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Le Top 5 des dirigeants africains les plus connectés et le Flop 5 des moins connectés PDF Imprimer Envoyer
Mercredi, 30 Mai 2012 00:54
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Croire que les pays étiquetés «en voie de développement» ne sont pas au fait d’Internet serait bien mal connaître le continent noir. De Facebook en passant par Twitter, ce sont des millions d'internautes qui s’expriment chaque jour sur le Web.

A l’image des autres continents, Facebook s’impose en Afrique comme le réseau social par excellence: 21,25% des internautes africains s’y connectent, ce qui fait pas moins de 17 millions de membres sur le site créé par Mark Zuckerberg en 2004.

Et cet engouement dépasse la sphère populaire, puisque de nombreux chefs d’Etat africains y ont ouvert un compte, une page officielle, ou encore des groupes de soutien. Autant d’outils qui permettent de créer une interface supplémentaire avec la société civile.

Les champions de Facebook et Twitter

 

Pour définir l’enjeu réel que représente le phénomène des réseaux sociaux au sein de la classe politique africaine, nous avons réalisé le classement des cinq présidents* les plus actifs sur la Toile, notamment sur Facebook et Twitter, au 29 mars 2011.

- Ce classement est évalué en fonction du nombre de likes (j'aime, en version française) affichés sur les pages Facebook officielles des présidents. Pour les profanes, il faut savoir que chaque «Facebookien» peut cliquer sur cette icône , présente un peu partout sur le site, afin de manifester son intérêt pour une page, un statut, une photo, etc.

Au-delà de la simple popularité d’un dirigeant, ces clics reflètent également des enjeux tels que l’accès à Internet, la pénétration des réseaux sociaux, la politisation de la Toile ou encore la censure.

Twitter est également un réseau social révélateur. Ce site de microblogging relaie des mini-messages (140 caractères maximum) largement suivis sur le Web —on a pu voir son influence récemment lors des révolutions tunisienne et égyptienne.

5. Alassane Dramane Ouattara (Côte d'Ivoire): 12.169 likes

Le rival de Laurent Gbagbo et président légitime de la Côte d'Ivoire reconnu par la communauté internationale n’oublie pas de soigner sa présence virtuelle. Avec Gbagbo, ils se livrent une cyberguerre sur Facebook et Twitter afin d’élargir leur sphère d’influence.

Ouattara, dit «Ado», se montre très présent sur Internet, et la rubrique «Ado sur le web» de son site officiel renvoie sur ses pages Facebook, Hi5MySpace et Twitter, où 1.028 abonnés suivent ses messages. Il a un site officiel personnel et un autre relatif à son parti politique.

4. Paul Kagamé (Rwanda): 15.591 likes

 

Très actif sur les réseaux sociaux, le président rwandais invite lui aussi les internautes à le suivre sur Facebook, Twitter, Flickr, ou encore YouTube. Sur Facebook, il a créé un forum intitulé «Answers of the week» (Réponses de la semaine) où il répond librement aux questions de seslikers. A titre d’exemple, le 16 mars, un dénommé Aboo lui demandait pourquoi le Rwanda n’était pas plus représenté en Afrique de l’Ouest. Paul Kagamé l'a informé que deux nouveaux ambassadeurs venaient d’être nommés au Nigeria et au Sénégal.

Son site officiel est régulièrement actualisé et son compte Twitter rassemble 8.388 abonnés.

3. Jacob Zuma (Afrique du Sud): 21.145 likes

 

Président de la «nation arc-en-ciel» depuis 2009, Zuma est en troisième position de ce classement, une place sur le podium qu'il doit sans doute aux 3.761.000 sud-africains adeptes de Facebook. Zuma est également très suivi sur Twitter avec 10.852 abonnés.

Son site officiel est mis à jour régulièrement et il possède également un compte sur YouTube etFlickr.

 

2. Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire): 32.418 likes

 

Laurent Gbagbo s'efforce de rassembler ses adeptes autant sur la Toile que dans la réalité. Il disposerait même d'une équipe de webactivistes chargée de diffuser son idéologie sur Internet. Une manière de se façonner une légitimité que ne lui a pas accordée la communauté internationale.

Son site officiel renvoie vers ses comptes Facebook, Twitter, DailymotionMySpace et YouTube. Sur Twitter, il est suivi par 1.277 abonnés. Une diversité d’outils qui permet d’élargir son champ d’action sur le Web. Récemment, le profil de Laurent Gbagbo aurait été bloqué sur Facebook pendant quelques jours, et une pétition circulait pour sa réhabilitation.

 

1. Goodluck Jonathan (Nigeria): 518.519 likes

 

L’importance que «Monsieur Bonne Chance» accorde à sa cyberpopularité n’est sans doute pas étrangère aux échéances électorales à venir. Président par intérim en poste depuis le 6 mai 2010, les prochaines élections législatives et présidentielle se tiendront respectivement les 2 et 9 avril 2011. Le site officiel de sa campagne est actualisé quotidiennement, et son compte Twitterrassemble 8.746 abonnés. C’est d'ailleurs en 140 caractères qu’il a annoncé l’ouverture de sonnouveau site le 8 mars 2011.

En outre, le Nigeria se situe au 1er rang africain et au 9e rang mondial en terme de nombre d’utilisateurs d’Internet (43,989 millions), parmi lesquels 2.985.680 sont inscrits sur Facebook. Avec l’Afrique du Sud, le Nigeria recense le plus grand nombre d'utilisateurs de Twitter. Un résultat qui n'est pas étranger à la démographie du Nigeria, pays le plus peuplé du continent noir, et 8e au rang mondial, avec 155.215.573 habitants.

 

Voilà donc un président qui a bien su tirer son épingle du jeu

Liberté de liker

 

L’époque où les politiques ne prenaient pas en compte la mesure du phénomène des réseaux sociaux semble être révolue. Sans doute les scandales créés par les câbles de WikiLeaks et l’utilisation de Facebook et Twitter par les partis d’opposition comme vecteur de contestation ont-ils incité de nombreux dirigeants à ne pas négliger cette partie du Web.

A l’image des blogs, le premier réflexe a été de se méfier de ces lieux d’échanges ouverts. Dans certains pays où la liberté d’expression n’existe que pour la forme dans la Constitution, l’accès à ces sites fait figure d’oasis en plein désert. On comprend alors l’enjeu de limiter l’accès à de tels outils afin de museler les voix dissidentes.

Sauf que la censure est un pari risqué, et qu’elle nécessite un accord avec les moteurs de recherche (à l'instar de Google, qui de 2006 à 2010 acceptait de censurer certaines entrées en Chine) ou encore avec les fournisseurs d’accès. Mais limiter l’accès au Web ne passe pas inaperçu, même dans des pays qui recensent de faibles taux de pénétration d’Internet. Le dernier exemple en date est celui du Cameroun. Le vendredi 11 mars, l’accès au réseau Twitter par téléphone mobile a été bloqué par le gouvernement de Paul Biya, arguant d’obscures «raisons de sécurité». A ce jour, le service n'est toujours pas rétabli dans le pays.

 

Au fond, si les chefs d'Etat n’ont pas pris le train des réseaux sociaux en marche, ils le craignent. Laurence Monnoyer-Smith, chercheuse française en Sciences de l’Information et de la Communication, souligne:

«Pour eux, il s’agissait d’un dispositif ressortant de l’organisation de la société civile. Ils ne voyaient pas leur intérêt. Le réveil a été brutal parce qu’ils ont pris conscience de l’énorme décalage entre l’idée qu’ils se faisaient de leur action, et la manière dont elle était reçue.»

A l’image de Robert Mugabe (Zimbabwe), ou encore d’Abdoulaye Wade (Sénégal), les groupes d’opposition et les pages des «anti-» se comptent par dizaines —et certaines ne mâchent pas leurs mots.

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Au-delà des considérations partisanes, il importe de déterminer le public auquel les réseaux sociaux s’adressent; a priori restreint (en relation avec la faible proportion du nombre d’internautes en comparaison avec la population globale) et composé de jeunes très engagés politiquement.

Libres de s’exprimer comme ils l’entendent, ces derniers donnent également du fil à retordre aux services de communication des présidents. Qui dit support nouveau sous-entend langage adapté à des lieux d’échanges informels tels que Facebook et Twitter.

Laurence Monnoyer-Smith estime qu'en Afrique, toute la difficulté réside dans l'adaptation pour les dirigeants au «langage des jeunes»:

«Ils sont confrontés à un phénomène inédit qui bouleverse les codes relatifs au respect de la parole de l’Ancien. Les notions d’autorité, de hiérarchie dans les échanges sont mises à mal. En Occident, les dirigeants se sont fait une raison il y a longtemps.»

Pourtant, ils ont tout à gagner en jouant le jeu. L'exemple le plus parlant est celui de Paul Kagamé, le président du Rwanda. En 2009, on n'y rencensait que 450.000 internautes. Sa manière non-conventionnelle de répondre aux tweets et aux messages Facebook semble porter ses fruits, puisqu'il est quatrième de notre classement. Mais au-delà de l'image qu'on peut s'en faire, celle d'un président proche de son peuple, il ne faut pas oublier la liberté de chacun de pouvoir liker ou non. Sans doute que les Rwandais n'ont pas forcément le choix, étant donné que le pays est un très mauvais élève en terme de libertés individuelles. Relegué à la 169e place (sur 178 pays) au classement RSF 2010 pour la liberté de la presse, une telle «performance» révèle le côté obscur d'un régime qui sauve les apparences derrière l'image lisse d'une démocratie à l'écoute.

Une dimension politique accrue

 

Si les réseaux sociaux ont d'abord été perçus comme des espaces de détente, ils se sont largement politisés ces dernières années, surtout en période d'effervescence électorale. Facebook et Twitter tournent alors souvent à plein régime afin de rassembler les voix partisanes. Il suffit de regarder le classement: le premier, Goodluck Jonathan, est à quelques semaines des élections législatives et présidentielles. Pour la Côte d’Ivoire, représentée par Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, le cas est particulier: tous deux se considèrent comme légitimes pour prendre la tête du pays. Pendant que certains sortent les armes et s’affrontent dans les rues d’Abidjan, la cyberguerre se livre à coups de tweets et de likes. Pour Lucie Morillon, responsable du Bureau des nouveaux médias à Reporters sans frontières:

«Il est toujours difficile de savoir ce qui se cache derrière ces chiffres. Ethan Zuckerman, chercheur à Harvard, a conclu de son côté que plus il y avait de "fans" sur les pages Facebook des dirigeants, plus il s'agissait d'un régime potentiellement instable.»

Des régimes potentiellement instables, oui. Ou du moins des dirigeants qui se sentent menacés par la baisse de leur popularité et trouvent dans les réseaux sociaux un moyen de redorer leur blason.

Agnès Ratsimiala et Anaïs Toro-Engel

SlateAfrique remercie Laurence Monnoyer-Smith, professeure en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Technologie de Compiègne, dont le domaine de recherche concerne l’utilisation des réseaux sociaux en politique, et Lucie Morillon, responsable du Bureau des nouveaux médias à Reporters sans frontières.

*sur les 53 dirigeants du continent. Compte tenu de leur instabilité politique, la rédaction n’a pas pris en compte la Tunisie, l’Egypte et la Libye.

Le flop 5 des dirigeants africains les moins connectés

Malgré le boom d'Internet et des réseaux sociaux en Afrique, il semblerait que certains chefs d'Etat du continent ne se sentent pas concernés.

Après le top 5 des dirigeants africains qui récompensait les présidents du continent les plus actifs sur les réseaux sociaux, le flop 5 décerne quant à lui la palme aux grands absents de la Toile. Et ils sont nombreux à faire pâle figure.

Au-delà de la simple indifférence d’un homme politique vis-à-vis du Web, il ne faut pas oublier que le contexte joue beaucoup dans le développement d’une «cyberactivité» politique, sans oublier certains facteurs qui freinent l’accès de la population à Internet: guerres civiles, censure, manque d’infrastructures… Et si la popularité des chefs d’Etat sur certains réseaux peut se montrer révélatrice de leur stratégie politique et des pratiques sociales, la négligence des réseaux l’est tout autant.

La principale difficulté rencontrée dans l’élaboration de ce flop 5 résidait dans le choix du critère qui départagera le moins connecté d’entre tous: sans page personnelle sur Facebook, sans compte Twitter ni même site officiel, comment déterminer le plus absent parmi les absents?

Au final, les champions du flop 5 ont été départagés sur le nombre de likes («j'aime») comptabilisés sur la page Wikipédia-Facebook qui leur est consacrée (rappelons que les likes  peuvent être considérés comme une manifestation de soutien de la part d’un internaute).

Ainsi, chacun peut manifester son soutien à un dirigeant en«likant» sa page, même si l’on sait que le contenu purement informatif de Wikipédia n’a pas la même force qu’un site militant, plus engagé. De ce fait, les dirigeants cités dans le flop 5 n’ont de compte officiel sur aucun réseau social que ce soit. Un retard pénalisant, puisque l'Afrique est en plein boom dans ce domaine.

 

Sans plus attendre, voici donc le palmarès des présidents africains les moins connectés.

5. Hifikepunye Lucas Pohamba (Namibie): 36 likes

 

Dernier  du classement, Pohamba en est à son deuxième mandat présidentiel à la tête du gouvernement namibien. Elu une première fois en 2004, il a été reconduit dans ses fonctions en 2009. A noter que la Namibie n’est indépendante que depuis le 21 mars 1990, et dispose d'une des plus faibles densités de population au monde avec 2,6 habitants au kilomètre carré.

4. Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie): 18 likes

 

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, militaire de carrière, a provoqué la chute de ses deux prédécesseurs. D’abord avec le putsch de 2005 contre le président Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya (qui avait passé 21 ans de pouvoir), puis le 6 août 2008 en renversant le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. L’élection présidentielle du 18 juillet 2009 —dont larégularité a parfois été remise en cause— a néanmoins officialisé sa position de chef de l’Etat.

3. Issayas Afeworki (Erythrée): 15 likes

 

Pas de surprise pour Issayas Afeworki qui dirige le pays d’une main de fer depuis son accession au pouvoir depuis 1993. C’est d’ailleurs le seul président qu’a connu l’Erythrée, puisque le pays n’a accédé à l’indépendance qu’en 1993, à la suite de trente longues années de guerre contre l’Ethiopie.

2. Sharif Ahmed (Somalie): 8 likes

 

Président depuis 2008, Sharif Ahmed est dans le peloton de tête de ce top des flops. A la tête d’un des pays les plus dangereux du monde, il n’est pas encore parvenu à mettre un terme à laguerre civile qui sévit dans le pays depuis près de vingt ans.

1. Omar el-Béchir (Soudan): 3 likes

 

Officiellement président depuis 1993, le médaillé d’or de notre flop 5 n'a pas volé son titre. Après avoir conquis le pouvoir par les armes en 1989, Omar el-Béchir a dû faire face aux velléités sécessionnistes du sud-Soudan mais surtout à la guerre civile qui dévaste le Darfour depuis 2003. Son implication dans les atrocités commises dans la région (300.000 morts depuis le début du conflit) lui a valu un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale le 4 mars 2009 —renouvelé le 12 juillet 2010— ce qui ne l’a pourtant pas empêché d’être réélu en 2010 avec 68,24% des voix.

Des études récentes estiment que les vingt dernières années de guerre au Soudan auraient causé la mort de 2 millions de personnes et le déplacement de 4,5 millions de Soudanais. Reste à savoir si la prochaine indépendance du sud-Soudan permettra de stabiliser la situation.

 

Un faible taux de pénétration de Facebook

Au-delà des considérations politiques qui constituent une entrave à la simple possibilité de pouvoir s’exprimer librement, la faible implantation de Facebook dans certains pays peut expliquer la mobilisation plus que modérée des internautes pour un chef d’Etat.

Statistiques du réseau Facebook par pays, au 19 avril 2011 (Source socialbakers.com)

 

NB: le Soudan fait partie des seuls pays africains à n'être pas répertoriés parmi les pays utilisateurs de Facebook avec le Zimbabwe, le Sahara Occidental, la Guinée-Bissau, le Liberia et la Côte d’Ivoire.

La censure des médias

Si la possibilité de pouvoir s’exprimer librement sur Internet n’est pas la même partout, il est évident que la culture Web ainsi que les réseaux sociaux auront beaucoup plus de mal à s’épanouir dans des pays où toute voix contestataire est muselée par une répression plus ou moins féroce.

Ainsi, certains de nos «champions» ne s’illustrent pas seulement dans notre flop 5, mais aussi au sein du classement 2010 de Reporters sans frontières (RSF) pour la liberté de la presse. Mention spéciale pour l’Erythrée, grande dernière du classement RSF (178e sur 178 pays) pour la quatrième année consécutive, et qui cette année fait partie des pays classés «sous surveillance»par l’organisation.

Lucie Morillon, responsable du Bureau de Nouveaux médias à RSF, confirme que le trio de tête du flop 5 (Soudan, Somalie, Erythrée) concerne des pays où la censure des médias est l’une des pires au monde:

 

«L’Erythrée est le pire pays pour les libertés de la presse, et le pouvoir se méfie beaucoup d’Internet. Il y a de nombreuses arrestations de dissidents dans les cybercafés; toutes les voix contestataires sont sous surveillance. Certains médias locaux à la solde du gouvernement dénoncent les informations véhiculées par Internet.»

La Somalie n’est pas mieux lotie, arrivant en 161e position. Les ravages de la guerre civile et la montée en puissance des Shebab (islamistes radicaux) n’est sans doute pas étrangère à un tel résultat, puisque ces derniers chercheraient à prendre le contrôle de certaines radios indépendantes dans le but de diffuser leur propagande religieuse et idéologique.

Le Soudan (172e) enregistre quant à lui la plus belle contre-performance de 2010 puisque le pays a chuté de 25 places en un an, et ce malgré la suspension (temporaire) de la censure sur la presse écrite —qui au final n’a rien changé à la mainmise de l’état sur toutes les publications et à l'emprisonnement de certains journalistes.

 

Lucie Morillon explique:

«La situation de ces pays est de fait très compliquée au vu des conflits internes. Face à l’instabilité de la situation et au caractère répressif des régimes, il est clair que les chefs d’Etat se méfient d’Internet comme d'un outil pouvant compromettre leur autorité et donner plus de poids à l’opposition.»

Des enjeux politiques différenciés

Il peut paraître plus surprenant de retrouver des pays tels que la Namibie ou la Mauritanie dans ce flop 5, étant donné la situation intérieure relativement stable de ces pays, où le nombre d’utilisateurs d’Internet (et de Facebook) y est également plus important que dans d'autres Etats africains. La «cyberabsence» remarquable des chefs d'Etat namibien et mauritanien témoignerait donc d’un manque de volonté de certains hommes politiques de s’investir sur la Toile, peut-être parce qu'ils n'y voient pas leur intérêt.

En Namibie, la situation est relativement bonne en ce qui concerne le respect des libertés et des médias. Le président véhicule une image plutôt positive à travers le pays. Ainsi, sa popularité «dans la vraie vie» pourrait expliquer le fait qu’il ne ressente pas le besoin d’utiliser le levier des réseaux sociaux pour rassembler son électorat.

Les arguments relatifs à la Mauritanie sont du même acabit. Pour avoir eu des contacts avec le président mauritanien, Lucie Morillon estime que sa faible présence sur les réseaux sociaux relèverait plus d’une stratégie politique basée sur une indifférence à Internet et ses réseaux —bien qu’il se dit «conscient» des critiques qui peuvent circuler sur son compte.

 

Finalement, les résultats du top 5 et du flop 5 révèlent que la présence ou non d’un homme politique sur les réseaux sociaux est le signe d’une stratégie de communication politique. Il est intéressant de noter également que dans des situations d’urgence (échéances électorales, conflits majeurs…) certains chefs d'Etat vont se montrer très actifs sur les réseaux sociaux (Goodluck Jonathan au Nigeria, Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire), alors que dans les pays où des conflits s’inscrivent dans la durée, le contrôle des médias et l’absence des réseaux sociaux dénotent des enjeux différents de la simple conjoncture politique.

Anaïs Toro-Engel et Agnès Ratsimiala (Slate Afrique)

 

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