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Une cour vaste comme un terrain de football, des femmes assises sur des petits tabourets en bois ou sur des nattes. De grosses marmites posées sur le feu, des bouilloires alignées le long du mur, des va- et-vient incessants vers les sanitaires, un homme qui arrose des plantes et des fleurs à l’aide d’un tuyau. A l’intérieur, des femmes couchées dans des lits ou recroquevillées sur des nattes. Une odeur enivrante d’encens et de déodorant… Nous sommes au Centre des femmes fistuleuses, situé au quartier Koubia, à l’extrême ouest de la capitale.
Ecoutons Aicha Alhousseini, 20 ans, originaire de Maradi, au centre-est du pays : « Je me suis mariée à douze ans. Un an après je suis tombée enceinte. Quand j’ai commencé le travail, j’ai passé quatre jours sans uriner. J’avais des douleurs atroces au ventre et au bas ventre. On m’a transpostée dans un Centre de santé. A l’aide d’un appareil, l’agent de santé a réussi à tirer mon urine. Une très grosse quantité d’urine, de l’ordre de cinq litres ou plus. J’étais déjà à terme. Ils ont fait sortir l’enfant, sans aucune difficulté. Malheureusement c’était un mort-né. Cela s’est passé dans un petit village du Nigéria où j’ai suivi mon mari».
Elle marque une pose, baisse la tête et poursuit : « Après l’accouchement, je continuais à uriner sans arrêt, sans savoir quand ni comment. Je ne pouvais plus me retenir. Alors l’agent de santé a indiqué qu’il fallait une intervention chirurgicale. Pour cela, nous avons déboursé 100 000 francs CFA. J’ai été opérée, mais deux jours après j’ai recommencé à perdre de l’urine. Une semaine après, il a refait la même opération, sans succès. C’était avec une aiguille et du fil, les mêmes qu’utilisent les cordonniers pour coudre les chaussures. Il n’y avait pas d’anesthésie et J’avais très mal. La troisième fois j’ai refusé. On m’a alors conduite dans un hôpital à Katsina, où j’ai subi trois autres interventions en l’espace d’un an. Je perdais toujours de l’urine. De Katsina, on m’a conduite dans un autre hôpital à Zamfara où j’ai été opérée à nouveau, sans succès. Mes parents ont vendu tous leurs biens pour assurer mes soins. Ils n’avaient plus rien. J’ai donc laissé tomber et suis revenue au village, chez moi », dit-elle, dans un long soupir.
Tout le village est informé du mal dont souffre Aicha. Elle ne quittait jamais la maison familiale, sauf à de rares occasions, la nuit, de peur d’uriner en public. Entre temps son mari décède. Souvent, elle s’enferme seule dans la case, se couvre de la tête au pied et pleure en silence, en pensant au défunt et à ce bébé qu’elle aurait tant aimé serrer dans les bras.
« Un jour, un homme s’est présenté à mes parents. Il dit qu’il veut m’épouser. Il a amené la dote, le mariage a été tissé, mais il a posé une condition : il ne m’acceptera sous son toit que lorsque je serai guérie de cette maladie. J’ai entendu parler de ce centre qui accueille, prend en charge et soigne gratuitement des femmes comme moi, alors je suis venue. S’il plaît à Dieu, dès que je serai guérie je vais rejoindre mon mari et recommencer une nouvelle vie. Je ne suis pas encore vieille, je n’ai que 20 ans aujourd’hui », confie Aicha.
Depuis deux mois, elle est à Dimol, qui signifie en langue Peule dignité, un Centre d’assistance aux femmes souffrant de la fistule obstétricale. Elle attend comme toutes les autres femmes du Centre d’être programmée pour l’intervention qui va la faire renaître. En attendant, elle vit au rythme des habitudes du Centre. Les femmes fistuleuses sont prises en charge totalement. Elles sont logées, nourries et blanchies. En plus, elles sont initiées à la couture et reçoivent une formation sommaire dans la perspective d’une réinsertion sociale.
La fistule obstétricale est une communication qui se crée entre la vessie et le rectum de la femme. Elle survient lors d’un accouchement difficile. Cette communication provoque une incontinence urinaire et, parfois, de matières fécales. Elle apparaît surtout chez les femmes de petite taille, à cause de leur bassin, trop petit et trop étroit que la tête du fœtus a du mal à passer. Au moment du travail, ces femmes restent deux à trois jours sans accoucher, d’où la création de la fistule parce que la circulation sanguine est bloquée par le fœtus qui vient se mettre contre le bassin osseux. Et une fois que l’enfant arrive à sortir, par césarienne ou par forceps, l’incontinence urinaire survient deux à jours après. Il y a une autre catégorie de fistule qui se produit lors des mariages précoces. La petite fille ne pouvant avoir des relations sexuelles normales et complètes est alors conduite chez le barbier qui élargit le dôme vaginal. Il coupe la vessie, ce qui engendre une incontinence urinaire. Le fœtus ne pouvant plus être évacué normalement, il reste enclavé dans le bassin et l’enfant meurt dans la plupart des cas.
Aichatou Hodi est aussi inconsolable que Aicha. A 24 ans, elle totalise quatre maternités. Quatre fois elle a eu des mort-nés. Mariée à l’âge de 14 ans à Liguido, un petit village du Département de Dougondoutchi, dans la région de Dosso situé à 280 km à l’est de Niamey, Aichatou qui n’a jamais mis les pieds à l’école n’a pas eu d’autre choix que de suivre son mari au Nigéria où il vit de petits métiers.
Peu après le mariage, Aichatou est enceinte. Au moment de l’accouchement, c’est l’enfer. Elle avait très mal au ventre. Elle pleure, crie au secours. Conduite dans un Centre de santé, elle met au monde un bébé, sans vie. L’accouchement est accompagné d’une perte importante d’urine. « De retour à la maison j’ai continué à perdre de l’urine. Je ne pouvais plus contenir cette urine qui coule sans crier gare. J’ai été conduite à l’hôpital de Sokoto au Nigéria où j’ai été opérée, sans effet. Je perdais toujours de l’urine. Trois fois de suite je suis tombée enceinte, trois fois de suite j’ai mis au monde des mort-nés. Mon mari a fini par se décourager. Il a prétexté l’odeur de l’urine et m’a répudiée. J’ai plié bagages et je suis revenue au village avec ma mère qui m’assistait », confie Aichatou, la gorge nouée par l’émotion.
De son village, la jeune Aichatou a été admise à l’hôpital national de Niamey. « Sur place, j’ai été de nouveau opérée trois fois sans succès. J’ai entendu parler de ce Centre et je suis venue dans l’espoir d’être définitivement débarrassée de cette maladie honteuse », lâche-elle.
Halimatou Sanda est née à Tilwa, dans le département de Ouallam, région de Tillabéry, au nord ouest de Niamey. A 30 ans, elle a déjà mis au monde cinq enfants dont trois mort-nés. « La maladie est apparue lors de mon cinquième accouchement. J’avais mal, je me tordais de douleur, j’ai perdu connaissance. On m’a mise dans une charrette pour me conduire au dispensaire. Le lendemain, tard dans la nuit, j’ai fini par accoucher toute seule, sans aucune assistance. Malheureusement c’était un mort-né. L’agent de santé m’a donné quelques comprimés et m’a libérée. Une fois à la maison, je ne pouvais pas contenir mon urine. Mes parents ont pensé à un mauvais sort. Ils sont partis voir un guérisseur traditionnel qui leur a remis des décoctions pour moi. J’en ai bu des litres entières, mais je perdais toujours de l’urine. On m’a alors amenée à l’hôpital national de Niamey où ce sont les médecins eux-mêmes qui m’ont conseillée de venir dans ce Centre », raconte Halimatou. Il y a un mois, elle a subi une intervention dans un hôpital de Dori, au Burkina Faso, à la charge de Dimol.
« Je rentre de Dori où j’ai été opérée. Tout s’est bien passé. Je suis en observation, mais déjà, j’ai cessé de perdre de l’urine. Je me sens vraiment soulagée et je vais pouvoir rentrer chez moi très bientôt », ajoute-t-elle. Son mari ? « Il m’a laissé tomber depuis longtemps. Il ne supportait plus l’odeur de l’urine. J’ai appris qu’il est parti en Côte d’Ivoire chercher fortune. S’il veut encore de moi je retournerai vivre avec lui, sinon je suis prête à refaire ma vie ».
Aicha, Aichatou et Halimatou ne tarissent pas d’éloges envers la présidente de Dimol, Salamatou Traoré. Ecoutons cette dernière : « Nous assurons une formation pour le changement de comportement des femmes victimes de fistule obstétricale. Une fois guérie, elles deviendront, chacune dans son village, des ambassadrices de la fistule. Elles sensibiliseront les femmes à aller vers notre Centre de santé ».
Afriquinfso
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Commentaires
Je n'ai jamais compris exactement ce qu'elle vivent malgré le fait que j'ai deux enfants.En lisant cet article j'ai eu chaud au cœur et en plus j'ai mal et même très mal.
Si Dinol fait ça à titre caritative.
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