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Envoyé spécial du président Abdelmadjid Tebboune, le ministre d’État algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a effectué, mercredi 4 novembre 2026, une visite de travail officielle à Niamey, où il a été reçu par le président de la République, le général d’armée Abdourahamane Tiani. La veille, le chef de la diplomatie algérienne était déjà à N'Djamena, où il a remis une lettre du chef de l’État algérien au président tchadien, le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno. Au cœur de ces brèves visites, Alger, qui tente une médiation entre les autorités nigériennes et tchadiennes, dont les relations se sont tendues ces derniers temps à la suite des accusations d’hostilité portées par Niamey envers N'Djamena. Proche des deux capitales, avec lesquelles l’Algérie a décidé d’intensifier ses relations bilatérales dans le cadre de sa nouvelle stratégie d’influence africaine, l’Algérie de Tebboune a certaines cartes en main pour rapprocher le général Tiani et le maréchal Mahamat, sur fond d’enjeux stratégiques qui bouleversent actuellement la géopolitique au sein de l’espace sahélo-saharien.

Après N'Djamena, Niamey ! La diplomatie algérienne s’est mise en branle cette semaine pour tenter d’apaiser les tensions diplomatiques qui ont émergé ces derniers temps entre les autorités nigériennes et tchadiennes. À cette fin, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a dépêché son chef de la diplomatie, M. Ahmed Attaf, auprès des chefs d’État des deux pays, avec lesquels Alger entretient d’excellentes relations.

Comme à N'Djamena, la visite du ministre des Affaires étrangères a été brève et a consisté, pour l’essentiel, en la remise d’une lettre du chef de l’État algérien à ses homologues. Accueilli au pavillon présidentiel de l’aéroport international Diori Hamani de Niamey par son homologue nigérien, Bakary Yaou Sangaré, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines de la République algérienne démocratique et populaire, a été par la suite reçu en audience, au palais de la Présidence, par le chef de l’État, le général d’armée Abdourahamane Tiani.

L’audience s’est déroulée en présence du ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’Extérieur, S.E.M. Bakary Yaou Sangaré, du ministre, directeur de cabinet du président de la République, chef de l’État, porte-parole du gouvernement, Dr Soumana Boubacar, et de l’ambassadeur Illo Adani, conseiller chargé des questions stratégiques et diplomatiques du président de la République, chef de l’État.

À l’issue de l’audience, le ministre d’État algérien a indiqué que les échanges avaient porté sur le renforcement de la coopération bilatérale qui, depuis la visite d’État de Son Excellence le général d’armée Abdourahamane Tiani à Alger, connaît une dynamique sans précédent, au bénéfice des deux peuples frères.

Les deux parties ont également évoqué la situation sécuritaire au Sahel et réaffirmé leur volonté commune d’œuvrer pour la stabilité et le développement de l’espace sahélien, en transformant les foyers de crise en foyers de paix et de prospérité.

« J’ai reçu ce mercredi 4 novembre 2026 au Palais de la Présidence, S.E.M. Ahmed ATTAF. Il était porteur d’un message écrit de mon frère, Son Excellence, Monsieur Abdelmadjid TEBBOUNE, Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire. Nos entretiens ont porté sur la consolidation de la coopération bilatérale et sur les questions de paix et de sécurité au Sahel, au service de nos deux peuples frères. » Général d’armée ABDOURAHAMANE TIANI, président de la République, chef de l’État.

Alger réaffirme son engagement à stabiliser le Sahel

Officiellement, ce déplacement du chef de la diplomatie algérienne consacre la relance vigoureuse de la coopération énergétique, économique et sécuritaire entre les deux voisins sahéliens.

Selon le ministère algérien des Affaires étrangères, le ministre d’État a transmis au président du Tchad les salutations de son frère, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, en louant la dynamique positive des relations bilatérales dans tous les domaines et en réitérant son engagement à travailler avec lui pour élever ces relations vers des horizons plus vastes. À cette occasion, il lui a également remis une lettre du président de la République, dans laquelle le chef de l’État algérien a exprimé « sa satisfaction quant au niveau des relations bilatérales dans l’ensemble des domaines, réitérant sa détermination à poursuivre la coopération pour consolider ces liens ».

La réunion a également permis de discuter de diverses questions régionales et internationales d’intérêt mutuel, au cours des échanges desquels Ahmed Attaf a réitéré « l’engagement de l’Algérie à stabiliser la région du Sahel et sa disponibilité à travailler avec les pays de la région pour établir une sécurité qui sert les intérêts de tous leurs pays et de leurs peuples », comme l’indique un communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères.

Selon la même source, les entretiens ont également permis d’aborder les évolutions récentes dans la région sahélo-saharienne, ainsi que divers dossiers régionaux et internationaux d’intérêt commun. Dans ce cadre, Ahmed Attaf a souligné « la disposition de l’Algérie à œuvrer de concert avec l’ensemble des pays de la région afin de soutenir la sécurité, la stabilité et le renforcement de la coordination bilatérale au service des populations locales ».

Offre de médiation algérienne entre Niamey et N'Djamena

Au cœur de cette visite du chef de la diplomatie algérienne à Niamey et à N'Djamena, la situation au niveau régional et notamment la crise diplomatique qui émerge entre les autorités nigériennes et tchadiennes.

Comme à Niamey auprès du général Tiani, c’est au même exercice que M. Attaf s’est livré, la veille, auprès du maréchal du Tchad.

Même si cela n’a pas été dit officiellement, ces échanges traduisent une offre de médiation algérienne pour apaiser les tensions entre Niamey et N'Djamena.

Il y a quelques jours, en effet, les autorités nigériennes ont officiellement et publiquement accusé le Tchad « d’actes hostiles » et de servir de relais aux tentatives de déstabilisation orchestrées par la France, en complicité avec l’Ukraine. Des accusations assumées par Niamey au lendemain d’une frappe de drone dans le nord-est du pays, dont les autorités nigériennes ont imputé la responsabilité au Tchad.

N'Djamena a depuis réfuté ces « allégations graves et sans fondement » des autorités nigériennes, que le gouvernement tchadien a, à son tour, accusées d’héberger des groupes rebelles qui visent la chute du régime de Mahamat Idriss Déby.

Depuis, le vent a un peu tourné et l’heure est davantage à l’apaisement à la suite des rencontres à Moscou, en marge du Sommet Russie-Afrique, entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays, mais la crise semble encore ouverte.

Cette relative accalmie offre une opportunité à Alger d’entrer en scène et de jouer les médiateurs entre deux pays avec lesquels les autorités algériennes entretiennent d’excellentes relations.

C’est le cas de le dire, le Niger et le Tchad sont désormais les nouveaux porte-flambeaux de la nouvelle stratégie d’influence algérienne en Afrique, comme l’a lui-même mis en évidence le président algérien lors d’un entretien télévisé diffusé début octobre.

Appréciant la nouvelle dynamique de coopération avec les deux pays, concrétisée par la signature de dizaines d’accords de coopération et la mise en œuvre de multiples projets de développement, le président Tebboune s’était félicité des « excellentes relations entre l’Algérie, le Niger et le Tchad, malgré les tentatives visant à perturber cette harmonie à tous les niveaux ».

Avec le Niger, où l’Algérie est allée jusqu’à déployer des troupes au sol pour contrecarrer les menaces sécuritaires et autres tentatives de déstabilisation, la dynamique semble plus soutenue en raison notamment des 800 km de frontière commune entre les deux pays, mais aussi des intérêts géostratégiques qui sont en train de bouleverser la donne géopolitique dans la bande sahélo-saharienne. Sur fond d’ingérence et d’influence extérieure, Alger a tout intérêt à rapprocher Niamey de N'Djamena et à faire face à toutes les velléités de déstabilisation du Sahel, ce qui sert aussi sa sécurité nationale.

A.Y. Barma (actuniger.com)



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