Maroc : satisfait de la fin de la Minurso, le Royaume entend consolider sa souveraineté sur le Sahara
Le 30 octobre dernier, à New York, le Conseil de sécurité des Nations unies n’est pas parvenu à un accord sur la reconduction du mandat de sa mission au Sahara (Minurso). Une décision favorable au Maroc, qui l’a accueillie comme « une évolution importante et un pas significatif vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain aux Nations unies ». Dans un communiqué de son Cabinet, le roi Mohammed VI s’est aussitôt félicité de cette décision qui, pour le Royaume, signifie clairement la fin de la présence de cette mission dans les provinces du Sud du Royaume. À Rabat, Dakhla, Laâyoune et dans les autres villes du pays, cette victoire a été célébrée en grande pompe et, pour le Maroc, la prochaine étape sera désormais de conforter sa souveraineté dans les provinces sahariennes, au cœur du conflit avec le Front Polisario (RASD), soutenu par l’Algérie.
La décision de reconduction du mandat de la Minurso par le Conseil de sécurité des Nations unies a été perçue par Rabat comme une victoire diplomatique sur cet épineux dossier du Sahara, qui empoisonne l’intégration maghrébine depuis plus de cinq décennies. « Ce développement majeur », selon les autorités marocaines, a coïncidé, d’ailleurs, avec la célébration de la fête de l’Unité, décrétée par le roi Mohammed VI, pour « incarner la rupture dans la gestion de ce dossier, passant d’une simple logique de gestion à une approche de transformation profonde des paramètres ».
Dans un communiqué publié peu après l’annonce de la décision, les autorités marocaines ont estimé que « la non-reconduction du mandat de la Minurso signifie clairement que la présence de cette Mission dans les provinces du Sud du Royaume, notamment à travers son personnel, ses véhicules, son matériel et ses symboles, devrait cesser dans les prochains jours ».
Le communiqué diffusé par le Cabinet royal souligne qu’en outre, la non-reconduction de la Minurso devrait marquer la fin de la saisine du Conseil de sécurité et le retrait de cette question de son ordre du jour. Dès lors, est-il indiqué, « les réunions statutaires périodiques du Conseil consacrées au Sahara marocain, les rapports du Secrétaire général des Nations unies y afférents et les briefings de son Envoyé personnel n’auraient plus lieu d’être ».
Commentant ce nouveau tournant dans le traitement du dossier, Rabat a estimé que le processus politique onusien, « qui a été marqué malheureusement par les tergiversations des autres parties, leur entêtement à créer le blocage et à faire perdurer le statu quo », se trouve ainsi suspendu. Des actions similaires seront également menées prochainement au sein des autres organes de l’ONU, a poursuivi le Cabinet du roi Mohammed VI.
« Tout en marquant sa satisfaction de cette évolution, le Maroc demeure fermement attaché au cessez-le-feu, dans le strict respect de son intégrité territoriale, de sa sécurité nationale et de la quiétude de ses citoyens. Par ailleurs, la dynamique internationale lancée par Sa Majesté le roi Mohammed VI, que Dieu Le préserve, se poursuivra, aux niveaux bilatéral et régional. Elle a d’ores et déjà permis de capitaliser des soutiens importants, puisque plus des deux tiers des membres de l’ONU, y compris des membres permanents du Conseil de sécurité et les puissances influentes, appuient clairement l’autonomie, sous souveraineté marocaine, comme seul cadre de solution pour régler ce différend régional. » Communiqué du Cabinet royal.
Un tournant majeur dans le dossier du Sahara
Depuis le tournant des années 1990, la Minurso a été déployée par les Nations unies au Sahara pour s’interposer entre le Maroc, qui revendique sa souveraineté sur ses provinces du Sahara, et le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, qui revendique l’indépendance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD).
Chaque année, le mandat a été automatiquement reconduit et le dossier n’a pas connu d’évolution majeure, notamment en ce qui concerne l’organisation du référendum pour l’autodétermination du peuple du Sahara, la principale mission assignée à la MINURSO.
En 2008, le Maroc avait soumis une proposition d’autonomie sous souveraineté marocaine des territoires au cœur du conflit, ce qui a été rejeté par les dirigeants du Polisario et de la RASD. Plusieurs pays, notamment au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, mais aussi en Afrique, en Asie, en Europe et en Amérique latine, ont apporté leur soutien à cette proposition comme une solution crédible pour une fin pacifique du conflit.
Ces derniers temps, le Maroc a obtenu des soutiens de taille, notamment de la France, de l’Espagne ou de la Grande-Bretagne et surtout des États-Unis d’Amérique.
Face à l’enlisement du conflit, l’administration Trump a décidé de faire bouger les choses avec la soumission d’un texte qui change la mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) en une simple mission onusienne (MINUSO), écartant du coup l’option du référendum pour mettre en avant la proposition marocaine d’autonomie.
Jeudi, lors du vote au Conseil de sécurité, la Russie a opposé son veto à une résolution américaine, soutenue par 11 membres du Conseil de sécurité. Une décision déplorée par Washington et que Rabat a prise avec diplomatie, et qui aurait permis, selon l’ambassadeur américain aux Nations unies, de franchir des étapes historiques vers la fin du conflit au Sahara occidental, qui dure depuis 50 ans. « Nous ne pouvons pas retomber dans une logique de statu quo qui condamnerait les réfugiés à passer cinq décennies supplémentaires dans les camps, surtout alors qu’une véritable voie vers la paix est sur la table et qu’il existe des alternatives viables pour un avenir meilleur pour le peuple sahraoui », a déclaré l’ambassadeur Mike Waltz.
La non-reconduction du mandat de la MINURSO, qui va devoir plier bagage, constitue un tournant décisif dans ce contentieux du dossier du Sahara. Pour Rabat, il s’agit d’une victoire diplomatique que le Royaume compte mettre à profit pour consolider sa souveraineté sur les provinces sahariennes qu’il a toujours considérées comme faisant partie intégrante de son territoire.
A.Y. Barma (actuniger.com)




