Niger : Mamane Kabirou Ousseini remporte l’Africa Prize 2026 pour sa plateforme médicale Likita Care
L’innovateur nigérien Mamane Kabirou Ousseini a remporté, le 28 octobre à Johannesburg, en Afrique du Sud, l’Africa Prize for Engineering Innovation 2026, doté de 50 000 livres sterling. Sa plateforme Likita Care vise à faciliter la surveillance de plusieurs patients en temps réel grâce à des équipements conçus pour être fabriqués, entretenus et réparés localement. Une distinction qui ouvre de nouvelles perspectives de commercialisation pour cette solution développée au Niger.
Cette récompense vient couronner plusieurs années de travail sur un problème concret rencontré dans les établissements de santé nigériens : les pannes d’équipements médicaux importés, souvent difficiles à réparer faute de pièces de rechange disponibles et d’assistance technique spécialisée. C’est en travaillant à la maintenance et à la réparation de matériel médical dans les hôpitaux du pays que Mamane Kabirou Ousseini a identifié le besoin de solutions mieux adaptées aux réalités locales.
PDG et cofondateur de Likita Care, il devient le premier ingénieur nigérien à participer à l’Africa Prize for Engineering Innovation et à en remporter la distinction principale. Le prix lui a été remis lors d’une cérémonie organisée à Johannesburg par la Royal Academy of Engineering, l’institution britannique à l’origine de ce concours consacré aux innovations techniques à fort impact.
« Gagner l’Africa Prize est un rêve devenu réalité. Nous avons commencé il y a plus de cinq ans, et voir où nous en sommes arrivés aujourd’hui, en plus de recevoir cette reconnaissance, signifie bien plus que ce que les mots peuvent traduire », Mamane Kabirou Ousseini.
Likita Care, une réponse locale aux pannes d’équipements médicaux
La plateforme associe des appareils médicaux connectés, des logiciels cliniques et des moyens de fabrication numérique locale. Les dispositifs permettent notamment le suivi des patients, la surveillance cardiaque et le suivi prénatal. Un tableau de bord centralise les informations pour permettre aux professionnels de santé de suivre plusieurs patients simultanément, tandis qu’un module d’intelligence artificielle embarqué aide à interpréter les signes vitaux en temps réel.
L’ambition est de proposer des équipements qui ne soient pas seulement disponibles, mais également réparables et entretenus au Niger. Dans les établissements où les ressources sont limitées, cette approche cherche à réduire les difficultés liées aux pièces détachées et à la dépendance à une assistance technique extérieure.
Plus de 70 appareils produits et cinq centres médicaux utilisateurs
Selon les données communiquées par la Royal Academy of Engineering, plus de 70 appareils Likita Care ont été produits et déployés au Niger. Le système est actuellement utilisé dans cinq centres médicaux, après des essais menés auprès de plus de 100 patients et la collecte de plus de 4 000 points de données.
Ces chiffres témoignent d’un premier déploiement sur le terrain. Ils ne suffisent toutefois pas, à eux seuls, à établir l’efficacité clinique de la technologie à grande échelle : les informations disponibles dans le communiqué ne présentent pas d’évaluation clinique indépendante détaillée. L’ampleur de son utilité médicale devra donc être appréciée à mesure que son utilisation se développera et que des données complémentaires seront disponibles.
La dotation de 50 000 livres sterling doit soutenir la prochaine étape du projet. Mamane Kabirou Ousseini prévoit de commercialiser Likita Care au Niger, puis de préparer son expansion vers les marchés voisins d’Afrique de l’Ouest. Cette phase devra notamment permettre de consolider la production, de structurer la distribution et d’assurer la maintenance des équipements à mesure que leur déploiement s’élargira.
Trois autres innovations récompensées
L’édition 2026 de l’Africa Prize for Engineering Innovation a également distingué trois autres projets, chacun récompensé par une dotation de 10 000 livres sterling.
En Afrique du Sud, Dyllon Randall a été primé pour Pee-Cycling, un système modulaire de récupération et de transformation de l’urine en engrais, qui permet également de traiter l’eau pour sa réutilisation. Selon les données du projet, une unité de grande capacité peut traiter jusqu’à 3 000 litres d’urine par jour. Pour chaque millier de litres d’urine non diluée, le dispositif produit environ 300 litres d’engrais liquide et 700 litres d’eau traitée.
Au Kenya, Alice Muhuhu a été récompensée pour MoyoECG, un dispositif portable d’électrocardiographie destiné à aider les personnels de santé de première ligne à repérer d’éventuelles pathologies cardiaques et à orienter les patients vers des soins spécialisés. Les premiers essais auraient permis de réduire le temps d’interprétation d’environ 30 minutes à moins de cinq minutes, selon les informations communiquées par les organisateurs.
Autre projet kényan, Renal Roads, développé par Naom Monari, repose sur une clinique mobile de dialyse destinée à rapprocher ce traitement des patients vivant dans les zones rurales ou difficiles d’accès. Le projet indique que la clinique dessert en moyenne trois communautés par semaine et peut assurer jusqu’à 400 séances de dialyse par mois.
Le prix du public « One to Watch », doté de 5 000 livres sterling, a été attribué au Ghanéen Johannes Amo-Aye pour Fusion Wind Turbine, un système hybride associant énergie solaire et éolienne. Cette solution vise à fournir une électricité plus propre et plus fiable aux communautés isolées et à réduire leur dépendance aux générateurs diesel.
Un programme de formation et de mentorat pour les innovateurs
Les quatre finalistes ont présenté leurs projets devant le public et le jury lors d’une cérémonie organisée au NH Johannesburg Sandton, avec le soutien d’Anglo American et du haut-commissariat britannique en Afrique du Sud. Ils avaient été sélectionnés parmi une cohorte de 16 entrepreneurs ayant suivi un programme de formation et de mentorat de huit mois.
Le jury était présidé par Rebecca Enonchong, fondatrice et dirigeante d’AppsTech et d’I/O Spaces. Il réunissait également Sewu-Steve Tawia, Yewande Odumosu, Ian Shott et le Dr Richard Wylde. Neo Hutiri, ancien lauréat du concours, y participait en qualité de juge invité.
Les projets ont été évalués selon plusieurs critères, notamment la qualité de la solution d’ingénierie, les preuves de son impact, sa viabilité commerciale, son potentiel de déploiement à grande échelle et la solidité de l’équipe. Le jury a également examiné la capacité des candidats à tirer parti des enseignements du programme et à présenter une vision claire du développement futur de leur innovation.
Pour Rebecca Enonchong, l’intérêt du programme dépasse le seul soutien financier. La présidente du jury a souligné l’importance du mentorat, de l’accompagnement en communication et de l’accès à des réseaux professionnels pour les entrepreneurs confrontés à des obstacles structurels au développement de leurs activités. Ces dispositifs peuvent contribuer à faciliter la recherche de financements supplémentaires et la croissance des entreprises issues de l’innovation.
Fondé en 2014 par la Royal Academy of Engineering, l’Africa Prize for Engineering Innovation distingue des solutions techniques conçues pour répondre à des besoins concrets sur le continent africain. Le programme associe financement, formation, mentorat et mise en réseau afin d’aider les innovateurs à développer leurs activités et à élargir la portée de leurs technologies. Il bénéficie notamment d’un financement partiel du programme britannique International Science Partnerships Fund (ISPF).
Pour Mamane Kabirou Ousseini et son équipe, la distinction obtenue constitue une reconnaissance importante et un levier pour la prochaine phase de Likita Care. Le défi sera désormais de transformer les premiers déploiements en une activité commerciale durable, tout en documentant les performances de la plateforme et sa capacité à répondre aux besoins des établissements de santé au Niger et, à terme, dans la région.
Abdoulkarim (actuniger.com)




