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Le pouvoir est l'obsession principale des hommes et des femmes. Ils sont tous persuadés que la mort signe la fin du pouvoir : mourir, c'est perdre le pouvoir de continuer de vivre, c'est arriver à un point d'impuissance majeure, c'est s'épuiser à un moment du cheminement qu'est l'existence.
Ceux qui ont le pouvoir craignent tellement de le perdre et de se perdre, par la même occasion, qu'ils veillent nuit et jour pour le conserver à tout prix - en le concentrant car on s'imagine que partager le pouvoir, c'est le perdre.
Tout gouvernement est tellement obnubilé par la conservation du pouvoir qu'il se fait surprendre en flagrant délit de nudité à la clameur de la rue.
Ceux qui ne l'ont pas et qui fantasment sur lui veillent scrupuleusement pour le conquérir -mais ils s'épuisent par ce fait et se rendent incapables de l'exercer au moment où ils le conquièrent.
Toute opposition politique subit cette tragi-comédie en ce sens qu'elle investit tellement d'énergies à aboyer contre l'ordre établi que lorsque vient le moment de passer à l'acte de gouverner, elle est comme frappée d'un sentiment d'impuissance. Dans cette atmosphère d'insomnie et de refus du repos, on comprend que fleurissent et se creusent la haine, la méfiance, la suspicion, bref, la distance entre les hommes.
Face au pouvoir, les hommes manifestent des différences importantes :
Il y a d'abord ceux qui le recherchent pour commencer à exister et tant qu'ils en sont privés, ils tireront à boulets rouges sur ceux qui le possèdent.
Viennent ensuite ceux qui sont démangés par un besoin frénétique et masochiste de travailler, de convaincre et de se convaincre eux-mêmes de leur valeur.
Et enfin, il y a ceux qui voient dans le pouvoir un moyen de payer une série de dettes à la fois matérielles et morales.
Face au pouvoir, les comportements sont différents selon qu'on a une forte personnalité ou pas. Les uns s'inclinent si bas qu'ils montrent leur misère envieuse et leur sainte hypocrisie. Lèche-bottes, ils sont aussi prêts à mordre quand l'occasion se présente et à terrasser comme dans la lutte traditionnelle (c'est souvent celui qui a accès au pied qui l'emporte). Pour ce genre d'individus, toute personne qui a le pouvoir n'est pas mieux qu'une statue à déboulonner, à mettre en bas.
Les autres redressent si haut la tête qu'ils montrent leur instinct d'insoumission, leur sens du défi. Arrogants et bagarreurs, ils invitent à la competition dans le secret espoir d'humilier celui qui est investi du pouvoir.
Ainsi, ils espèrent satisfaire leur appétit de vengeance. Il s'agit pour eux de panser la blessure profonde que subit leur égo de se voir négligé, ignoré par le pouvoir.
En tout état de cause, les larbins aussi bien que les rebelles (dans le sens d'opposition) sont tous malheureux car tous idolâtrent le pouvoir qu'ils n'ont pas et qu'ils désirent avoir.
Abdoulaye Idrissa
Inspecteur pédagogique à l'IPR* de
Maradi
*IPR (Inspection Pédagogique Régionale, NDLR)
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