue, sauvant une unité nationale alors vacillante. Il fut de mémoire, le seul ministre de l’intérieur, à restituer les « fonds politiques y compris le carburant » au Trésor national à son départ, faisant preuve d’une rare intégrité.

 

FOCUS : « Une richesse nationale n’est utile que pour servir le peuple »

Pris en otage une première fois en février 1992 avec le professeur André Salifou alors Président du Haut Conseil de la République (HCR), il est de nouveau pris en otage pendant huit (8) mois par des soldats en colère (août 1992-mars 1993). Mohamed Moussa ne fléchit pas, refusant de troquer les principes républicains contre sa liberté. Une délégation de sept (7) officiers supérieurs et une autre de trois (03) ministres, conduite par Rabiou Galidima Daouda (son successeur au Ministère de l’Intérieur), échouèrent à lui faire accepter des conditions de libération contre ses principes. Il refusa et resta en résidence surveillée à la gendarmerie nationale de Niamey. Pendant la période de transition, il a échappé à trois tentatives d’assassinat dont l’une a conduit le gouvernement à déclarer un ambassadeur « persona non grata » avec un délai de 24h pour quitter le territoire du Niger. Il n’a dû sa libération qu’à la médiation de monsieur Klaus Kinkel, ministre allemand des Affaires étrangères mandaté par l’Union européenne. Il s’envola alors pour le ciel plus clément du Sénégal et la Direction de l’Ecole régionale de la navigation aérienne et du management (ERNAM).

 

La Révolution Technologique : Le pari du SBAS de l'ADS-B et du contrôle en vol

Élu Directeur Général de l'ASECNA en 2016 puis en 2020, il impose une vision : la souveraineté technologique par le satellite (SBAS et ADS-B). Dans la lignée de ses prédécesseurs Paul MALEKOU du Gabon, Issoufou Ousmane OUBANDAWAKI du Niger, Youssouf MAHAMAT du Tchad, Amadou Ousmane GUITTEYE du Mali, il décida de maîtriser le ciel africain. Avec l’accord du conseil d’administration et du comité des ministres, et en étroite collaboration avec certains directeurs et experts comme Louis Bakienon du Burkina Faso, Guelpina Ceuba du Tchad, Arouna Touré du Togo, Eric Damiba (BF), Joachim Tchissambou Mboundou du Congo, Areno MICHEL de France, Rémi Amewokpo SUMSA KOMLA et bien d’autres, l'Afrique dispose désormais de son propre guidage spatial en phase expérimentale et de sa surveillance satellite opérationnelle, plaçant l'Agence au même niveau que les puissances occidentales. Grace à l'ADS-B, il fait assurer la surveillance des 16 millions de km² d'espace aérien géré par l'ASECNA en coopération avec un organisme technique américain et grâce à l’engagement des contrôleurs aériens bien formés à l’EAMAC.

 

La sécurité en vol

Il étendit le service de contrôle en vol sur tout le continent africain et jusqu’en Europe avec ses laboratoires volants du Sénégal aux îles françaises de l’océan pacifique ou de la Réunion, de la Mauritanie au Mozambique et du Cap au Caire avec d’abord un avion ATR 42-300 puis avec un SESSNA Citation Sovereign+ (680) qui reste le fleuron mondial de la calibration en vol et qui permet de valider les procédures modernes comme le PBN (navigation basée sur la performance) et le SBAS (système de navigation par satellite). Le contrôle en vol est un service de légende dirigé par le Burkinabé Moussa Diallo avec quatre pilotes émérites (trois africains et un commandant de bord français qui a formé et qualifié les deux autres commandants de bord   et des ingénieurs de contrôle qualifiés, tous africains. Le balisage du ciel mondial est leur terrain de jeu…

 

Le désenclavement numérique et sécuritaire

Sous son magistère, les aéroports des capitales des états membres de l’Agence se modernisent. D’Abidjan à Bangui et de Moroni à Nouakchott, il investit massivement dans les aéroports. En particulier, Niamey est devenue la capitale africaine du savoir aéronautique. Il a investi massivement dans l'EAMAC (École Africaine de la Météorologie et de l'Aviation Civile) située à Niamey :

 * Modernisation technologique : Il a doté l'école de simulateurs de contrôle aérien de dernière génération, faisant de Niamey le centre de formation le plus performant d'Afrique.

 * Rayonnement académique : En renforçant les diplômes de l'EAMAC, il a permis au Niger de continuer à accueillir des étudiants de tout le continent, consolidant l'influence diplomatique du pays par "l'éducation".

Le Niger possède l'un des espaces aériens les plus vastes et les plus complexes (zone sahélienne). Moussa Mohamed a mis en place :

 * La couverture satellitaire totale : Grâce au projet ADS-B par satellite, l'immense désert nigérien n'est plus une "zone blanche". Chaque vol est suivi en temps réel, garantissant une sécurité maximale pour le territoire.

 * L'autonomie de navigation (SBAS : Satellite-Based Augmentation System) : Il a fait du Niger, et des autres états membres, les premiers bénéficiaires des tests de guidage par satellite.  Cela permet aux aéroports régionaux nigériens (comme Agadez, Zinder, Maradi, Tahoua, Diffa ou toute piste en territoire du Niger) et ceux des autres pays, y compris le Rwanda (récemment devenu état membre), d'envisager, à terme, des approches de haute précision sans infrastructures au sol coûteuses. 

 

Un palmarès à la mesure de l’homme

FOCUS : Le "Lion" de la coopération : La distinction de Commandeur de l’Ordre National du Lion remise par le Président Macky SALL est le symbole d’une fraternité panafricaine. Elle couronne l’homme qui a su faire de Dakar le cœur battant de l’aviation mondiale, renforçant l’école régionale de la navigation aérienne et du management (ERNAM) dont il fut le directeur de 1994 à 1997. Il fit également construire à Dakar des sièges pour l’OACI, la CAFAC, l’AFPP (African flight procedure programme) et le JPO (joint programme office).  Il y stabilisa L’ASECNA, une institution panafricaine de dix-neuf (19) états.

Le départ de Mohamed Moussa de la Direction générale de L’ASECNA en décembre 2024 a été marqué par une pluie d'hommages. La liste de ses distinctions illustre son rôle de trait d'union entre les nations. Il est l'un des rares cadres africains à avoir été honoré par autant d'États :

* Au Niger : Il est élevé au rang de Commandeur de l’Ordre National par le Président Mahamadou Issoufou et Chevalier de l’Ordre du Mérite, passant du statut de « perturbateur » du régime du CMS à celui de bâtisseur du ciel unique pour l’Afrique (CUPA).

 * En Afrique de l'Ouest : Commandeur de l’Ordre National du Lion (Sénégal) par le Président Macky SALL et Officier de l’Ordre de l’Étalon (Burkina Faso) sous le président de l’espoir, le Capitaine Ibrahim Traoré (IB).

* En Afrique Centrale et Océan Indien : Commandeur de la Reconnaissance Centrafricaine, Officier de l'Ordre National du Congo, de l'Union des Comores, et Chevalier d’Anjouan et Caballero de la Guinée Équatoriale. 

 * Reconnaissance Sahélienne : Médaille de la Reconnaissance Nationale de la République Islamique de Mauritanie.

* Influence Mondiale : Il est titulaire de la prestigieuse Médaille d’honneur de l’Aéronautique de la République Française, de la Médaille de l'Aéronautique de l'ASECNA, et de la médaille de l'Association Internationale des Ingénieurs de l'Energie pour ses réalisations des centrales solaires dans l'aviation. Cette dernière Médaille, il l’a dédiée au professeur Abdou Moumouni Djoffo, le père du solaire et de l’USN.

Son expertise a été saluée par les plus hautes instances mondiales :

* la reconnaissance de la Commission africaine de l’aviation civile (CAFAC),

* la distinction honorifique du Bureau de la Coopération Technique de l'organisation de l’aviation civile internationale (OACI) pour la mise en œuvre réussie du guidage radar dans l’espace aérien de l’ASECNA

* le prix MAVERICK AWARDS de la civil air navigation services organisation (CANSO-MONDE).

* le prix de l’Intégration en Afrique du FOGECA (forum des opérateurs pour la garantie de l’émergence économique en Afrique).

Toutes ces grandes organisations internationales le considèrent comme l'architecte de la sécurité aérienne de l'aviation africaine moderne.

Tableau DG ASECNA

 

La promotion du "Label Niger"

Sur la scène internationale, il a été le meilleur ambassadeur de la compétence nigérienne en matière d’aviation civile. Il voulait unir l’Afrique avec son projet « Ciel Unique Pour l’Afrique (CUPA) » en s’inspirant du Dr. Kwame Nkrumah qui disait : « Quand on regarde la carte de l'Afrique, on a l'impression d'être en face d’un ‘'Miroir brisé '' avec toutes ces lignes qui serpentent, ignorant très souvent le continuum sociologique, ethnique et culturel. Notre devoir est de réparer ce miroir et non pas de le briser davantage ».

Par la technologie, Moussa Mohamed rêvait d’un ciel sans frontières aériennes pour un monde plus intégré.

 

L’héritage du sage

« Dans le basket comme dans l’aviation, la verticalité ne vaut rien sans la maîtrise de l’horizon. Il faut construire des ponts invisibles dans le ciel pour que les hommes, au sol, apprennent enfin à se rejoindre sans crainte »

Chef traditionnel Ifoghas Ichirifan, nommé Agolla du Sultan de l'Aïr, l’honorable Oumarou Ibrahim Oumarou et intronisé Tambari par le Sultan du Damagaram, l’honorable Aboubacar Oumarou SANDA, Moussa Mohamed quitte ses fonctions de DG-ASECNA, le 31 décembre 2024, après avoir réussi à faire adhérer le Rwanda comme 19e état membre de l’Agence et avec, en ligne de mire, la Gambie comme 20e. Il ne laisse pas seulement des Radars, des Satellites et des avions, il laisse une preuve : celle qu’un enfant du sahel peut piloter l’avenir technologique de tout un continent. Il incarne cette Afrique capable de piloter des satellites tout en respectant ses codes séculaires. À son départ, il laisse derrière lui une Agence forte et une fierté retrouvée. L'ancien meneur de jeu a réussi son dernier panier : celui de l'histoire…

Repos AMGHAR (Ancien ou Chef traditionnel touareg en Tamajak)

La Rédaction



Commentaires

0
Abdoul
Hier
Très instructif et inspirant pour les nouvelles générations.
Bon vent et une paisible retraite à cet grand homme qui a non seulement honoré le Niger mais aussi le Sahel et l'Afrique dans son ensemble.
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