Niger-Libye : Niamey et Benghazi signent un accord de coopération stratégique
Le Niger et les autorités de l’Est de la Libye ont signé, ce dimanche 1er novembre, à Benghazi, un protocole d’accord de coopération stratégique. Le document a été paraphé par le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine, qui a effectué une visite officielle à Benghazi, et le général Saddam Haftar, commandant en chef adjoint des Forces armées libyennes (FAL). Au-delà des décisions convenues, cet accord scelle la reprise de la coopération entre Niamey et Benghazi, alors que, depuis quelques mois, les autorités nigériennes se sont davantage rapprochées de Tripoli, où Lamine Zeine était, en avril dernier, pour le même exercice avec le Gouvernement d’union nationale (GUN). Ces derniers mois, des tensions sont apparues dans la zone frontalière que le Niger partage avec la Libye et le Tchad, ce qui a visiblement poussé Niamey au pragmatisme géopolitique. En septembre dernier, à la tribune des Nations unies, le Premier ministre avait accusé deux pays voisins, sans les citer, de servir de tremplin à des tentatives de déstabilisation orchestrées par la France. Il y a quelques jours, les autorités nigériennes avaient accusé N'Djamena d’actes hostiles et de servir de base pour des attaques contre ses intérêts stratégiques situés dans cette zone du nord-est du Niger, marquée ces derniers temps par l’amplification des risques sécuritaires qui ont poussé les autorités militaires nigériennes à appeler Alger à la rescousse.
Après plusieurs mois de froid diplomatique, Niamey et Benghazi reprennent à nouveau leurs relations avec la signature, ce dimanche 1er novembre, d’un nouvel accord de coopération stratégique.
Six mois après avoir paraphé un accord similaire avec le Gouvernement d’union nationale (GUN) à Tripoli, le Premier ministre nigérien a effectué une visite officielle de travail à Benghazi, où il a été accueilli par son homologue, le président du Gouvernement de l’Est libyen, le Dr Oussama Hammad.
« J’ai été accueilli ce dimanche 1er novembre 2026 à Benghazi, en Libye, par le président du gouvernement libyen, le Dr Oussama Hammad, accompagné de plusieurs membres de son gouvernement. Je suis accompagné de plusieurs chefs d’état-major des différentes composantes de nos forces armées ainsi que d’autres personnalités. Je tiens à exprimer ma reconnaissance pour l’accueil chaleureux et l’hospitalité qui nous ont été réservés », a posté sur les réseaux sociaux M. Ali Mahaman Lamine Zeine.
Le Premier ministre était accompagné dans ce déplacement d’une importante délégation composée de hauts responsables militaires nigériens. Il s’agit notamment du chef d’état-major particulier du président de la République, le général de brigade Ibro, du chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Zataka, du colonel-major Bello Garba du ministère de la Défense nationale, du secrétaire général du Gouvernement ainsi que de son conseiller spécial, Aghali Alambo.
Après l’accueil protocolaire, le Premier ministre a été reçu par le général Saddam Haftar, vice-commandant en chef des Forces armées libyennes, en présence du Dr Oussama Hammad, Premier ministre du Gouvernement de l’Est libyen, sous le contrôle du clan Haftar.
Un nouvel accord stratégique pour relancer l’axe Niamey-Benghazi
Selon les services de la Primature, les échanges entre les deux délégations ont permis de réaffirmer les liens historiques, culturels et fraternels qui unissent le Niger et la Libye, ainsi que leur volonté commune de consolider les relations de bon voisinage et de renforcer leur coopération bilatérale.
À cette occasion, les deux parties ont procédé à la signature d’un protocole d’accord de coopération stratégique entre la République du Niger et la Libye. Elles ont également souligné l’importance de renforcer les consultations et la coordination entre les deux pays, tout en assurant le suivi effectif de la mise en œuvre des engagements convenus, dans l’intérêt commun des deux nations et de leurs peuples frères.
Le Premier ministre a exprimé sa satisfaction à l’occasion de cette visite et sa reconnaissance aux autorités libyennes pour l’accueil chaleureux et l’hospitalité réservés à la délégation nigérienne.
De son côté, le général Saddam Haftar a salué la profondeur des liens historiques, culturels et de bon voisinage qui unissent la République du Niger et la Libye. Il a, par ailleurs, transmis les salutations du maréchal Khalifa Haftar au président de la République du Niger, chef de l’État, le général d’armée Abdourahamane Tiani.
« La Libye et le Niger entretiennent des relations historiques, fondées sur des liens fraternels et des intérêts stratégiques communs. Ces relations revêtent une importance croissante au regard des mutations politiques et sécuritaires qui touchent la région du Sahel et du Sahara, ainsi que des défis et responsabilités partagés qui en découlent. Nous appelons à renforcer la coopération et la coordination entre les pays de la région. Nous soulignons que la sécurité et la stabilité de la Libye sont étroitement liées à celles de ses voisins africains. Faire face aux menaces transfrontalières — notamment le terrorisme, la criminalité organisée et les réseaux de contrebande — exige une coopération régionale efficace, fondée sur le respect de la souveraineté des États et de l’indépendance de leurs décisions nationales, tout en privilégiant les intérêts communs plutôt que la polarisation et la lutte pour l’influence. » Général Saddam Haftar, vice-commandant en chef des Forces armées libyennes (FAL).
Niamey partagée entre Benghazi et Tripoli pour relever les défis sécuritaires frontaliers
La réalité géopolitique et les tensions qui s’amplifient dans la zone nord-est du Niger imposent à la diplomatie nigérienne un pragmatisme qui l’oblige à coopérer tant avec Tripoli qu’avec Benghazi, qui contrôle l’Est libyen ainsi que le Fezzan, qui fait frontière avec le Niger et où Niamey soupçonne des groupes rebelles, notamment le FPL de Mahmoud Sallah, de trouver une base pour mener des attaques contre ses installations énergétiques.
Depuis la révolution de 2011 et la chute du Guide libyen Mouammar Kadhafi, la Libye est coupée en deux pouvoirs rivaux. À l’Ouest, Tripoli abrite le Gouvernement d’unité nationale dirigé par Abdelhamid Dbeibah, reconnu par l’ONU, tandis qu’à l’Est, le gouvernement de Hammad tient son mandat de la Chambre des représentants et s’appuie sur l’armée des Haftar.
Au lendemain des événements du 23 juillet 2026 et de l’avènement du CNSP au pouvoir, à la suite du coup d’État contre l’ancien président Mohamed Bazoum, Niamey avait pourtant tissé des liens étroits avec les autorités de l’Est libyen. En effet, le ministre nigérien de l’Intérieur avait séjourné à Benghazi en août 2024 pour relancer des accords de sécurité, et Saddam Haftar, fils du maréchal, avait été reçu à Niamey le 23 mai 2025 par le général Abdourahamane Tiani.
Par la suite, les autorités nigériennes se sont davantage rapprochées de Tripoli et, à la mi-juin dernier, le Premier ministre du Niger, Ali Mahamane Lamine Zeine, a effectué une visite officielle à Tripoli. À la tête d’une importante délégation gouvernementale, il avait été accueilli avec les honneurs par son homologue libyen Abdel Hamid Dbeibah, qui dirige le Gouvernement d’union nationale (GUN).
À cette occasion, les deux chefs de gouvernement se sont d’abord retrouvés en tête-à-tête pour une discussion centrée sur l’état de la coopération bilatérale et les moyens de la renforcer. Les sujets abordés ont inclus la paix, la sécurité, l’intégration régionale et le développement économique — des enjeux cruciaux pour des pays voisins confrontés à des défis sécuritaires et migratoires. Selon les autorités nigériennes et libyennes, cette visite s’est inscrite dans la dynamique de consolidation des liens historiques d’amitié et de fraternité entre les deux pays. Elle traduit ainsi la volonté commune de renforcer un partenariat stratégique capable de mieux répondre aux grands défis régionaux, notamment la stabilité des frontières, la lutte contre les groupes armés et la gestion des flux migratoires.
Par la suite, après cet entretien, les échanges se sont poursuivis en séance élargie avec les délégations des deux pays. Les responsables ont examiné plusieurs dossiers de coopération bilatérale, ainsi que des questions régionales et internationales nécessitant une meilleure coordination entre Niamey et Tripoli. De fait, la visite vise à transformer les intentions politiques en projets concrets sur le terrain.
Moins de six mois après cette visite à Tripoli, Niamey reprend sa coopération avec Benghazi avec la signature d’un nouvel accord de coopération stratégique, dont certains aspects reprennent ceux de l’accord signé avec le Gouvernement d’union nationale, qui dirige l’Ouest du pays.
Tensions et rivalités géopolitiques
Il est vrai qu’entre-temps, la situation a beaucoup évolué dans le triangle de la passe de Salvador. En septembre dernier, à la tribune des Nations unies, le Premier ministre avait accusé deux pays voisins, sans les citer, de servir de tremplin à des tentatives de déstabilisation orchestrées par la France, avec la complicité de l’Ukraine. Il y a quelques jours, les autorités nigériennes avaient accusé N'Djamena d’actes hostiles et de servir de base pour des attaques contre ses intérêts stratégiques situés dans cette zone du nord-est du Niger, marquée ces derniers temps par l’amplification des risques sécuritaires qui ont poussé les autorités militaires nigériennes à appeler Alger à la rescousse. Des soldats algériens sont ainsi attendus pour se déployer dans une base située à Madama, dans cette zone où les groupes rebelles (FPL, MPLJ, FPJ) continuent de menacer les intérêts de Niamey. Du côté libyen également, un déploiement massif de soldats et de matériel militaire a également été signalé ces dernières semaines, et N'Djamena a aussi engagé une vaste offensive contre certains groupes rebelles qu’elle accuse d’avoir trouvé refuge dans la partie nigérienne de la frontière commune aux trois pays.
Le tout sur fond de guerre d’influence et d’intérêts croisés, portés par des puissances étrangères, qui risquent de déstabiliser le Sahel et le Sahara, et que Niamey doit savoir gérer avec prudence, au-delà des simples considérations diplomatiques.
A.Y. Barma (actuniger.com)




