Retrait du Tchad de la CPI : derrière la décision de N'Djamena, la main cachée de Washington

Le gouvernement tchadien a annoncé, lundi 27 juillet, sa décision de se retirer de la Cour pénale internationale. À cet effet, le ministre des Affaires étrangères a indiqué, dans un communiqué, avoir officiellement notifié cette décision au Secrétaire général de l'ONU, justifiant ce choix par l'efficacité limitée et la sélectivité de la Cour. Le Tchad rejoint ainsi plusieurs autres États qui se sont dernièrement retirés du Statut de Rome, dont les derniers en date sont les pays de la Confédération AES et le Venezuela. Si N’Djamena a motivé sa décision par la « sélectivité indéniable érigée en principe » des dossiers traités par la juridiction pénale internationale, derrière cette décision des autorités tchadiennes se cache la main des États-Unis qui, bien que non membres des États parties, manœuvrent en coulisses pour décrédibiliser la CPI. Quelques jours avant l’officialisation de ce retrait, Washington avait abordé cette question lors d'un entretien téléphonique sollicité par la partie américaine entre le chef de la diplomatie tchadienne, Abdoulaye Sabre Fadoul, et le sous-secrétaire d’État américain chargé des Affaires africaines, Frank W. Garcia Jr. Ce dernier avait demandé aux autorités tchadiennes le réexamen de leur adhésion au Statut de Rome, ce que N’Djamena a promis de faire. Avec la suite qu’on connaît désormais…
Encore un État de moins pour le Statut de Rome ! Le Tchad a annoncé, lundi 27 juillet, sa décision de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI), évoquant un fonctionnement « à géométrie variable » de cette juridiction internationale.
Dans un communiqué, le ministère tchadien des Affaires étrangères a déclaré que le Tchad a officiellement notifié, lundi, au Secrétaire général des Nations unies, dépositaire du Statut de Rome, sa décision de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI), conformément à l’article 127 du Statut de Rome, qui encadre les modalités de retrait de la juridiction internationale.
Une juridiction à géométrie variable selon N'Djamena
Les autorités tchadiennes expliquent que cette décision est le résultat d’un « examen approfondi » du fonctionnement de la CPI depuis son entrée en fonction en 2002. Elles estiment que le bilan de la Cour demeure limité au regard des attentes ayant présidé à sa création.
Pour motiver leur décision, les autorités tchadiennes ont estimé que le bilan de la Cour demeure en deçà des attentes ayant présidé à sa création, tout en dénonçant une « sélectivité indéniable érigée en principe ».
À l’appui de cette position, N’Djamena cite des statistiques de la CPI arrêtées au 11 mai 2026. Selon le gouvernement, sur les treize enquêtes ouvertes par la Cour depuis sa création, neuf (09) concernent des pays africains, à savoir l’Ouganda, la République démocratique du Congo, le Darfour (Soudan), la République centrafricaine, le Kenya, la Libye, la Côte d’Ivoire, le Mali et le Burundi. Par contre, fait remarquer le gouvernement tchadien, les quatre (04) autres situations ouvertes hors du continent n’ont enregistré que des « avancées limitées ».
Le communiqué relève également qu’au 11 mai 2026, la CPI ne comptait que sept (07) personnes détenues, dont six poursuivies dans des affaires africaines et une seule dans une situation située hors d’Afrique.
Dans ce cadre, le gouvernement tchadien a appelé l’Union africaine (UA) et ses États membres à accélérer le renforcement des mécanismes judiciaires africains afin de bâtir « un système plus juste, équilibré, crédible et efficace, dans le respect de la souveraineté des pays africains ».
Le Tchad avait ratifié le Statut de Rome de la CPI en 2006. Selon ce traité, le retrait d’un État entre officiellement en vigueur un an après la réception de la notification par le Secrétaire général de l’ONU.
La CPI de plus en plus remise en cause
Le retrait tchadien s’inscrit dans un contexte de remise en cause croissante de la Cour par plusieurs États africains. Les trois pays de la Confédération des États du Sahel, notamment le Niger, le Burkina Faso et le Mali, ont officiellement notifié leur retrait du Statut de Rome entre le 18 et le 24 juin 2026, après avoir annoncé leur intention de quitter la CPI en septembre 2025.
Avant les pays de l’AES, plusieurs autres pays ayant adhéré au Statut de Rome ont également annoncé leur retrait de la CPI. Le dernier en date est le Venezuela. Comme N’Djamena et les pays de la Confédération AES, ils dénoncent une justice internationale jugée partiale et plaident pour le développement de mécanismes judiciaires africains capables de traiter les crimes les plus graves sur le continent.
Dans son communiqué, N’Djamena a précisé toutefois que ce retrait ne remet pas en cause son engagement dans la lutte contre l’impunité. Les autorités réaffirment leur attachement à la poursuite des auteurs des crimes les plus graves et estiment que les juridictions nationales ainsi que les mécanismes judiciaires africains disposent désormais de capacités croissantes pour assumer cette responsabilité. Et conformément à l’article 127 du Statut de Rome, le retrait du Tchad prendra effet un an après la notification adressée au dépositaire du traité, soit le 27 juillet 2027.
Derrière le retrait du Tchad, la main des États-Unis
Les autorités tchadiennes ont motivé leur décision par plusieurs griefs qui, pour l’essentiel, ont également conduit les autres États du continent à se retirer de la CPI. Toutefois, derrière cette décision de N’Djamena, l’administration américaine a joué en coulisses un rôle qui, à défaut d’avoir pesé, a accéléré l’annonce de la décision de retrait du Tchad de la CPI.
Quelques jours avant que le Tchad n’annonce officiellement son retrait de la Cour pénale internationale (CPI), les États-Unis avaient abordé avec N’Djamena la question de son maintien au sein du Statut de Rome, selon un communiqué du ministère tchadien des Affaires étrangères.
L’information figure dans le compte rendu d’un entretien téléphonique tenu le 23 juillet entre le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Sabre Fadoul, et le sous-secrétaire d’État américain chargé des Affaires africaines, Frank W. Garcia Jr. Cet échange, qui s’est tenu le 23 juillet 2026, avait été organisé à la demande de la partie américaine, selon les détails donnés dans le communiqué.
Au cours de la conversation, « la partie américaine a exprimé ses préoccupations quant au fonctionnement de cette institution et souhaité un réexamen par le Tchad de son adhésion au Statut de Rome », a indiqué le ministère. En réponse, le chef de la diplomatie tchadienne a rappelé que le Tchad partageait lui aussi « certaines préoccupations relatives au fonctionnement et à la sélectivité de la Cour ». Et le communiqué de préciser que le ministre a saisi l’occasion pour réaffirmer son « attachement au principe de souveraineté des États ». Il avait alors indiqué que cette question serait examinée par les autorités compétentes.
Il faut dire que depuis quelques années, les États-Unis, qui ne sont pas signataires du Statut de Rome, manœuvrent en coulisses et parfois à visage découvert pour décrédibiliser la CPI.
Le dernier fait en date est d’avoir promis et obtenu la tête du procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan, qui a été démis de ses fonctions, vendredi dernier, à la suite d’allégations de harcèlement sexuel sur une membre de son équipe. Ce que l’avocat britannique de 56 ans a toujours réfuté et, pour beaucoup d’observateurs, le désormais ex-procureur de la CPI paie son intransigeance à vouloir traduire devant la juridiction internationale des autorités israéliennes. La chasse à l’homme des États-Unis s’est d’ailleurs intensifiée depuis que la CPI a émis un mandat d’arrêt contre Benyamin Netanyahu, le Premier ministre de l’État hébreu.
A.Y. Barma (actuniger.com)


