Expulsion d’agents nigériens par Paris : Niamey dénonce un « acte d’ingratitude grave et inacceptable »
Les autorités nigériennes ont qualifié mardi l’expulsion de deux (02) agents nigériens par Paris, en septembre, d’« acte d’ingratitude grave et inacceptable » de la France de Macron. Dans un communiqué lu à la télévision nationale, le ministre de la Justice, Alio Daouda, a affirmé que l’un des deux agents, tous deux « chargés de sécurité » à l’ambassade, avait été « blessé » lors d’une mission au Niger en 2014, menée en coopération avec l’armée française, avant la rupture entre Niamey et Paris à la suite des événements du 26 juillet 2023. Pour Niamey, Paris a manqué à ses obligations en expulsant les deux agents en poste au sein de son ambassade à Paris, alors qu’ils auraient dû recevoir des soins. Pour rappel, comme rapporté par actuniger.com dans un précédent article, la France avait déclaré le 16 septembre « persona non grata » deux agents nigériens considérés comme travaillant pour le compte des services de renseignement (DGDSE) et qui étaient en poste à l’ambassade du Niger à Paris. Dans la foulée, et malgré la saisine de la justice, ils ont été obligés de quitter le territoire français avec leur famille.

C’est un épisode de la crise avancée que traversent, depuis 2023, les relations diplomatiques entre Niamey et Paris, et qui se règlent le plus souvent à travers des joutes épistolaires et des sorties médiatiques.
Les autorités nigériennes n’ont pas tardé à réagir à l’expulsion par la France, le 16 septembre, de deux (02) de ses agents travaillant à l’ambassade du Niger à Paris.
Une ingratitude révoltante selon Niamey
Dans un communiqué lu à la télévision nationale nigérienne, dans la soirée du mardi, le ministre de la Justice, Alio Daouda, a qualifié l’expulsion d’« acte d’ingratitude grave et inacceptable ».
Selon le ministre nigérien de la Justice, les deux agents que Paris considérait comme des espions au service des renseignements nigériens étaient tous deux « chargés de sécurité » à la chancellerie. Selon Niamey, l’un d’eux avait été grièvement blessé lors d’une mission au Niger menée en 2014 en coopération avec l’armée française, lorsque Paris coopérait militairement avec le Niger. Selon la télévision nationale, qui rapportait les propos du ministre, la mission avait eu lieu à Diffa, dans le sud-est du pays, où l’armée nigérienne combattait alors, avec l’appui des forces françaises, le groupe terroriste Boko Haram et ses différentes factions.
Selon le ministre nigérien, l’officier Abdoul-Razak Ibrahim Moussa Toro, l’un des agents expulsés par Paris, avait ensuite été évacué en France pour y être soigné. Et à juste titre, a estimé Alio Daouda, il aurait dû recevoir « reconnaissance et protection », plutôt qu’un ordre d’expulsion.
Dans son communiqué, le ministre ajoute que l’officier Razak Toro avait reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF), mais qu’il avait par la suite contesté cette décision devant la justice française. Cependant, a-t-il poursuivi, les autorités françaises ont changé de méthode. Le 16 septembre 2026, elles l’ont déclaré persona non grata et la mesure a été étendue à sa famille, enfants compris. Le 19 septembre 2026, il a quitté le territoire français.
« Peut-on chasser un homme blessé, mutilé et rendu inapte au service d’une coopération que l’on a soi-même voulue, ordonnée et payée ? », s’est interrogé le ministre Alio Daouda, qui a fait remarquer : « Voilà comment la France remercie ceux qui ont servi à ses côtés. Elle sollicite les hommes, elle les engage et les finance. Puis, lorsqu’ils tombent, elle les met à la porte avec leur famille, quitte à devancer ses propres tribunaux ».
Accusation d’espionnage par Paris
L’affaire a éclaté en septembre dernier lorsque la France a expulsé deux (02) agents nigériens en poste à l’ambassade du Niger à Paris. Selon les informations rapportées par le journal français Le Monde, les deux agents, qui étaient actifs sur le territoire français malgré l’absence de coopération bilatérale entre les deux pays, seraient des agents de la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE), les services de renseignement nigériens. D’après la même source, l’un des agents expulsés était suspecté de se livrer à des activités de surveillance des opposants nigériens sur le sol français, pour le compte des autorités militaires nigériennes.
Officiellement en poste à l’ambassade du Niger à Paris, les deux agents ont été déclarés persona non grata le 16 septembre et ont quitté la France trois jours plus tard.
Un nouvel épisode de la crise diplomatique entre Niamey et Paris
La présence de ces deux personnes n’était plus justifiée « en l’absence de coopération » bilatérale, selon une source diplomatique française citée par Le Monde.
Cet épisode intervient dans un contexte de rupture quasi totale entre Paris et Niamey depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, qui a porté au pouvoir le général Abdourahamane Tiani et renversé l’ancien président Mohamed Bazoum. Le régime militaire du CNSP avait notamment fait expulser l’ambassadeur de France et dénoncé les accords militaires avec Paris, entraînant le départ des quelque 1 500 soldats français présents dans le pays.
En décembre 2023, la France avait fermé définitivement son ambassade à Niamey, invoquant les entraves imposées par les autorités militaires du CNSP.
À l’inverse de l’ambassade de France au Niger, qui a été fermée quelques mois après le coup d’État militaire de juillet 2023, la chancellerie nigérienne, située dans le 16e arrondissement de Paris, demeure ouverte malgré les tensions persistantes entre les deux pays.
A.Y. Barma (actuniger.com)




