samedi, 20 juillet 2019
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Salimata Dan Foutouwa

Salimata, jeune fille du village de Dan Foutouwa

Au Niger, la problématique du mariage des enfants, et particulièrement des filles, est encore une problématique toujours vivace en dépit des conséquences et des efforts du gouvernement et de ses partenaires pour lutter contre ce fléau qui sape le développement du pays.

A Zinder, une des régions où ces pratiques néfastes avaient atteint des proportions inquiétantes, des actions de sensibilisation appuyées par la mobilisation des acteurs, a permis de faire reculer la prévalence surtout dans les communautés rurales, malgré le poids des pesanteurs socio-culturelles. Grace par exemple aux appuis de plusieurs bailleurs de fonds et l’appui de partenaire, l’UNICEF a déployé une approche communautaire stratégie a permis d’enregistrer des résultats probants et de relever le défi de la lutte contre le mariage des enfants comme l’a constaté sur le terrain notre envoyé spécial, de retour d’un voyage de presse dans plusieurs villages où il a rencontré, entre autres, les différents acteurs impliqués dans la campagne.

« J’étais à l’école, en classe de CE2, quand ma mère m’avait enlevé pour me donner en mariage. Mon père s’était opposé, et avec la sensibilisation du comité du village, l’idée du mariage a été abandonnée. Après 3 ans à la maison, je veux maintenant regagner les bancs de l’école car tout ce que je veux, c’est de pouvoir poursuivre ma scolarité. J’en appelle aux parents de laisser leurs enfants finir leur cursus scolaire ». Ce témoignage assez touchant, c’est celui de Salimata [nom d’emprunt], une jeune fille de 15 ans que nous avons rencontré le lundi 29 juin dans le village de Dan Foutouwa, une bourgade située à une soixantaine de kilomètres de Zinder, dans la Commune de Dogo au premier jour de la visite de presse conduite par une équipe de journalistes dans cette région où le mariage des enfants, est encore une pratique assez répandue, il y a encore quelques années. Le témoignage de Salimata nous a permis à lui seul de comprendre l’ampleur du phénomène, mais aussi l’impact des actions de sensibilisation, dans le cadre de la lutte contre ce fléau qui entrave le développement du pays au regard de ses conséquences néfastes sur la vie des enfants, mais aussi le devenir des communautés surtout en milieu rural.

Le cas de Salimata est d’ailleurs loin d’être un cas isolé, comme nous avons pu le constater par la suite. Des vies qui auraient pu être brisées, des rêves anéantis comme celui de la jeune fille pleine d’espoir que nous avons rencontré en compagnie de ses parents, mais qui grâce à l’intervention du Comité villageois de Protection de l’Enfant, ont été voués à l’échec.  Le père de Salimata, qui s’est opposé au mariage raconte : « c’est la mère de la fille qui a voulu du mariage et je me suis opposé. Ce qui a fait que nous avons renoncé au mariage de notre fille, car à mon avis, elle n’a pas atteint l’âge ». Afin de mieux faire comprendre qu’il a pu grâce aux actions de sensibilisation et l’implication du Comité villageois de protection des enfants (CVPE), pris conscience des enjeux, il se laisse aller à de plus amples explications. « Le mariage des enfants a beaucoup de conséquences néfastes sur leur santé surtout pendant l’accouchement, comme nous l’a fait savoir M. Illiya, l’enseignant du village ». Et d’insister encore sans que nous lui demandons autant ; « le mariage ne tient plus et elle va prochainement retourner à l’école dès la prochaine rentrée, car si on avait attendu jusqu’à trois ans sans la ramener, c’est parce que j’étais absent ». Selon le père de Salimata, sa grande sœur a été donnée en mariage quand elle avait 17 ans.  Mais la jeune fille est, elle, sauvée. Et cela suite à l’implication du comité constitué de l’Imam et du chef de village qui continuent de sensibiliser l’ensemble de la communauté. « Nous sommes fiers du travail de ce comité car avant l’installation de ce comité, la situation des mariages des enfants était vraiment préoccupante », confesse notre interlocuteur, visiblement heureux d’avoir pu éviter à sa fille un destin qui aurait pu être tout sauf rose. Tout le contraire de ce qu’un parent aurait voulu pour son enfant, bien qu’avant, des prétextes aussi ne manquaient pour justifier l’ampleur de ces pratiques néfastes dans cette région et surtout en milieu rural, comme un peu partout au Niger.

C’est d’ailleurs pour savoir les raisons qui expliquent la prévalence des cas élevés de mariage des enfants enregistrés dans ces zones connues jadis pour leur conservatisme, que nous nous sommes adressés à la maman de Salimata. Histoire de savoir ce qui a motivé sa décision de marier sa fille à un aussi jeune âge, et alors qu’elle poursuivait sa scolarité. « Nous voulons les marier assez tôt parce que nous craignons les mauvaises fréquentations des garçons. C’est la raison principale qui nous poussent à marier nos enfants très jeunes », témoigne la mère, qui ajoute aussitôt que, « grâce à la médiation du comité villageois, nous avons renoncer à la marier et nous voulons qu’elle reprenne le chemin de l’école. Si elle n’arrive pas à retourner à l’école, nous la laisserons faire ses activités commerciales en attendant qu’elle atteigne sa majorité », ajoute-t-elle. Des pesanteurs socioculturelles qui expliquent donc ces pratiques, bien que les parents soient bel et bien conscients des conséquences sur la vie de leurs enfants. « Nous connaissons les conséquences liées au mariage des enfants tels que la fistule obstétricale ou la césarienne…Même si c’est un garçon, si on le marie très jeune, il aura des difficultés pour gérer son foyer. J’ai sept enfants dont trois qui sont déjà mariés », confesse, presque à regret, la mère de Salimata.

Comite Villagoeois Dan Foutouwa

Le comité villageois de protection de l’Enfant du village de Dan Foutouwa en pleine seance de travail

Une approche communautaire pour protéger les enfants 

L’histoire de Salimata est très illustrative de l’impact des actions de mobilisation, de plaidoyer et de sensibilisation dans le cadre de la lutte contre le mariage des enfants. Grace à l’appui de généreux donateurs que sont le Canada, le Pays-Bas, la DFID, UN Fondation, l’Union Européenne et l’Italie, le global programme Niger de l’Unicef a déployé une Approche communautaire pour la Protection de l’Enfant. Sa mise en œuvre a débuté en 2011 avec une phase pilote qui a démarré en 2011 avec 4 villages : Zané (Tsaouni), Inkitchissou (Kourni), Makwassa (Kourni) et Dan Gwori (Kourni), lesquels sont tous situés dans le département de Kantché. Le choix de ces villages tient au fait qu’ils sont réputés pour leurs conservatismes en matière de respect des traditions, même si cela est négatif sur plusieurs aspects, au plan de protection de l’enfant. Deux années plus tard, ces villages ont accepté de changer leur comportement jusqu’à solliciter l’implantation des écoles. Après l’évaluation de la phase pilote, et en partenariat avec l’état du Niger, il a été jugé utile d’élargir le programme dans 7 autres villages (Kourni, Yalwa, Gajeré, Doundou, Ragana, Banbarmi et Birji Baba), de la commune rurale de Kourni, au regard de l’impact positif enregistré dans les villages de la phase pilote.

En 2015, d’autres réflexions ont été menées avec les partenaires et l’Etat pour déployer la stratégie dans les communes de convergence (Koleram, Dogo, Gafati, Yaouri, Kantché, Ollelewa et Tarka). Une commune de convergence est une commune enclavée à forte vulnérabilité n’ayant la capacité de se pendre en charge en matière de développement communautaire. En 2016, le programme a ciblé 70 villages directs, qui ont à leur tour parrainé au moins 76 villages. Cependant, à partir de 2018 et malgré les résultats probants, les villages cibles ont été réduits de 70 à 54, compte tenu de l’enveloppe budgétaire alloué par l’Unicef.

Situation des cas de mariage d’enfants retardés

2015

2016

2017

2018

2019

2

16

38

23

En cours

Total

79

Cette approche communautaire a permis d’enregistrer plusieurs acquis, notamment la mise en place et l’orientation des Comité communaux de protection de l’enfant (CCPE), et des Comités villageois de protection de l’Enfant (CVPE). Elle a aussi permis de disposer des plans d’action et des chartes communautaires dans les villages d’intervention, ainsi que de repousser plusieurs cas de mariage d’enfant. Toujours en matière d’acquis, plusieurs champs communautaires ont été mis en place en faveur de la protection de l’enfant, des espaces de jeux créés pour les enfants dans les villages, la mise en place d’une caisse de solidarité pour la gestion des cas de protection, le retour des enfants à l’école, ainsi que l’abandon des pratiques traditionnelles néfastes, qui est matérialisée par des symboles ludiques afin de faciliter la compréhension et une meilleure appropriation des comportements à bannir (drapeau, peinture, etc.).

La mise en œuvre de l’approche a aussi permis de relever quelques difficultés notamment la réticence de certains villages toujours réfractaires au changement, la vétusté des moyens logistiques, et le manque de partenaires pour les financements des initiatives communautaires pour notamment la mise en place de certaines initiatives comme les greniers et champs communautaires, ou les kits pour les espaces de jeux des enfants.

Il se pose alors certains défis qui handicapent l’efficacité de l’approche qui a pourtant montrée sa pertinence en matière de protection de l’enfant,  comme l’accompagnement des cas de mariage d’enfant par la formation professionnelle ou le retour à l’école ainsi que l’appui en activités génératrices de revenus (AGRs) pour les parents ; le suivi post-intervention ; l’appropriation du programme par les collectivités, et de manière générale, la mise à l’échelle du programme dans toute la région de Zinder.

Mettre fin au mariage des enfants transforme en effet des vies et améliore les communautés

La mise en place de cette approche mérite qu’on se focalise sur le Programme Niger UNICEF-UNFPA, qui est mis en œuvre grâce au soutien généreux des principaux donateurs que sont les gouvernements belge, canadien, néerlandais, norvégien, britannique et européen ainsi que de Zonta International, et qui a permis de renforcer les actions de mobilisation et de sensibilisation, qui sont des préalables à la réussite de l’approche de protection des enfants. Au Niger comme partout ailleurs, toutes les filles et tous les garçons ont droit à une enfance où ils peuvent jouer, se reposer et être protégés du mal, des abus et de l'exploitation. Mais pour des milliers d'enfants au Niger, l'enfance est interrompue par le mariage. L'UNICEF estime qu'environ 3 jeunes filles sur 4 étaient mariées avant l'âge de 18 ans et 1 sur 4 avant l'âge de 15 ans. Lorsqu'une fille est mariée dans son enfance, ses droits fondamentaux sont violés. Ainsi donc, mettre fin au mariage des enfants peut préserver l’enfance d’une fille, promouvoir son droit à l’éducation, réduire son exposition à la violence et aux mauvais traitements et contribuer à briser les cycles de pauvreté qui se transmettent de génération en génération. C’est un fait qui ne souffre d’aucune ambiguïté, quand une fille est mariée dans son enfance, ses droits fondamentaux sont violés. En retardant le mariage et l'accouchement, on protège également les filles des risques de décès en cours d'accouchement et des conditions médicales débilitantes telles que la fistule obstétricale. C’est pourquoi, mettre fin à la pratique transforme des vies et améliore les communautés ; et c’est ce qui explique que mettre fin au mariage des enfants est au cœur des activités de l’UNICEF au Niger. En travaillant avec les communautés, « les familles, les gouvernements et les partenaires, l'UNICEF aide à identifier et à traiter les normes sociales ainsi que les facteurs économiques et structurels qui contribuent à la persistance du mariage des enfants ».

Il faut dire qu’en plus des pesanteurs socioculturelles, la pauvreté est un facteur important du mariage des enfants au Niger. Dans les communautés rurales, qui sont restées fidèles aux traditions sociales et religieuses, la crainte de se voir refuser une grossesse en dehors du mariage est également un facteur important. Le lien entre l'éducation et la prévalence du mariage des enfants est particulièrement évident au Niger. Les statistiques font ressortir que 81% des femmes âgées de 20 à 24 ans sont sans instruction et 63% n'ayant que l'enseignement primaire étaient mariées ou en union à 18 ans, contre seulement 17% des femmes. Aussi, les filles mariées et les enfants mères ont un pouvoir de décision limité, sont généralement moins en mesure de gagner un revenu et sont vulnérables à de multiples risques pour la santé, à la violence, aux abus et à l'exploitation.

Plan d’action national multilatéral de lutte

À la suite des activités de plaidoyer et de mobilisation du Programme mondial FNUAP-UNICEF, le gouvernement du Niger a élaboré un plan d'action national multisectoriel visant à mettre un terme au mariage des enfants et adopté un décret sur la protection des fillettes à l'école afin de garantir l'accès et la rétention jusqu'à la fin des 16 ans. Le programme a également apporté son soutien à la finalisation et à la diffusion du Plan stratégique national sur la santé des adolescents et des jeunes 2017-2021 et de la Politique et du plan d'action nationaux pour l'égalité des sexes. Le programme a soutenu la création d’une plateforme de collaboration multipartite, « Vers la fin du mariage des enfants au Niger », qui se réunit tous les mois. La plate-forme est utilisée pour rassembler des informations sur les actions en cours, harmoniser les messages clés et inciter les parties prenantes à plaider en faveur d'une meilleure législation en faveur des droits des adolescents.

Au Niger, c’est un fait, les chefs religieux et traditionnels sont des personnalités respectées dans leurs communautés, prescrivant souvent les comportements acceptables. En tenant compte de la portée des voix de ces leaders, l’UNICEF s’est associé à l’Association des chefs traditionnels du Niger et à la Congrégation islamique - appelée Faouzia - pour aider à promouvoir un changement positif dans les communautés dans le but de mettre fin au mariage des enfants et de promouvoir les pratiques familiales clés. Les chefs traditionnels et religieux ont régulièrement mené des dialogues communautaires et organisé des assemblées à l'échelle du village en utilisant leurs rôles de leadership pour lutter contre cette pratique néfaste. Le programme Niger UNFPA-UNICEF continue ainsi de renforcer les mécanismes de protection de l’enfance basés sur les communautés qui sont efficaces pour répondre aux normes sociales. Le programme aide aussi le gouvernement à élargir le réseau de comités de protection des enfants dans les villages afin de promouvoir des pratiques positives dans les communautés ciblées par le programme. Les séances d’éducation organisées par les comités villageois de protection de l’enfance ont permis de prévenir les cas de mariage précoce par la médiation directe avec les parents et en aidant les filles à retourner à l’école, comme c’est le cas à Zinder où les témoignages des principaux acteurs engagés dans la lutte contre le fléau, sont assez édifiants. À travers le dialogue et l'engagement communautaires, les villages ont fait des déclarations publiques en faveur de l'abandon de la pratique du mariage des enfants.

Au Niger, le programme mondial UNFPA-UNICEF fournit par ailleurs aux filles une connaissance approfondie de l’hygiène personnelle en matière de procréation ; la violence sexiste ; compétences financières ; questions de genre et aspirations personnelles des filles. L’initiative vise également à renforcer les compétences sociales des filles pour les aider à s’exprimer, à prendre leurs propres décisions et à participer pleinement au sein de leur communauté. Le programme a fourni un appui à des centaines de plans d’action pour les écoles locales visant à soutenir l’éducation des filles. In fine, le programme mondial UNFPA-UNICEF pour accélérer l'action visant à mettre fin au mariage d'enfants promeut le droit des adolescentes d'éviter le mariage et la grossesse et leur permet de réaliser leurs aspirations par le biais de l'éducation et d'autres voies. Le programme mondial aide, par la même occasion, les ménages à adopter des attitudes positives, permet aux filles de gérer elles-mêmes leur avenir et renforce les services qui leur permettent de le faire. Il aborde également les conditions sous-jacentes qui soutiennent le mariage des enfants, plaide en faveur de lois et de politiques qui protègent les droits des filles tout en soulignant l'importance d'utiliser des données fiables pour éclairer ces politiques.

A.K.M (Actuniger.com)

 

Commentaires  

+1 #1 Halidou Moussa 06-07-2019 16:43
Il faut vraiment être un pédophile pour faire marier sa famille a bas age. Qu'Allah nous préserve
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-1 #2 seynos 09-07-2019 16:14
Il ne faut pas qualifier qui que ce soit de pédophile pour un acte qui n'est pas interdit par ALLAH SWT. Ayons la crainte d'Allah.
Au Niger, si nous voulons que les jeunes filles restent longtemps à l'école, il faut que l'école prenne en compte nos réalités islamiques comme ne pas mélanger des filles et garçons sur une même table, ne pas mélanger des filles et des garçons dans l'EPS, etc. C'est important, toutes les pratiques de l'école doivent tenir compte de nos réalités religieuses
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-1 #3 seynos 09-07-2019 16:18
Nous ne devrons pas laisser des partenaires nous développer des approches communautaires; il nous revient de développer nos propres approches qui tiennent compte de nos valeurs islamiques
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+1 #4 Rabé 11-07-2019 08:31
Seynos, Il ne s'agit pas de nos valeurs mais de tes valeurs à toi et que tu veux appliquer à tout le monde. Si tu adhères à l'islam radicale, c'est ton problème, ne mêle pas notre culture à ça. Et si tu veux coûte que coûte que ton entourage pense comme toi alors libre à toi d'aller chez boko haram ou chez daesh, ils t’accueilleront à bras ouverts.
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