Sarkin Waka 2026 : SDMZ sacré champion national, la musique urbaine au service de la jeunesse et de l’engagement citoyen
Sadomazo alias SDMZ de Niamey a été sacré, dimanche 16 août 2026 au Palais des Congrès de Niamey, vainqueur de la 4e édition du championnat national de musique urbaine « Sarkin Waka ». Au terme d’une finale réunissant les meilleurs talents issus des huit régions du Niger, le jeune artiste s’est imposé devant Joe King de Maradi, Zorro de Tahoua et Cécile de Maradi. Cette édition, placée sous le signe de l’engagement citoyen, a également donné aux jeunes artistes une tribune pour porter, à travers leurs textes et leurs prestations, des messages sur deux enjeux majeurs : l’accès à une éducation de qualité et la prévention de la malnutrition. Au-delà de la compétition, Sarkin Waka entend ainsi faire de la musique urbaine un espace de révélation, de professionnalisation et de mobilisation de la jeunesse nigérienne.
Organisée par Méthode de la Morale (MDM Crew), avec l’appui de plusieurs partenaires institutionnels et techniques, dont l’UNICEF, la cérémonie s’est déroulée en présence du ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, Sidi Mohamed Almahmoud, de son homologue chargé de la Communication, de l’ambassadeur d’Italie au Niger, de la représentante de l’UNICEF au Niger et du représentant de l’Union européenne. L’événement a également réuni des artistes, des acteurs culturels ainsi que de nombreux jeunes, venus célébrer et valoriser les talents de la nouvelle génération nigérienne.
Pendant plusieurs heures, la scène du Palais des Congrès a servi de vitrine à une nouvelle génération d’artistes venus des différentes régions du pays. Car l’une des particularités de Sarkin Waka est précisément de ne pas limiter la compétition à la capitale. Depuis son lancement en 2023, le championnat revendique une dimension nationale et entend faire émerger des talents issus des huit régions du Niger.
Mais cette présence dans les régions ne se limite pas à la détection des candidats. Le dispositif repose également sur des caravanes de sensibilisation et de proximité, destinées à aller directement à la rencontre des jeunes. Selon les organisateurs, plus de 15 000 jeunes ont ainsi été touchés à travers ces caravanes, qui permettent à la fois de porter les messages du championnat dans les communautés, de repérer de nouveaux talents et de créer un lien direct avec la jeunesse.
L’idée est simple, mais son impact est loin d’être anodin : aller chercher les talents là où ils se trouvent, plutôt que de considérer Niamey comme l’unique centre de la création musicale urbaine. En investissant les territoires, Sarkin Waka cherche ainsi à élargir son audience tout en construisant progressivement un véritable circuit de découverte et d’accompagnement des artistes.
Cette orientation a été particulièrement soulignée par Souleymane Barké, président du Conseil d’organisation, qui a rappelé que les talents ne se trouvent pas uniquement dans la capitale. Originaire d’Agadez, l’un des initiateurs du projet a insisté sur la nécessité d’aller à la rencontre des jeunes artistes jusque dans les régions, notamment à Agadez et Diffa. Pour lui, l’une des forces du championnat réside précisément dans cette capacité à sortir des circuits habituels de détection et à donner leur chance à des jeunes qui, autrement, pourraient rester éloignés des grandes scènes.
Cette dimension nationale a également été mise en avant par le président du Conseil national de la jeunesse, Ibrahim Idrissa Moussa. À ses yeux, la présence des huit régions dans le championnat constitue une véritable richesse pour le pays, puisqu’elle permet de révéler des talents issus de différents territoires, de rapprocher les jeunes et de transformer la diversité culturelle du Niger en matière première pour la création artistique.
L’ambition affichée va toutefois au-delà de la seule révélation de talents. Les organisateurs souhaitent notamment identifier de nouveaux artistes, produire et diffuser au moins dix titres professionnels et contribuer à la création d’une alliance des artistes urbains du Niger. À travers ces objectifs, Sarkin Waka cherche progressivement à construire un écosystème autour de la musique urbaine, fondé sur la détection, la formation, la production et la mise en réseau des jeunes artistes.
C’est donc bien plus qu’un concours entre artistes. Sarkin Waka cherche à créer un circuit permettant à des jeunes de se confronter aux réalités du métier, de développer leurs compétences, de rencontrer un public et, surtout, de commencer à transformer une passion en perspective professionnelle.
SDMZ décroche le titre
Au terme de cette compétition, c’est finalement le représentant de Niamey, SDMZ, présenté également comme Sadomazo, qui s’est imposé et a décroché le titre de cette quatrième édition.
Le vainqueur repart avec un million de francs CFA en numéraire, ainsi qu’un ensemble de récompenses comprenant notamment la réalisation de trois clips, la production d’un album de 12 à 14 titres, des collaborations artistiques avec MDM et d’autres artistes, un ordinateur et un sac d’ordinateur, ainsi que douze complets de tenues offerts par Fahad Couture.
Derrière lui, Joe King de Maradi s’est classé deuxième et reçoit un prix d’un million de francs CFA. Zorro de Tahoua termine troisième avec une récompense de 500 000 francs CFA et une tablette, tandis que Cécile de Maradi occupe la quatrième place avec un prix de 500 000 francs CFA.
Un palmarès qui illustre, à lui seul, la vocation nationale du concours : Niamey, Maradi et Tahoua figurent parmi les territoires représentés sur le podium final.
Mais les récompenses matérielles ne constituent qu’une partie de l’enjeu. Pour les organisateurs, l’objectif est surtout de permettre aux lauréats de franchir un cap dans leur parcours artistique, en passant d’une pratique musicale parfois artisanale à une production davantage structurée et professionnelle.
22 finalistes en résidence avec Smarty : Sarkin Waka mise sur la transmission pour faire émerger les talents
Avant de monter sur la scène du Palais des Congrès, les 22 artistes finalistes de l’aventure Sarkin Waka, venus des huit régions du Niger, ont franchi une nouvelle étape dans leur parcours : une résidence artistique consacrée à la création, à la performance et à la transmission.
À leurs côtés, un artiste qui fait figure de référence sur la scène musicale africaine : Smarty, de son vrai nom Salif Louis Kiekieta, artiste international, auteur-compositeur-interprète et Ambassadeur de bonne volonté de l’UNICEF au Burkina Faso.
Le choix de cette figure majeure de la musique africaine donne à la résidence une portée qui dépasse celle d’un simple atelier de perfectionnement. Pendant cette phase de préparation, les jeunes artistes sont invités à travailler leur univers musical, leurs textes, leur présence scénique et surtout leur capacité à porter un message auprès de leur génération.
La logique est celle de la transmission : mettre l’expérience d’un artiste confirmé au service de talents encore en construction. Pour l’UNICEF, cette démarche illustre précisément le rôle que peuvent jouer les artistes dans l’accompagnement de la jeunesse. Au-delà de leur capacité à mobiliser un public, ils peuvent transmettre leur expérience, inspirer de nouvelles vocations et contribuer à faire émerger une génération de créateurs davantage préparés aux exigences du métier.
Cette résidence prend d’autant plus de sens que les jeunes finalistes ne travaillent pas uniquement sur leur performance artistique. Dans cette quatrième édition, ils ont également été appelés à mettre leur créativité au service de deux enjeux majeurs : l’accès à une éducation de qualité et la prévention de la malnutrition.
Le défi consiste donc à faire de la musique bien plus qu’un espace de compétition. Il s’agit d’apprendre à transformer un talent en parole, une parole en message et un message en capacité d’agir.
Smarty a également intégré le jury de la finale, aux côtés de la chanteuse et rappeuse nigérienne Safiath, de son vrai nom Safia Aminami, et de Frédéric Bachir Serge Péchot, ancien rappeur du groupe Wass Wong devenu promoteur et administrateur culturel.
Cette articulation entre résidence, transmission, compétition et sensibilisation constitue l’une des marques fortes de cette quatrième édition. Elle traduit surtout une ambition : ne pas seulement révéler des artistes, mais contribuer à leur donner les outils nécessaires pour franchir un cap et inscrire leur talent dans la durée.
Le ministre Sidi Mohamed Almahmoud aux jeunes : “L’avenir du Niger est dans votre talent”
Dans son intervention, le ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, Sidi Mohamed Almahmoud, a choisi de s’adresser directement aux jeunes.
Pas de long discours institutionnel, a-t-il expliqué en substance. L’objectif était d’abord de les encourager et de leur rappeler la place qu’ils occupent dans les priorités nationales.
Le ministre a notamment insisté sur le fait que la jeunesse constitue la « priorité de nos plus hautes priorités » et que l’avenir du pays repose largement sur sa capacité, son talent et son engagement.
Dans son intervention, il a également salué l’accompagnement apporté aux jeunes artistes et le travail réalisé par les initiateurs du championnat. Il a notamment souligné que le talent ne se trouve pas uniquement dans la capitale et assuré de la poursuite de l’accompagnement des initiatives en faveur de la jeunesse.
UNICEF : faire de la musique un levier d’expression et de rayonnement de la jeunesse nigérienne
Pour l’UNICEF, le sacre de SDMZ ne doit pas marquer la fin de l’aventure. Mme Djanabou Mahonde a appelé à inscrire la dynamique dans la durée, en renforçant les capacités des jeunes talents, en leur ouvrant de nouvelles opportunités et en construisant progressivement un réseau d’artistes et de créateurs engagés au service des enfants, de leurs communautés et du rayonnement du Niger.
Cette volonté de prolonger l’accompagnement intervient dans un contexte où les initiatives en faveur de la jeunesse se multiplient à Niamey. Quelques jours avant la finale de Sarkin Waka, la capitale avait accueilli la troisième édition de YouthConnekt Sahel, consacrée aux aspirations des jeunes et à leur capacité à devenir une force de proposition, d’innovation et de transformation pour l’avenir du Sahel.
Pour la représentante de l’UNICEF, les deux rendez-vous participent d’une même dynamique, mais empruntent des voies différentes. YouthConnekt Sahel a permis aux jeunes de faire entendre leurs idées, leurs aspirations et leurs solutions dans un cadre d’échanges ; Sarkin Waka prolonge cette expression par la musique, la création et la scène.
La participation des jeunes à la vie de la société ne se joue donc pas uniquement dans les espaces institutionnels. Elle peut aussi prendre forme dans un studio, sur une scène ou à travers une chanson, une vidéo et les plateformes numériques. C’est précisément sur cette capacité de la création artistique à toucher les jeunes avec leurs propres codes que l’UNICEF entend s’appuyer.
Pour l’UNICEF, l’enjeu dépasse également la seule question du divertissement. La musique et les industries créatives peuvent contribuer à changer la manière dont un pays se raconte et est perçu. Mme Djanabou Mahonde a ainsi souligné que l’art permet aussi de raconter le Niger autrement, en mettant en avant une jeunesse créative, talentueuse et riche de la diversité culturelle de ses huit régions.
Un pari sur la jeunesse
À travers les différentes interventions prononcées au Palais des Congrès, un même constat est revenu : le Niger dispose d’une jeunesse nombreuse, créative et talentueuse, mais cette énergie doit pouvoir trouver des espaces d’expression et des mécanismes d’accompagnement.
Pour le ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, cette jeunesse représente la « plus grande richesse » du pays et mérite un accompagnement à la hauteur de son potentiel et de sa capacité à contribuer au changement.
Pour le Conseil national de la jeunesse, les jeunes ne doivent pas rester de simples spectateurs du développement. Ils doivent en devenir des acteurs à part entière, notamment à travers la culture, la création d’emplois, la valorisation de l’identité culturelle et l’acquisition de nouvelles compétences. Pour l’UNICEF enfin, leur influence peut être mise au service des droits de l’enfant, de l’éducation et de la nutrition.
Ces trois approches se rejoignent autour d’une même conviction : le talent n’a de véritable portée que lorsqu’il peut être transformé en capacité d’agir.
C’est précisément dans cette perspective que Sarkin Waka entend aujourd’hui changer de dimension. Lancé en 2023 à l’initiative du collectif MDM, le championnat ambitionne désormais de s’imposer comme une plateforme nationale de détection, de formation et de professionnalisation des artistes urbains. Pour le président du Conseil national de la jeunesse, cette évolution répond à un besoin réel : offrir aux jeunes des espaces où ils peuvent exprimer leur potentiel, acquérir des compétences et transformer leur passion en véritable opportunité professionnelle.
La dimension nationale constitue à cet égard l’un des principaux atouts du championnat. Faire monter sur une même scène des jeunes venus des huit régions, c’est créer des rencontres qui n’auraient pas nécessairement lieu autrement, confronter des styles, des expériences et des sensibilités différentes, mais aussi donner à la création musicale urbaine une portée qui dépasse les frontières de la capitale.
Au-delà de la musique, cette mise en réseau des jeunes porte également une ambition sociale. Le Conseil national de la jeunesse voit dans Sarkin Waka un outil susceptible de favoriser le rapprochement entre les jeunes, de renforcer les liens entre les différentes régions et de contribuer à la paix et à la cohésion sociale.
Ainsi, en quatre éditions, le championnat tend progressivement à dépasser le cadre d’un simple concours musical pour devenir un espace de révélation des talents, de professionnalisation et de rassemblement d’une jeunesse nigérienne appelée à prendre une part active à l’avenir du pays.





