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Convoqués en session d’urgence par décret du président algérien Abdelmadjid Tebboune, le Conseil de la nation (Sénat) et l’Assemblée populaire nationale, la chambre basse, les deux chambres du Parlement, ont approuvé à l’unanimité la demande d’autorisation du déploiement de troupes militaires algériennes au Niger. Avec cet accord du Parlement, à la demande des autorités nigériennes selon Alger, l’Algérie active pour la première fois l’alinéa 2 de l’article 91 de sa Constitution de 2020 et franchit un cap stratégique majeur dans sa doctrine de sécurité régionale. En droite ligne avec la dynamique impulsée ces derniers mois à la coopération militaire bilatérale renforcée avec Niamey, dans une volonté commune de faire face aux défis sécuritaires au Sahel et de contrer les menaces de déstabilisation qui inquiètent le CNSP du général Tiani. Officiellement, les autorités militaires nigériennes n’ont pas encore communiqué sur ce sujet sensible dans un contexte de refondation et d’affirmation de la souveraineté, le cheval de bataille du régime de la Refondation.

La seule surprise, c’était l’ordre du jour de cette session d’urgence du Parlement convoquée par le président algérien, au lendemain de la conclusion d’un nouvel accord de coopération militaire entre Niamey et l’Algérie. Et comme annoncé, la session extraordinaire des deux chambres du Parlement, ce vendredi 25 octobre, a porté sur l’examen d’un projet relatif à l’envoi d’unités de l’Armée nationale populaire (ANP) au Niger.

Comme une lettre à la poste, les membres du Conseil de la nation (Sénat), dans la matinée, puis de l’Assemblée populaire nationale (APN), la chambre basse, dans l’après-midi, ont voté en faveur de l’autorisation du déploiement de troupes militaires algériennes au Niger.

 

Une décision constitutionnelle historique et un vote unanime au Parlement

Comme l’ont commenté les médias et analystes algériens, c’est un tournant géopolitique majeur pour la diplomatie et la défense algériennes. Ce vote constitue, en effet, la première application concrète de l’alinéa 2 de l’article 91 de la Constitution de 2020, qui confère au président de la République, chef suprême des forces armées, la prérogative d’ordonner l’envoi d’unités de l’Armée nationale populaire à l’étranger, à la condition expresse d’obtenir l’approbation des deux tiers des membres de chaque chambre du Parlement.

Les détails du déploiement opérationnel ainsi que de ce qui a été convenu dans l’accord militaire signé le 20 octobre à Alger n’ont pas encore été dévoilés. L’envoi des troupes au sol marquera ainsi le tout premier engagement militaire de l’armée algérienne hors de ses frontières nationales depuis la guerre d’octobre (1973), date à laquelle des troupes de l’ANP avaient été envoyées au Moyen-Orient.

Il faut dire que cette décision des autorités algériennes s’inscrit dans le prolongement d’une série d’actions d’assistance menées au cours des derniers mois par l’Algérie pour soutenir le pouvoir en place à Niamey face aux menaces de déstabilisation. Début août, l’Algérie avait matérialisé son soutien logistique en remettant quatre hélicoptères militaires aux forces armées nigériennes. Quelques semaines plus tard, le 30 août, en exécution des instructions du président Tebboune visant à renforcer les relations de coopération stratégique entre l’Algérie et la République du Niger dans divers domaines, notamment militaire, et à la suite des événements survenus dans la capitale nigérienne, dans la nuit du 28 au 29 août 2026, Alger avait déployé deux (02) patrouilles d’avions de combat de type Sukhoï Su-30 (soit quatre appareils), dans le cadre d’une mission de soutien à l’armée nigérienne.

À l’époque déjà, le ministère algérien de la Défense nationale avait qualifié ces mouvements d’aide souveraine à la demande expresse des autorités nigériennes. Dans un entretien diffusé début octobre sur les chaînes nationales, le président algérien est revenu sur cette décision d’Alger d’envoyer des avions militaires au Niger, à la suite des événements de Niamey des 28 et 29 août derniers. Selon Abdelmadjid Tebboune, les quatre (04) chasseurs Su-30 ont été déployés dans la principale base aérienne de l’armée nigérienne, dans la périphérie de la capitale, pour faire face à une tentative de coup d’État. « La tentative de coup d’État au Niger a eu lieu au lendemain de la visite du Premier ministre du Niger en Algérie, ce que nous considérons comme une tentative de provocation à notre égard », avait expliqué le chef de l’État algérien, qui avait également assuré, sans les nommer, que « certains acteurs étaient allés trop loin ». Toutefois, au lendemain des événements qui ont débuté avec une mutinerie de certains soldats des forces spéciales de l’armée régulière, les autorités nigériennes avaient indexé la France d’Emmanuel Macron pour avoir orchestré une nouvelle tentative de déstabilisation, en complicité avec certains pays de la région.

 

Souveraineté et enjeux géopolitiques

Dans le cadre de cette dynamique de coopération, qui a pris un nouvel élan depuis la visite officielle effectuée à la mi-février à Alger par le président nigérien, le général d’armée Abdourahamane Tiani, l’Algérie et le Niger ont récemment signé un nouveau protocole d’accord de coopération militaire qui vient renforcer les relations entre les deux pays dans les domaines de la défense et de la sécurité. Le document a été signé, mercredi 20 octobre, à Alger, par les ministres en charge de la Défense, à l’occasion de la visite de travail que le ministre nigérien de la Défense, le général Salifou Mody, effectue dans la capitale algérienne. À cette occasion, le général d’armée Saïd Chanegriha, chef d’état-major de l’armée et ministre délégué à la Défense de l’Algérie, a tenu à réaffirmer au général d’armée Salifou Mody « l’entière disposition de l’Armée nationale populaire (ANP) à examiner toute proposition nigérienne de nature à renforcer notre coopération militaire et sécuritaire, au service des intérêts suprêmes de nos deux pays frères et en droite ligne de la ferme volonté de leurs dirigeants ».

À Niamey, les autorités nigériennes n’ont pas encore abordé officiellement la question, bien qu’à maintes reprises, elles aient exprimé leur gratitude aux autorités algériennes dans le cadre de leur appui multiple et multiforme, et particulièrement contre les menaces de déstabilisation. Il faut dire que le sujet est très sensible dans le contexte de la refondation portée par les militaires du CNSP au pouvoir, qui ont fait de la fin de la présence des troupes étrangères sur le sol nigérien le symbole par excellence de la « souveraineté retrouvée et effective » du pays. Leurs premiers faits d’armes au lendemain du coup d’État contre Mohamed Bazoum, en juillet 2026, ont été de « chasser » du sol nigérien les troupes étrangères, notamment françaises, américaines et européennes.

A. Y. Barma (actuniger.com)



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