Tchad : des mesures sanitaires d’urgence pour stopper la propagation de la dengue

Les autorités tchadiennes ont fini par se résoudre à reconnaître l’ampleur critique que ne cesse de prendre la dengue dans le pays. Selon le ministre de la Santé publique et de la Prévention, Dr Abdelmadjid Abderahim Mahamat, à la date du 2 novembre, le bilan fait état de 5 521 cas suspects, 353 cas confirmés et 14 décès. Des décès que les populations et les sources médicales estiment sous-évalués au regard de la hausse exponentielle de la mortalité constatée ces derniers temps dans plusieurs villes du pays. Face à cette situation assez préoccupante, des mesures sanitaires d’urgence ont été annoncées par le gouvernement pour freiner la propagation de cette maladie, transmise par les moustiques et qui fait des ravages dans plusieurs autres pays du continent.
Face à l’évolution préoccupante de la situation épidémiologique de la dengue, le gouvernement tchadien a décidé de sortir le grand jeu et d’engager une véritable riposte à l’épidémie. Lundi, le ministre de la Santé publique a convoqué une rencontre d’urgence qui a permis d’évaluer la situation épidémiologique et de renforcer les mesures de riposte pour freiner la propagation de la maladie. Le même jour, le Premier ministre ALLAH MAYE Halina a présidé une réunion stratégique de haut niveau réunissant les ministères sectoriels concernés, les membres des cabinets du chef de l’État et du Premier ministre, les présidents des ordres professionnels de santé, les autorités administratives et communales de N’Djamena, les responsables des forces de défense et de sécurité ainsi que les experts sanitaires.
Selon les services du chef du gouvernement, l’examen de la situation épidémiologique a mis en évidence « une forte pression hospitalière, dans un contexte de pic épidémique marqué par un afflux de malades dépassant les capacités d’accueil de plusieurs structures sanitaires ».
Des mesures sanitaires d’urgence pour stopper la progression de la maladie
Face à cette situation, le Premier ministre a arrêté cinq mesures prioritaires, dont « la mise en œuvre doit être immédiate ».
La première, c’est la gratuité totale de la prise en charge de la dengue dans toutes les structures sanitaires publiques, couvrant les consultations médicales, les examens de laboratoire et les soins, afin de garantir aux populations un accès aux traitements sans obstacle financier.
En second lieu, les autorités ont décidé du renforcement immédiat des capacités d’accueil des hôpitaux, notamment des centres hospitaliers universitaires (CHU), à travers l’installation de tentes médicalisées et de lits supplémentaires pour faire face à l’afflux des malades.
Autres mesures : le lancement d’une semaine spéciale de salubrité, consacrée à l’assainissement des quartiers, à l’élimination des eaux stagnantes et à la destruction des gîtes larvaires favorisant la prolifération des moustiques.
Par ailleurs, le gouvernement a annoncé « la désinsectisation systématique des avions et des moyens de transport collectif, notamment les bus urbains, intra-urbains et interurbains, afin de limiter la circulation des moustiques vecteurs de la maladie entre les différentes provinces du pays ».
Enfin, une vaste mobilisation nationale contre la dengue sera lancée, associant les médias, les organisations de la société civile, les jeunes, les femmes, les collectivités territoriales et l’ensemble des forces vives de la Nation, afin d’intensifier la sensibilisation et de promouvoir les gestes de prévention.
« Ces décisions stratégiques constituent des réponses concrètes à l’urgence sanitaire et aux préoccupations des populations. Elles marquent une étape importante dans le renforcement de la riposte gouvernementale contre cette épidémie, dont la maîtrise exige une action coordonnée des pouvoirs publics, une mobilisation collective et un engagement citoyen à tous les niveaux », a annoncé le gouvernement tchadien, qui précise que « la priorité est désormais à l’application effective et immédiate de ces mesures pour soulager les malades, renforcer la prise en charge sanitaire et freiner la propagation de la dengue ».
Des flambées épidémiques et des mesures de riposte dans plusieurs pays du continent
Depuis quelques années et particulièrement ces derniers mois, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) surveille de près la progression de la dengue en Afrique, marquée par plusieurs flambées épidémiques actives et des défis constants de diagnostic et de prévention.
Selon les dernières données de l’OMS, plusieurs pays africains font face à des recrudescences de la maladie, notamment le Tchad, avec plusieurs milliers de cas suspects et des dizaines de cas confirmés ainsi que des décès dans plusieurs provinces, dont N’Djamena, le Burkina Faso, le Sénégal et la République centrafricaine (RCA).
Face à la propagation de la maladie, les pays concernés multiplient les mesures de riposte. Au Burkina Faso, les autorités ont intensifié les opérations de pulvérisation d’insecticides, d’élimination des gîtes larvaires et de sensibilisation. Au Sénégal, un plan national de riposte prévoit notamment le renforcement de la surveillance épidémiologique et des actions de prévention. En République centrafricaine, les autorités mettent l’accent sur la surveillance sanitaire et la coopération régionale.
Une infection virale transmise par les moustiques
La dengue est une infection virale transmise principalement par les moustiques Aedes aegypti. Elle se manifeste notamment par une forte fièvre, des maux de tête et des douleurs musculaires et articulaires. Dans certains cas, elle peut évoluer vers des formes graves, susceptibles d’entraîner des complications potentiellement mortelles.
L’OMS recommande notamment l’élimination des eaux stagnantes, la protection contre les piqûres de moustiques, le renforcement de la surveillance épidémiologique et une prise en charge rapide des patients présentant des signes de gravité. Selon l’organisme onusien, l’Afrique subsaharienne reste une zone aux données fragmentaires en raison de capacités diagnostiques parfois limitées et d’un grand nombre de formes asymptomatiques qui favorisent une transmission silencieuse.
Ikali Dan Hadiza (actuniger.com)



