Plan national de lutte contre le mariage précoce au Niger : le gouvernement évalue deux ans d’action et prépare les priorités pour 2026-2028

Ce mercredi 14 octobre à Niamey, se sont ouverts les travaux de l’atelier national de bilan du Plan stratégique national pour mettre fin au mariage précoce au Niger (PSNME 2024-2028), à l’initiative du ministère de la Population et de l’UNICEF. Pendant deux jours, l’atelier va permettre aux décideurs et aux partenaires d’évaluer les progrès réalisés, d’identifier les défis persistants et de définir des actions concrètes pour accélérer la prévention de ce fléau, qui constitue encore une véritable priorité de santé publique dans certaines contrées du pays. À travers le soutien à l’organisation de cet atelier, organisé en marge de la célébration de l’édition 2026 de la Journée internationale des filles (JIF 2026), l’UNICEF conforte son engagement aux côtés du gouvernement et de ses partenaires pour que chaque enfant puisse construire un avenir où ses droits, sa voix et ses aspirations comptent.

Au Niger, 64,9 % des femmes âgées de 20 à 24 ans étaient mariées avant l’âge de 18 ans en 2021, selon les données présentées par l’UNICEF. Face à cette réalité persistante, particulièrement dans certaines régions du pays, le gouvernement et ses partenaires, notamment l’UNICEF, ont initié plusieurs actions pour mettre fin à ce fléau et atténuer ses répercussions socioéconomiques et sanitaires. C’est dans ce cadre qu’un plan stratégique national a été élaboré et mis en œuvre pour mettre fin au mariage précoce (PSNME 2024-2028).
À mi-parcours de sa mise en œuvre, les autorités et leurs partenaires se penchent, les 14 et 15 octobre à Niamey, sur les résultats des deux premières années à travers un atelier national d’évaluation dont le principal objectif est de tirer les enseignements des actions menées et de dégager les priorités pour accélérer les progrès d’ici 2028.
Consolider les acquis pour mieux protéger les adolescentes et transformer les engagements en résultats concrets
Les travaux de l’atelier se sont ouverts ce mercredi 14 octobre 2026, à l’hôtel Bravia de Niamey, et se tiennent avec la participation des acteurs gouvernementaux, des partenaires techniques et financiers ainsi que des représentants des communautés. Pendant deux jours, les participants vont examiner les résultats des deux premières années du Plan stratégique national pour mettre fin au mariage précoce (PSNME 2024-2028). L’objectif est de tirer les enseignements des actions menées en 2024 et 2025, d’identifier les insuffisances et de s’accorder sur des mesures concrètes pour la période 2026-2028.
Organisé par le ministère de la Population, de l’Action sociale et de la Solidarité nationale, avec l’appui de l’UNICEF et de l’UNFPA, cet atelier national de deux jours se tient dans le cadre de la mobilisation autour de la Journée internationale de la fille (JIF). Les travaux doivent notamment aboutir à une feuille de route opérationnelle précisant les priorités, les responsabilités des différents acteurs, les échéances, les résultats attendus et les besoins de financement.
À l’ouverture de la rencontre, le secrétaire général du ministère, Amadou Adamou Garba, a appelé les participants à dépasser le simple exercice de bilan pour évaluer concrètement les effets des interventions sur la vie des filles et de leurs familles.
Un enjeu majeur malgré des évolutions encourageantes
Les données présentées par l’UNICEF illustrent l’ampleur du défi. La proportion de jeunes femmes âgées de 20 à 24 ans mariées avant l’âge de 18 ans était estimée à 76,3 % en 2012, contre 64,9 % en 2021. Cette évolution doit toutefois être interprétée avec prudence, compte tenu des différences entre les enquêtes, comme l’a souligné Ainhoa Jauriguibetia, représentante adjointe de l’UNICEF au Niger.
Si ces chiffres constituent un indicateur de l’évolution de la situation, ils rappellent surtout que le mariage précoce demeure une préoccupation majeure pour les droits des filles au Niger. Les conséquences peuvent affecter leur scolarité, leur santé, leur autonomie et leur capacité à participer pleinement à la vie économique et sociale.

Pour le secrétaire général du ministère de la Population, la prévention du mariage précoce constitue ainsi un enjeu de développement humain. Lorsqu’une fille est mariée trop tôt, ses possibilités de poursuivre ses études et de développer ses capacités peuvent être considérablement réduites, avec des répercussions qui dépassent sa seule situation individuelle.
C’est pour répondre à ces défis, a-t-il indiqué, que le gouvernement a élaboré le PSNME 2024-2028, dont la vision est celle d’une société nigérienne qui refuse les mariages et les grossesses précoces. Le plan repose sur quatre axes : le renforcement de l’environnement institutionnel et juridique ainsi que du suivi-évaluation ; la mobilisation communautaire et l’évolution des normes sociales ; le dialogue familial et l’autonomisation des filles et des adolescentes ; enfin, l’amélioration de l’accès et de la qualité des services d’éducation, de santé et de protection.
Évaluer les résultats, corriger les insuffisances
Pour les autorités, le rendez-vous de Niamey doit permettre de mesurer les progrès accomplis, mais aussi de déterminer ce qui doit être amélioré au cours des deux prochaines années du plan.
Amadou Adamou Garba a notamment insisté sur la nécessité d’examiner avec rigueur les actions conduites en 2024 et 2025, d’identifier les insuffisances et de proposer des mesures correctives. Il a invité les participants à se poser trois questions essentielles : « Qu’avons-nous accompli ? Qu’est-ce qui a réellement changé dans la vie des filles et des familles ? Que devons-nous faire autrement d’ici 2028 ? »
Cette démarche implique une attention particulière à la fiabilité des données, à la pertinence des indicateurs et au fonctionnement du dispositif de suivi-évaluation. L’enjeu est de disposer d’éléments suffisamment solides pour apprécier les effets des interventions et orienter les décisions futures.
Le bilan devra également déboucher sur une programmation réaliste, inclusive et budgétisée. Les priorités retenues devront être accompagnées de responsabilités clairement définies et d’échéances précises, afin de faciliter leur mise en œuvre et le suivi des engagements.
Les communautés au cœur de la prévention
La lutte contre le mariage précoce ne repose pas uniquement sur l’action des institutions. Elle nécessite également une mobilisation durable des familles, des leaders traditionnels et religieux, des organisations de la société civile et des structures communautaires de protection de l’enfant.
Dans son intervention, la représentante adjointe de l’UNICEF a particulièrement salué l’engagement des chefs traditionnels et des responsables religieux, dont l’influence peut contribuer à faire évoluer les pratiques et les décisions familiales.

Elle a cité l’initiative des « Sultanats et Cantons Amis des Enfants » parmi les démarches qui soutiennent la scolarisation des filles, le dialogue familial et la prévention du mariage précoce.
L’approche communautaire de protection de l’enfant (ACPE) constitue également un autre levier qui s’inscrit dans cette dynamique. Elle mobilise les familles, les leaders et les comités villageois pour prévenir les risques, repérer les enfants vulnérables et faciliter leur accès aux services de protection. Une évaluation d’impact est en cours à Maradi et à Zinder afin de documenter les enseignements de cette approche et d’éclairer les perspectives de son extension.
Le secrétaire général du ministère a, pour sa part, insisté sur la nécessité d’impliquer davantage les comités villageois de protection de l’enfant, dont la proximité avec les familles peut contribuer à prévenir les situations compromettant l’avenir des filles.
Près de trois millions de filles à risque, un potentiel à protéger
Au-delà des mécanismes de prévention, l’éducation, la santé, la protection sociale et l’autonomisation des adolescentes figurent parmi les leviers mis en avant par l’UNICEF. Selon les données avancées par l’organisation, le Niger compte près de trois millions de filles âgées de 10 à 18 ans.
Pour Ainhoa Jauriguibetia, leur protection et leur autonomisation représentent un investissement essentiel pour l’avenir du pays. L’UNICEF défend une approche multisectorielle visant à renforcer les liens entre l’éducation, la protection de l’enfant, la santé, la nutrition et la protection sociale, avec une attention particulière accordée aux adolescentes de 10 à 14 ans.
L’objectif est de renforcer les possibilités offertes aux filles et de leur permettre de grandir dans un environnement favorable à leur épanouissement. Cette approche suppose également de mieux prendre en compte leurs aspirations et leurs expériences dans les décisions qui concernent leur avenir.
L’UNICEF, aux côtés de l’UNFPA et des autres partenaires, réaffirme son engagement à accompagner le gouvernement dans la mise en œuvre de ses priorités nationales, notamment à travers le programme mondial pour mettre fin au mariage précoce.
Une feuille de route attendue pour 2026-2028
Au terme des deux journées de travaux, les participants sont appelés à dégager des priorités claires, à consolider les approches jugées prometteuses et à identifier les interventions nécessitant un renforcement ou une extension.
Pour les autorités comme pour leurs partenaires, la réussite de cette étape dépendra de la capacité à traduire les constats en engagements précis, soutenus par des ressources suffisantes et un mécanisme de suivi efficace.
L’enjeu est désormais de faire en sorte que le bilan des deux premières années du PSNME ne reste pas un exercice administratif, mais serve de base à des actions mieux ciblées et à des résultats mesurables pour les filles et leurs familles. La feuille de route attendue pour 2026-2028 devra donner une traduction opérationnelle à cette ambition.


M. Abdoulkarim (actuniger.com)



