Cybercriminalité au Niger : il inventait de faux malades et utilisait la photo de son propre enfant pour escroquer les donateurs
Une escroquerie organisée depuis janvier 2026 a été mise au jour par la Direction de la Police Judiciaire (DPJ), à la suite d'une plainte de l'Hôpital Général de Référence de Niamey. Commerçant et titulaire d'un Master 2 en comptabilité-audit, le mis en cause a reconnu, lors de son interrogatoire, avoir fabriqué de toutes pièces des situations de détresse médicale et familiale pour soutirer de l'argent aux internautes. Pour donner du crédit à ses manœuvres, il est même allé jusqu'à modifier la photographie de son propre enfant afin de tromper la générosité des donateurs.
Derrière des appels à l'aide médicale relayés sur les réseaux sociaux se cachait une vaste escroquerie destinée à soutirer de l'argent aux internautes. Mis en cause après une plainte de l'Hôpital Général de Référence de Niamey, un individu, qui a reconnu les faits, avait fabriqué de toutes pièces plusieurs histoires de malades,
La solidarité envers les personnes malades est devenue le prétexte d'une vaste entreprise d'escroquerie au Niger. Des enfants prétendument atteints de maladies graves, des orphelins nécessitant des soins urgents, des personnes âgées en détresse sanitaire ou encore des mères abandonnées : autant de situations présentées sur les réseaux sociaux pour solliciter des contributions financières auprès des internautes. Derrière ces appels à la générosité se cachait pourtant un scénario entièrement fabriqué par un individu qui détournait la compassion des citoyens à des fins personnelles.
C'est ce qu'a révélé une enquête de la Direction de la Police Judiciaire (DPJ), ouverte à la suite d'une plainte officielle déposée, le 1er mars 2026, par l'Hôpital Général de Référence (HGR) de Niamey. L'établissement sanitaire avait alerté les services de police sur les publications répétées d'un individu qui diffusait sur Internet des messages alarmants concernant de prétendus malades, accompagnés d'appels pressants à la générosité publique.
Pour recueillir les contributions, le mis en cause orientait les donateurs vers des services de transfert d'argent, notamment des comptes MyNita et/ou Amanata. L'ouverture immédiate des investigations a permis aux enquêteurs de remonter jusqu'au titulaire des comptes concernés, de le localiser et de l'identifier.
Cinq histoires fictives pour attirer la générosité des internautes
Les investigations ont mis au jour une opération d'escroquerie organisée depuis janvier 2026, reposant sur plusieurs publications soigneusement élaborées pour susciter l'émotion et provoquer des transferts d'argent.
Parmi les cas identifiés figure celui d'une fillette de 11 ans présentée sous le prénom de Fatouma. Selon les informations communiquées par la Police nationale, une somme de 10 490 000 FCFA était sollicitée pour financer sa prétendue évacuation sanitaire à Ouagadougou, au Burkina Faso.
Un autre appel concernait un jeune orphelin dénommé Abdourahamane, également connu sous le nom de Tabarkatt, présenté comme souffrant d'une grave infection pulmonaire. Pour ce prétendu cas médical, les publications réclamaient 1 637 000 FCFA.
L'escroquerie s'étendait également à des situations présentées comme relevant de l'Hôpital Général de Référence de Niamey. Une publication alertait notamment sur le cas d'une grand-mère de 70 ans qui aurait été en détresse cardiaque et respiratoire.
D'autres mises en scène visaient à mobiliser la solidarité autour de situations familiales difficiles. À Bangoula, une mère de jumeaux était présentée comme abandonnée par son conjoint et livrée à elle-même. À Tahoua, une autre histoire mettait en scène une grand-mère qui élèverait seule ses petits-fils jumeaux devenus orphelins.
Ces différents récits, construits autour de la maladie, de la vulnérabilité des enfants et de la précarité familiale, avaient un objectif commun : toucher la sensibilité du public afin de l'inciter à effectuer des transferts d'argent.
Le suspect reconnaît les faits et révèle ses propres manipulations
L'un des éléments les plus troublants de cette affaire concerne les méthodes employées par le mis en cause pour donner de la crédibilité à ses publications.
Commerçant de profession et titulaire d'un Master 2 en comptabilité audit, le suspect a reconnu les faits qui lui sont reprochés au cours de son interrogatoire. Selon les éléments communiqués par la Police nationale, il a admis que les différentes histoires diffusées sur les réseaux sociaux étaient de purs montages.
Plus révélateur encore, il aurait utilisé la photographie de son propre enfant, qu'il avait préalablement modifiée, pour fabriquer une image pathétique destinée à provoquer l'émotion des internautes et à les pousser à effectuer des dons.
Cette méthode illustre le degré de manipulation auquel peuvent recourir certains auteurs de cyberescroquerie : fabriquer des situations de détresse, utiliser des images pour rendre les récits crédibles et exploiter la confiance des personnes sensibles aux appels à l'aide.
Le suspect, appréhendé avec l'appui de la Direction départementale de la Police nationale de Birni N'Konni, a été retrouvé en possession d'une somme de 548 624 FCFA et de 16 cartes SIM, dont 10 du réseau Airtel, 5 de Zamani et 1 de Moov.
La Police appelle à la vigilance des citoyens et interpelle les opérateurs téléphoniques
Face à cette forme d'escroquerie qui instrumentalise les élans de solidarité, la Police nationale met en garde contre les appels aux dons diffusés sur les réseaux sociaux sans garanties suffisantes sur leur authenticité.
Elle attire particulièrement l'attention des compagnies de téléphonie mobile sur la nécessité de renforcer les dispositifs d'identification des abonnés et des cartes SIM, considérant cette exigence comme un enjeu important de sécurité nationale.
Aux citoyens, le message est sans équivoque : ne pas laisser l'émotion prendre le dessus sur la vigilance. Avant tout transfert d'argent, la Police recommande de vérifier l'authenticité des appels à l'aide en prenant directement contact avec les établissements sanitaires concernés ou en consultant leurs canaux institutionnels officiels.
Elle encourage également les populations à privilégier les circuits de solidarité reconnus et encadrés plutôt que les comptes individuels de transfert d'argent dont les bénéficiaires ne peuvent être formellement identifiés.
La vigilance doit être d'autant plus grande que les cybercriminels peuvent volontairement construire des récits particulièrement bouleversants et instaurer un sentiment d'urgence pour pousser les internautes à agir rapidement, sans prendre le temps de vérifier les informations.
Enfin, les profils et publications suspects doivent être signalés aux Forces de défense et de sécurité afin de contribuer à prévenir de nouvelles victimes.
Dans son message de sensibilisation, la Police nationale rappelle que la générosité ne doit jamais se substituer à la vérification. Elle invite les citoyens à signaler toute situation suspecte en contactant ses services aux numéros verts 8383 et 17.




